Marcel Kittel veut oublier son année noire : "Je veux d'abord redevenir un sprinter"

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Marcel Kittel s’est enfoncé dans le doute l’an dernier, après deux saisons de suprématie du sprint. L’Allemand a dès lors changé d’univers cet hiver, pour retrouver le plaisir de la vitesse et rendre du sens à son travail.

Annus horribilis. Sous le soleil qui caresse langoureusement les baies de la Costa Brava, Marcel Kittel jette un regard décidé vers la Méditerranée. Comme pour y noyer les images sombres et souvenirs tristounets d’une saison 2015 qui hésite entre gris clair et gris foncé : blanche de résultats (deux victoires seulement, la People’s Choice Classic à Adelaïde, en Australie, et une étape du Tour de Pologne, à Varsovie), noire d‘infortune.

"J’ai vraiment été très heureux de voir apparaître 2016 sur mon agenda" : l’Allemand sourit, on perçoit son soulagement derrière de larges lunettes de soleil. "Mais il n’est pas question pour autant d’oublier ce que je viens de vivre. Je veux apprendre des erreurs commises en 2015."

"La pire année de ma carrière"

Golden boy du sprint mondial, qui avait conquis huit victoires d’étapes (4+4) sur les routes des deux derniers Tours de France (outre deux étapes du Giro 2014 et une série de trois victoires au Grand Prix de l’Escaut, seule semi-classique flandrienne pour l’instant dans ses cordes), Marcel Kittel (27 ans) vient de traverser "la pire année" de ses six campagnes dans le peloton professionnel. Une saison au cours de laquelle combat contre la maladie, vaine recherche de forme et effilochage de la confiance se sont additionnés sans égard pour un athlète qui avait sacrément aidé à rebooster la popularité du vélo outre-Rhin, après les années de plomb Zabel-Ullrich.

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Recruté pour deux saisons par Patrick Lefevere, qui a évidemment flairé le bon coup à réaliser lors du mercato, le coureur d’Arnstadt exhibe, par-delà sa nouvelle tunique Etixx-Quick Step, une humilité un peu désarmante par rapport au statut de star qui est le sien, et pourtant de bon aloi. "Avec mes anciens patrons de Giant-Alpecin, le temps était venu de différencier nos routes. Aujourd’hui, je me sens en forme, sain, heureux. Mais avant d’évoquer un quelconque objectif sportif précis, laissez-moi d’abord redevenir un sprinter, pas à pas, étape par étape."

Plutôt que de se perdre en conjectures sur ses chances de réussite aux Giro et Tour, Marcel enfile son bleu de chauffe et travaille à la création d’automatismes avec ses nouveaux équipiers du sprint. "On forme une sorte de pool, avec Sabatini, Richeze, Lampaert, Vermote, Keisse… mais aussi Tom Boonen, dont l’offre de services me touche énormément."

"Je ne suis pas le remplaçant de Cavendish"

Sans aller trop vite en besogne, Patrick Lefevere rêve au fond de lui d’un Kittel aussi efficace et prolifique que Cavendish lors de sa première saison chez Quick Step. Une ambition que le manager roularien exprime pudiquement, pour l’heure. "J’espère qu’on reverra bientôt une garde Etixx-Quick Step, une blue army qui suscite la crainte lorsqu’elle apparaît en tête de peloton…"

Marcel Kittel doit être son feld-maréchal. Un chef respecté et craint. "Je suis en train de me reconstruire, dans un tout nouvel environnement. On commettra sans doute des erreurs, il y aura probablement des hésitations, mais je suis très sensible à la culture de la victoire qui est chaque année entretenue dans cette équipe belge (NDLR : 54 succès sur route en 2015, soit le meilleur total mondial, pour la 4 e saison consécutive). Mais je ne suis pas le remplaçant de Mark Cavendish (NDLR : qui est parti sous des cieux sud-africains, Dimension Data)…" Qu’on se le tienne pour dit. En allemand ou en anglais.

A Calpe, Eric Clovio - Photos : Photo News - Tim De Waele/Etixx-Quick Step

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