A la découverte de Wallonie-Bruxelles et Topsport Vlaanderen-Baloise : l'autre Belgique du vélo

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Il n’est point de résultat probant dans les courses d’un jour, petits et grands tours du calendrier mondial sans formation préalable de qualité. Cette mission, essentielle pour la santé d’un sport, aussi gratifiante que frustrante pour des coaches qui dégrossissent le talent de jeunes coureurs avant qu’ils aillent ensuite briller sous d’autres lumières, est le moteur de l’action développée depuis plusieurs années déjà au sein des équipes Wallonie-Bruxelles et Topsport-Vlaanderen-Baloise.

Nous avons réuni Christophe Brandt et Hans Declercq au Musée du Tour des Flandres, à Audenarde, pour que ces anciens équipiers (Lotto, au début des années 2000) devenus managers sportifs partagent leurs expériences, leurs points de vue, les petits bonheurs et difficultés à surmonter.

La volonté n’est pas d’établir une comparaison entre leurs teams respectifs, elle serait sans objet compte tenu des moyens financiers, d’espaces de recrutement et de niveaux de compétition différents. Ce travail de fond, dont des équipes telles qu’Etixx-Quick Step, Lotto-Soudal ou Wanty-Gobert profitent, la Flandre l’a entamé depuis plus d’une vingtaine d’années, la Wallonie a ouvert son chantier en 2010. Mais la passion est la même. Les structures se professionnalisent et se solidifient, elles font de Topsport (qui vient pour la 2e année consécutive d’être sacrée numéro 1 en Continental Pro, la D2 du vélo) et WB des espaces de travail qui servent de bain révélateur pour les jeunes coureurs, sur le chemin aléatoire du top niveau.

Le recrutement

La nature profonde de ces deux équipes impose un fort taux de renouvellement lors de chaque mercato. Lorsqu’un jeune coureur les intéresse, quel est le principal argument que Hans Declercq et Christophe Brandt mettent en avant, pour le convaincre ? "Chez nous, une forme de certitude qui entoure son calendrier de courses", explique Hans Declercq. "Outre nos structures, stables, je mets en exergue notre programme de compétition, sensiblement le même d’année en année, même si en tant qu’équipe de D2, nous restons hélas dépendants, dans une certaine mesure, du bon vouloir des organisateurs, des invitations,…"

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"Mais vous êtes par exemple de toutes les classiques flandriennes, en ce compris le Tour des Flandres", relaie Christophe Brandt. "Un coureur aime savoir où il roulera, c’est évidemment un plus dans une négociation éventuelle, dont nous ne pouvons pas vraiment nous prévaloir au niveau continental (D3). Notre atout Wallonie-Bruxelles ? Des structures d’encadrement semblables à celles des équipes professionnelles, qui offrent au coureur qui nous rejoint la possibilité de se jauger, de se tester, de se découvrir humainement et sportivement. Un coureur doit savoir, en étant passé chez nous, s’il est capable d’aller plus haut ou pas. Si sa motivation est conditionnée par l’octroi d’un contrat ADEPS, là par contre, c’est mal parti…"

Budgets rikiki mais structures pros

L’équipe Topsport Vlaanderen annonce un budget de 2,4 millions d’euros en partenariat mixte (public-privé). "Cette enveloppe comprend tout", explique Han Declercq. "Notre budget couvre le financier, soit notamment les contrats, l’encadrement, et tout le matériel. Il faut noter qu’il est des plus modestes dans le monde des équipes continentales professionnelles (D2)", sans comparaison par exemple avec les formations françaises Cofidis, Europcar ou Bretagne-Séché Envionnement… Tous les coureurs sont professionnels, soit payés directement par leur équipe.

L’équipe Wallonie-Bruxelles tourne, elle aussi, sur le principe du partenariat mixte. Elle s’articule autour d’un budget d’un bon 1,3 million d’euros, contrats et matériel compris. En 2015, il y avait 15 coureurs professionnels, ils seront 16 en 2016.

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Une étape, pas une finalité

Ces dernières saisons, la réussite de Topsport-Vlaanderen en Continental Pro (leadership européen) l’a forcément exposée aux convoitises des managers et, somme toute, fragilisée, suite à de nombreux départs. Pas frustrant de sans cesse tout recommencer à zéro ? "Un seul exemple, 3e étape de l’Eurométropole Tour, qui se termine à Nieuport : victoire d’Edward Theuns, sous notre maillot ; 2e Michael Van Staeyen, Cofidis ; 4e Tom Van Asbroeck, LottoNL, deux coureurs formés chez nous. C’est réjouissant, comme voir Yves Lampaert briller à Paris-Roubaix sous le maillot Etixx par exemple. Détecter ces talents et les voir briller au sommet, c’est notre mission."

"Vous accueillez un jeune coureur, vous accompagnez son développement puis il vous quitte, cela peut paraître un peu décevant mais c’est notre raison d’être", renchérit Christophe Brandt. "Vous éprouvez même une forme de fierté en voyant des gars exprimer leur potentiel un ou deux crans plus haut. Lorsque Jonas Van Genechten, Boris Vallée ou Loïc Vliegen dans un passé récent, Antoine Demoitié bientôt, rejoignent des équipes de niveau supérieur, cela crédibilise et renforce l’action que vous menez.   Chez Topsport, avec les années, l’équipe est devenue plus importante que ceux qui la composent, les générations passent mais le projet reste, et demeure de qualité. C’est un objectif vers lequel nous devons tendre, en Wallonie. Etre de moins en moins dépendant des individualités, par la qualité du travail. A force, les jeunes coureurs qui nous rejoignent, ou qui arrivent de notre équipe espoirs Color Code, se fondent dans le projet."

Talents à détecter

"En Flandre, on a été plus rapide sur la balle et de vrais clubs de formation sont né tels quel Ovyta-Eissen, par exemple", explique Hans Declercq. "Des équipes, des clubs sont nés pour les juniors… Mais nous remarquons qu’il existe un gros problème de formation de base dans les clubs. Nous devons souvent apprendre des fondamentaux à nos coureurs, comme le sens du vent par exemple."

Christophe Brandt : "Notre but est de connaître de mieux en mieux les coureurs dans les clubs de formation, de les suivre sur le long terme. Quand nous sélectionnons les coureurs pour Color Code-Aquality Protect, en espoirs, nous sommes conscients qu’il y a des frustrations, des déceptions de la part de coureurs, de clubs. Notre mission est, dans le tous les cas, de détecter les talents. Mais ces talents de qualité que nous découvrons compensent le manque de quantité. Par ailleurs, nous devons apprendre aux jeunes qui arrivent chez nous que, faire le métier, c’est manger correctement, s’entraîneur et se reposer, des fondamentaux qui leur manquent souvent dans les clubs où ils ont été formés."

Les sourires de 2015

De quoi Christophe Brandt est-il le plus fier au soir de la saison 2015 ? La régularité de Sébastien Delfosse, sur le podium au Tour de Bretagne, au Tour du Luxembourg ou lors de la Drôme Classic? Les victoires (Wanzele et Circuit des Ardennes) puis le transfert en D2 d’Antoine Demoitié (qui rejoint Wanty-Gobert) ? Les progrès collectifs de Color Code, l’équipe espoirs ? "Je ne l’ai pas caché, je suis déçu du bilan Wallonie-Bruxelles cette saison, notamment compte tenu des efforts que l’encadrement avait consentis. Antoine Warnier et Ludwig Dewinter ont certes tiré leur épingle du jeu mais il nous manque un état d’esprit fort. Par contre, on avait fait un pari en rajeunissant très fort l’équipe espoirs, Color Code–Aquality Protect. Quand je suis arrivé chez Lotto, en provenance de Saeco, Hans arrivait lui de Palmans, et dès le début, le groupe s’était créé autour de Tchmil, Van Petegem,… Avec des gars de 2e ligne qui poussaient les leaders et tiraient les gars un peu à la traîne. Cet esprit de groupe, que Topsport Vlaanderen a trouvé, n’est pas encore là chez nous."

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Côté flandrien, plus encore que le titre de champion de Belgique conquis par Preben Van Hecke au nez et à la barbe de Jürgen Roelandts, c’est la seconde victoire de rang au classement UCI Europe Tour qui emporte les suffrages. "Parce que c’est le résultat d’un travail d’ensemble, qui implique et dynamise tout le monde", souligne Hans Declercq. "Lors de mon ultime briefing de la saison, avant le Tour de Lombardie, j’ai simplement remercié tout le monde. Ce qu’on vient de réussir, pour la 2e fois, avec un budget de 2,4 millions d’euros qui est tout petit en D2, chapeau !"

Attentifs au jardin voisin ?

"Je pense honnêtement que l’équipe Wallonie-Bruxelles doit devenir un passage obligé du côté wallon", explique Hans Declercq. "Nous nous rendons compte qu’ne Wallonie, les clubs sont restés sur un mode ‘à l’ancienne’. Christophe est de la nouvelle génération de managers et il veut faire évoluer les choses. C’est dans ce sens qu’il faut aller."

Christophe Brandt estime pour sa part que Topsport Vlaanderen est le meilleur à suivre. "C’est vers cela que nous devons tendre. C’est une étape indispensable vers le tout haut niveau. Certes, leur vision, leur histoire sont plus larges. Mais nous devons arriver à cela en Wallonie. La formation est le chemin à parcourir. Aujourd’hui, Topsport Vlaanderen suit un double programme, ce dont nous n’avons pas les moyens. Etre continentale pro est une sorte de confort car on est invité partout. Mais nous n’en n’avons pas encore les moyens… "

Qui iriez-vous chercher en face ?

Si c’était possible, qui les managers respectifs iraient-ils chercher dans l’autre groupe ? "Peut-être Jonathan Dufrasne, qui est rapide (NDLR : essentiellement pistier). J’aime aussi l’opiniâtreté et la vista de Sébastien Delfosse, même s’il est déjà plus que trentenaire", mentionne Hans Declercq. Christophe Brandt, lui, a noté l’état d’esprit du Flandrien Floris De Tier (23 ans). "Je l’ai vu à l’œuvre dans la difficulté, il essaie invariablement de donner le meilleur de lui-même. Chouette coureur, qui présente un profil de grimpeur trop rarement mis en valeur, car de plus en plus de courses se terminent au sprint."

Ils ont plu ou déçu

Pour Hans Declercq, Edward Theuns (entre autres vainqueur aux 4 Jours de Dunkerque, à l’Eurométropole Tour, 2e d’A Travers la Flandre…) est l’homme à retenir. "Il est pour moi notre meilleur élément en termes de progression en 2015. Son palmarès est évocateur. Nous nous y attendions mais pas à ce point. Un vrai coureur de classiques! L’équipe Trek, où il roulera en 21016, est un bon choix. J’attendais honnêtement mieux de Tim Declercq, comme ex-champion de Belgique des espoirs en 2011. Jelle Wallays, qui évoluera chez Lotto-Soudal en 2016, a réalisé ce que nous attendions de lui."

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Chez Wallonie-Bruxelles, Christophe Brandt se dit satisfait de la "meilleure" progression de Ludwig De Winter ("qui a le potentiel s’il fait le métier"). "Antoine Warnier a confirmé ce qui nous attendions de lui. Antoine Demoitié a bien presté, il passera chez Wanty-Groupe Gobert en 2016. Il faut toutefois toujours le secouer. Déception? Oui, du manque de résultats. Nous investissons beaucoup d’énergie pour redresser la barre des mentalités d’avant… Habeaux et Delfosse et Ista apportent leur expérience et leur savoir-faire. Et, chez les jeunes prometteurs de Color Code-Aquality Protect, les Six, Loy, Mertz, Robeet doivent confirmer en 2016 avant de monter à l’échelon supérieur chez Wallonie-Bruxelles." 

La priorité 2016

"En tête de liste, j’espère disposer enfin d’un groupe, d’une équipe." Les hommes de Christophe Brandt ne seront pas pris en défaut, le message est passé dès le premier rassemblement. "Pas une addition de gars avec le même maillot, mais des coureurs qui ont chacun des objectifs personnels réalistes et travaillent ensemble, se gèrent en course. Des équipiers qui font le boulot avec altruisme parce qu’ils ont du respect et de l’amitié pour le gars à ses côtés, qui est plus qu’un collègue. Globalement, je veux qu’on fasse preuve de plus de maturité dans le job."

Sur sa lancée, Topsport Vlaanderen privilégie la régularité en Continental pro. "Je veux que du Tour du Qatar jusqu’à Paris-Tours, nous soyons présents et présentions le visage que nous aimons, celui d’une équipe cohérente, courageuse et audacieuse", termine Hans Declercq. 

Les grands patrons

Christophe Sercu, manager de l’équipe Lotto de 2000 à 2004, est le manager général de l’équipe Topsport Vlaanderen depuis la saison 2005, année de la montée en continentale professionnelle de la formation lancée par la Communauté Flamande en 1994. "C’est lui qui négocie avec le Bloso, les instances politiques,… Mais il nous offre une totale liberté au niveau sportif", se félicite Hans Declercq.

Christophe Brandt a été engagé par Yves Vanassche, administrateur délégué du projet global "TRW Organisation" qui chapeauté également les équipe cyclistes Wallonie-Bruxelles et Color Code-Aquality Protect. "J’ai travaillé au départ comme directeur sportif de Color Code, j’ai ensuite évolué comme manager et je suis actuellement secrétaire général. Yves Vanassche m’a appris le métier et il continue à le faire. Quand nous discutons, c’est souvent un ‘non’ au départ d’une proposition, et puis on parle et on trouve des solutions. Le projet avance !"

Eric Cornu et Eric Clovio - Photos : Photo News - WBCA/Eric Cornu

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