Tour d'Abu Dhabi: Chaves s'impose sous 45°C, Velon n'écoute plus les coureurs

Catégories : Route, Vidéos, Webzine

Ce devait être la grande révolution de cette fin de saison, cela se transforme en cauchemar pour les coureurs. Pour sa première édition, organisée sous l'égide de RCS Sport (Tour d'Italie, Milan-Sanremo...), le Tour d'Abu Dhabi profite d'un contrat avec les onze équipes du groupe Velon (dont les Belges Lotto-Soudal et Etixx-Quick Step) pour accueillir des stars du peloton. Mais la course vaut-elle un tel parterre? L'étape-reine sur le sommet de Jebel Hafeet, avec ses 10 kilomètres à 7% de moyenne était certes alléchante mais la santé des coureurs était encore mise à mal par des températures inhumaines pour un sportif professionnel. Mais le spectacle est là, les dirigeants regardent ailleurs...

Depuis trois jours, la canicule frappe les coureurs de plein fouet dans les déserts des Emirats Arabes Unis. Le Tour d'Abu Dhabi est la dernière née des courses du Moyen-Orient, nouveaux jouets d'émirs qui voient en ces événements sportifs une vitrine touristique exceptionnelle pour un coût bien moindre. Organiser une telle course cycliste, sur quatre jours en fin de saison, cela ne demande pas un investissement aussi important que pour un Grand Prix de Formule 1 qui reste bloqué sur un circuit. Et il faut l'avouer, avec l'aide de RCS Sport pour son expertise dans le domaine, les organisateurs ont réussi un beau tracé avec une étape de montagne autour de trois journées dans le désert. Seul problème: même si on est en octobre, la température moyenne reste supérieure à 35°C... Et ces derniers jours, le peloton doit subir un mercure dépassant allègrement les 40 degrés durant la majeure partie de la course.

Des protestations bien moindres...

Alors, imaginez des coureurs qui viennent d'Europe ou des Etats-Unis, où l'automne s'installe, arriver sous le chaud soleil d'Abu Dhabi. La différence est terrible... Les coureurs en souffrent énormément, se plaignent notamment par tweets ou en vidéo mais personne n'ose blâmer les organisateurs. Ceux-ci ont tout de même réduit la distance de la première étape, pour diminuer le temps de selle, mais depuis, plus rien... Le peloton a ainsi dû escalader la route vers Jebel Hafeet, sur dix bornes, sous plus de 45 degrés! Une véritable honte, pour des coureurs qui ont déjà été bien plus prolixe lorsque le Tour de Californie avait obligé le peloton à un final en montée sous un soleil aussi puissant voici deux ans.

cyclisme,tour d'abu dhabi,abu dhabi tour,esteban chaves,orica-greenedge

Pourquoi donc n'y a-t-il pas autant de protestation? Merci Velon, bien sûr! Le groupement des onze équipes a négocié un droit d'entrée afin d'obtenir quelques recettes de la part des organisateurs, qui y trouvent leur compte en profitant des noms de grandes stars du peloton sur sa liste des partants. Du coup, l'Union Cycliste Internationale (UCI), qui légifère d'habitude sur les courses cyclistes, n'a plus forcément son mot à dire sur l'épreuve. Elle continue d'assurer le règlement international sur les routes des Emirats mais elle n'a pu, par exemple, mettre en place son programme-test en cas de "conditions météorologiques extrêmes". Celui-ci permet aux coureurs de faire valoir leur santé auprès des organisateurs afin de réduire, couper voir annuler une course malmenée par des conditions météo graves. Si les organisateurs ont fait un geste sur la première étape, il n'en était rien sur les deux journées suivantes, pourtant encore plus chaudes, selon le témoignage des coureurs sur les réseaux sociaux.

Ce n'est pas ça, le vélo

Les coureurs doivent faire le spectacle, Velon est là pour y veiller et tant pis si les droits des coureurs ne semblent plus être pris en compte. Malheureusement pour le cyclisme moderne, l'argent semble avoir pris le pas. Velon voulait un nouveau modèle économique pour les équipes, il ne semble pas pour l'instant profiter aux coureurs. Seul ce petit groupe songe à ses finances, sans penser à l'ensemble du peloton, qui ne se cantonne pas à quelques équipes WorldTour... Car si sur cette troisième étape du Tour d'Abu Dhabi, le Colombien Esteban Chaves (Orica-GreenEDGE) a trouvé la victoire suite à une chute du Néerlandais Wout Poels (Sky) devant lui à cent mètres de l'arrivée, cette étape ne représente qu'une infime partie de la saison, qu'une infime partie du peloton... Velon ne doit pas oublier d'où vient le vélo.

Résultats de la 3e étape (Al Ain > Jebel Hafeet, 142 km):

Grégory Ienco - Photo: Orica-GreenEDGE - Photo News/Cor Vos

0 Commentaire Lien permanent Imprimer

Les commentaires sont fermés.