Tour d'Espagne : Nairo Quintana a enfin roulé comme il le devait

Catégories : Route, Vidéos, Webzine

Après un Tour de France insipide, marqué par un contrôle parfait de l'équipe Sky sur ses opposants, le peloton du Tour d'Espagne a démontré, sur un tracé spectaculaire sur chaque pente, qu'un brin d'agressivité et de panache suffit à rendre une course de trois semaines trépidante. Pourtant, le Colombien Nairo Quintana (Movistar) a parfaitement contrôlé les étapes de montagne les plus importantes pour conclure sa première Vuelta, deux ans après avoir déjà conquis le Tour d'Italie. Et avant le Tour de France ?

Du suspense, des attaques aux moments les plus improbables, des défaillances en altitude,... Ce Tour d'Espagne a démontré qu'un parcours ne fait pas tout le sel d'une course mais que les coureurs doivent avant tout en profiter pour faire leur propre course. Il n'est pas forcément question d'attendre la dernière ascension pour faire la différence. Il faut savoir profiter de chaque pente, de chaque descente abrupte, de chaque virage mieux appréhendé, pour trouver la faille chez les adversaires et filer au nez et à la barbe de ces rivaux. Au long de ces trois semaines de course intense, entre la Galice et la Catalogne, jusqu'à Madrid, c'est exactement ce qui a permis au Colombien Nairo Quintana (Movistar) de triompher face à Christopher Froome (Sky), Esteban Chaves (Orica-BikeExchange) et Alberto Contador (Tinkoff), un quatuor exceptionnel que le Tour de France n'aurait pas renié.

cyclisme,vuelta,tour d'espagne,uci,worldtour,nairo quintana,movistar,christopher froome,team sky,esteban chaves,orica-bikeexchange,alberto contador

Chacun a tenté d'attaquer comme il le pouvait. Malgré trois chutes en première semaine, Contador a certainement montré le plus bel exemple de panache en déchirant le peloton en plusieurs groupes dès les premiers kilomètres de la 15e étape. Les Sky, tous à l'arrière de ce peloton, se sont ainsi retrouvés piégés face à cette offensive inattendue, menée par Contador et le leader de l'épreuve Quintana quelques kilomètres plus loin. C'est notamment sur cette courte étape de montagne (seulement 115 kilomètres) que Froome a compris que la Vuelta s'annonçait difficile à conquérir. Cette étape, que Quintana a finalement laissé à l'Italien Gianluca Brambilla (Etixx-Quick Step), au sommet de Sallent de Gallego, confirmait le scénario de ces trois semaines de course : Nairo Quintana a parfaitement contrôlé ses rivaux et n'a connu quasiment aucun problème mécanique ou de santé durant ces 21 étapes entre Balneario Laias et Madrid.

D'ailleurs, selon le Colombien, ce n'est pas sur cette 15e étape que la Vuelta se jouait: "Je savais que c'était possible de gagner la Vuelta après cette étape mais je savais qu'il y avait encore beaucoup de journées difficiles à venir. L'équipe a réalisé un gros travail pour me défendre, mais j'étais très inquiet à propos du contre-la-montre", confie Quintana, qui a finalement cédé plus de deux minutes sur Froome sur le chrono de Calpe, long de 37 kilomètres. Malgré tout, le leader de la Movistar avait toujours 1:21 d'avance sur Froome avant d'entamer la dernière étape de montagne, vers l'Alto de Aitana, et son décor lunaire. Un "revival" du Mont Ventoux ? Quintana, lui, était confiant. "Je savais que j'allais certainement perdre du temps sur le chrono mais je ne voulais pas prendre de risques. J'avais gagné beaucoup de confiance grâce à ma victoire sur les Lacs de Covadonga (NDLR: sur la 10e étape)." Et cette confiance, il l'a affichée sur toutes les étapes de montagne de cette Vuelta, en deuxième et troisième semaines de course.

cyclisme,vuelta,tour d'espagne,uci,worldtour,nairo quintana,movistar,christopher froome,team sky,esteban chaves,orica-bikeexchange,alberto contador

Jusqu'à prendre encore deux secondes sur l'Alto de Aitana à Froome, confirmant sa domination sur ces routes espagnoles. "Je suis très fier d'avoir été capable de le battre. Il était mon plus grand rival ici, il s'est vraiment battu, et vous ne pouvez pas lui laisser un mètre", confie Quintana à l'arrivée, heureux de savoir qu'une première Vuelta s'inscrit désormais dans son palmarès après avoir déjà triomphé sur le Tour d'Italie 2014. "Froome a tenté d'attaquer très tôt lors de cette 20e étape, même dans la descente des Rates, le premier col de la journée, mais nous sommes toujours restés attentifs et dans la montée finale, je n'avais aucun problème à aller chercher les attaques. Froome est un grand rival et a réalisé un super contre-la-montre hier (vendredi). Il m'a fait souffrir". Et pourtant, sur chaque ascension finale de cette Vuelta, Quintana n'a cédé que... six secondes à Froome, lors de la première arrivée en altitude, sur le Mirador de Izaro. Sinon, le Colombien de 26 ans a toujours fini avec ou devant le Britannique durant les arrivées en montagne qui ont suivi.

cyclisme,vuelta,tour d'espagne,uci,worldtour,nairo quintana,movistar,christopher froome,team sky,esteban chaves,orica-bikeexchange,alberto contador

Il est vrai : Froome n'a pas confirmé de suite sa participation à la Vuelta et ne disposait de la même équipe programmée pour une victoire finale, comme sur le Tour de France. Certes, le Britannique avait droit à une belle armada de grimpeurs à ses côtés, mais ceux-ci ont montré leurs failles sur cette 15e étape durant laquelle six équipiers du Britannique ont sauté dès l'attaque de Contador... Quintana, par contre, avait un véritable désir de revanche après son Tour de France manqué, sur la troisième marche du podium, à plus de quatre minutes de son adversaire d'outre-Manche. "Cette victoire m'a permis de passer outre ce qu'il s'est passé sur le Tour", explique le Colombien. "Ce n'était pas un échec. Je suis toujours en train d'apprendre, et il s'agissait d'une course très dure. Donc, j'apprends encore et toujours". Sur cette Vuelta parfaitement taillée pour les grimpeurs (plus de 55.000 mètres de dénivelé positif en trois semaines, contre 48.000 pour le Tour), Quintana a découvert un terrain propice à ses offensives et ses qualités de pur grimpeur. Comme sur le Tour d'Italie 2014 ? Cela signifie-t-il que le leader de la Movistar ne peut finalement triompher que sur les Grands Tours les plus montagneux ? Il devra en tout cas prouver sur le Tour de France 2017, son prochain objectif, qu'il a bien appris ses leçons et doit plus se montrer à l'attaque pour piéger ses rivaux, dont Froome. La solution est finalement aussi simple...

Résultats de la 20e étape (Benidorm > Alto de Aitana, 193.2 km) :

Résultats de la 21e étape (Las Rozas > Madrid, 104.1 km) :

Classement général final :

Grégory Ienco - Photos : Photo News/Cor Vos & Graham Watson

0 Commentaire Lien permanent Imprimer

Les commentaires sont fermés.