Amstel Gold Race : Enrico Gasparotto crée la surprise, pour Antoine Demoitié

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L'émotion était forte sur la ligne d'arrivée quand l'Italien Enrico Gasparotto (Wanty-Groupe Gobert) a conclu le sprint face à Michael Valgren (Tinkoff) pour confirmer son deuxième trophée au sommet de Valkenburg. Le coureur de 34 ans ne pensait pas forcément à son succès personnel mais plutôt à son équipier Antoine Demoitié : il embrassait un bracelet forgé suite au décès du jeune coureur nandrinois et levait les bras au ciel comme un hommage, à la mémoire du cycliste belge disparu trop tôt. Gasparotto est parvenu à dompter les démons qui brouillaient l'équipe Wanty-Groupe Gobert depuis le décès d'Antoine Demoitié, pour finalement triompher, en l'honneur du coureur liégeois.

Gasparotto était le meilleur sur le Cauberg

C'est devenu une habitude sur l'Amstel Gold Race : les attaques ont beau être nombreuses dans les quarante derniers kilomètres, le peloton arrive le plus souvent groupé au moment d'aborder la dernière ascension de la journée, le Cauberg, à moins de deux kilomètres de l'arrivée. Certes, le Trudonnaire Tim Wellens (Lotto-Soudal) était parvenu à surprendre le peloton pour aborder le sommet de Valkenburg en solitaire mais dans le peloton, quasiment tous les puncheurs annoncés étaient bien présents pour aborder cette côte décisive avec le meilleur braquet. Seuls Michal Kwiatkowski (Sky), visiblement en méforme, Joaquin Rodriguez (Katusha), victime d'une chute à 70 bornes du but, et Philippe Gilbert (BMC), toujours pas remis de sa blessure au doigt, devaient faire l'impasse sur ce final explosif.

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Et sur cette courte côte, c'est l'Italien Enrico Gasparotto (Wanty-Groupe Gobert), déjà vainqueur au sommet de cette côte en 2012, qui créait la surprise en sortant en puissance avec le Belge Jan Bakelants (Ag2r-La Mondiale) et le Danois Michael Valgren Andersen (Tinkoff) dans la roue. Sauf que Gasparotto en remettait une couche à quelques mètres du sommet, alors que ses poursuivants semblaient se relâcher. L'Italien de 34 ans a l'expérience de ce Cauberg et en a parfaitement profité. Seul Valgren a ainsi pu puiser dans ses réserves pour recoller la roue arrière de son rival italien. Gasparotto avait toutefois prouvé sur ces quelques 900 mètres d'ascension qu'il était le plus fort du peloton sur ce Cauberg. Car dans le reste de la meute, les puncheurs sont restés aphones. Michael Matthews (Orica-GreenEDGE), Tony Gallopin (Lotto-Soudal) ou encore Petr Vakoc (Etixx-Quick Step) ont plutôt passé l'ascension à se regarder, afin de savoir qui allait bien réagir... Cette réaction n'arrivait que trop tardivement.

Car au sommet, ils étaient une quinzaine derrière Gasparotto et Valgren mais aucun ne prenait ses responsabilités. Lotto-Soudal avait la chance de compter sur Jelle Vanendert mais ce dernier ne pouvait pas assurer la poursuite seul. Et chez BMC, on préférait l'attaque désespérée, à l'image de cette tentative de Samuel Sanchez à 800 mètres de l'arrivée, que la collaboration dans la poursuite. Le bénéfice était donc pour les hommes à l'avant, avec un avantage certain pour Gasparotto qui s'occupait de passer les 500 derniers mètres de la classique néerlandaise dans la roue de Valgren avant de sortir à moins de 200 mètres de la ligne, tel un vieux briscard. Valgren, 24 ans et double vainqueur de Liège-Bastogne-Liège espoirs, retiendra la leçon pour les prochaines Ardennaises sur lesquels il devrait encore se montrer aux avant-postes.

En attendant, Enrico Gasparotto peut fêter un succès qui représente bien plus qu'une simple classique de plus au palmarès. L'ancien champion d'Italie conquiert en effet la première classique WorldTour de l'histoire de l'équipe continentale pro belge Wanty-Groupe Gobert, un succès que le manager Jean-François Bourlart a rapidement fêté en sautant dans les bras de son leader italien à l'arrivée. Il est aussi le symbole de la grinta affichée par les hommes de la formation belge depuis la tragique disparition d'Antoine Demoitié, victime d'une dramatique chute sur Gand-Wevelgem le 27 mars dernier. #RideForAntoine (Rouler pour Antoine), c'était le leitmotiv de la formation belge depuis ce drame. Et l'équipe ne l'a jamais oublié, se montrant à l'offensive sur le Tour des Flandres (avec une 9e place pour Dimitri Claeys), sur Paris-Roubaix (avec une offensive au long cours de Frederik Backaert), sur la Flèche Brabançonne (avec une 2e place pour Gasparotto déhjà), et enfin sur l'Amstel Gold Race, avec le succès en prime.

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"Notre ange (NDLR: Antoine Demoitié) était sur l'épaule de tous les coureurs de l'équipe aujourd'hui", expliquait ainsi Gasparotto après sa victoire au micro de la télévision publique néerlandaise NOS. "On peut penser que c'est bien d'avoir un ange gardien, mais dans ces conditions-ci, ce n'est pas si bien. C'est très dur pour nous, pour toute l'équipe. Cela a été un moment très difficile pour tout le monde... Mais nous devions faire quelque chose de spécial pour lui. (...) Cette victoire, c'est mon cadeau pour la famille d'Antoine, pour ses proches". Un bel hommage de la part de l'Italien, qui retrouve le succès quatre ans après. Son dernier trophée, c'était en 2012... sur l'Amstel Gold Race justement.

Les Belges ont essayé d'animer

Si l'Amstel Gold Race s'est résumée à une course de côte à cause d'un parcours désormais connu de tous et usant les organismes au lieu de favoriser les offensives, les coureurs belges ont tout de même été nombreux à essayer de faire la différence sur ces routes néerlandaises. Laurens De Vreese (Astana) a ainsi tenu près de 200 kilomètres dans l'échappée matinale partie après une trentaine de bornes dans la banlieue de Maastricht. A près de 60 kilomètres de l'arrivée, Tosh Van der Sande (Lotto-Soudal) a essayé d'initier un contre intéressant avec notamment son compatriote Gianni Meersman (Etixx-Quick Step), avant de voir le retour du peloton à plus d'une trentaine de kilomètres de Valkenburg. Puis Tim Wellens (Lotto-Soudal) a cru surprendre le peloton à sept bornes du but en s'échappant en solitaire avec une quinzaine de secondes d'avance au pied du Cauberg. Ce ne fut finalement pas suffisant face aux puncheurs qui l'ont débordé au sommet de cette ultime ascension de la journée.

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Wellens semblait quelque peu déçu mais il savait sa tentative vaine s'il n'obtenait pas un avantage plus conséquent au moment d'abord l'ascension mythique de Valkenburg : "J'aurais dû avoir près de trente secondes d'avance pour passer le sommet en tête. J'espérais qu'il y ait moins d'entente dans le peloton", avouait au micro de la VRT le coureur de Lotto-Soudal, qui a finalement encore tenté sa chance trop tôt, comme sur la Flèche Brabançonne mercredi dernier. Il n'a toutefois que 24 ans et continue à apprendre sur ces classiques qui demandent de l'expérience pour pouvoir y triompher. Et la jeunesse belge confirme qu'elle est bien présente sur ces Ardennaises : Loïc Vliegen (BMC), plus discret, a tout de même terminé neuvième de sa première Amstel Gold Race pour ses 22 ans !

Philippe Gilbert en retard

Les pourcentages du Keutenberg ont eu raison des ambitions de Philippe Gilbert (BMC) sur cette Amstel Gold Race. Sur cette côte posée à moins de trente kilomètres de l'arrivée, le coureur wallon est apparu en retrait avant de lâcher prise avec son équipier Alessandro De Marchi et le Norvégien Edvald Boasson Hagen (Dimension Data) notamment. Blessé au majeur gauche suite à une altercation avec un automobiliste voici neuf jours, Gilbert n'a visiblement pas encore récupéré de son opération et doit encore retrouver la condition avant d'ambitionner un éventuel succès sur les classiques ardennaises.

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S'il a lâché prise dans le final, Gilbert n'a toutefois pas pris la même décision que Michal Kwiatkowski (Sky), en retard sur l'avant-dernier passage du Cauberg, dix kilomètres plus loin. Le Remoucastrien a poursuivi son effort et a finalement terminé la classique néerlandaise à un peu plus de quatre minutes du vainqueur, Enrico Gasparotto. Confirmant ainsi qu'il n'a pas forcément sombré, et qu'il semble s'agir plutôt d'un problème au niveau de ses sensations qu'au niveau de sa forme générale. Philippe Gilbert aime aller jusqu'au bout, quitte à se faire mal. Mais son envie de conclure l'Amstel Gold Race offre des perspectives optimistes en vue de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège. Il ne se considèrera certainement pas comme favori mais il pourrait revenir en meilleure forme qu'à Valkenburg. Et c'est déjà rassurant.

Résultats de la 51e édition de l'Amstel Gold Race (Maastricht > Valkenburg, 248 km) :

Grégory Ienco - Photos : Photo News/Vincent Kalut - Cor Vos

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