Christian Gilbert dévoile ses cinq idées pour préserver le cyclisme wallon: "Il faut des circuits permanents!"

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cyclisme,christian gilbert,promotion,sécurité,véloLa pratique du vélo s’inscrit dans l’air du temps, mais le sport cycliste, lui, souffre. Les courses, les clubs et les licenciés se raréfient (moins de 1.100 affiliés en 2014), parce que les structures ne se sont pas adaptées, parce que la sécurité est fragilisée. L’actualité récente nous le rappelle douloureusement. Christian Gilbert secoue les consciences. Précisons que l’entrevue a eu lieu deux semaines avant le tragique accident qui a emporté le jeune coureur liégeois Jonathan Baratto.

Un coup de pied dans la fourmilière: c’est ce que Christian Gilbert souhaite donner. "Pour le bien du cyclisme wallon, qui a besoin de projets concrets pour se renouveler", prévient-il. Plongé dans le milieu du vélo depuis plus de trente ans, ancien coureur ("j’ai agrafé mes premiers dossards alors que Philippe venait à peine de naître", se souvient-il), dirigeant de club et organisateur d’épreuves (avec son club "Le Guidon d’Or"), le Remoucastrien (45 ans) a le verbe clair et franc, comme à son habitude.

Il énumère quelques propositions qui peuvent permettre au cyclisme wallon d’avancer dans la bonne direction. "Des suggestions que j’avais déjà formulées en février dernier, lors d’une plateforme d’échange mise sur pied par le ministre wallon des sports, René Collin, et son expert cyclisme, Laurent Mars."

> Des circuits permanents

"Qui oserait encore, aujourd’hui, permettre à son enfant de rouler à vélo sur la voie publique, sans nourrir une énorme inquiétude? Vous laisseriez un gamin de 16 ans faire 40 km seul, sur la route? Moi pas… Le danger y est omniprésent, oppressant. Si des disciplines annexes, comme le BMX ou le vélo trial, rencontrent aujourd’hui un succès de plus en plus franc, c’est avant tout parce que les enfants et ados y sont pris en charge dans des espaces délimités, sécurisés.

Le plan alternatif, pour le vélo de route, serait la création de circuits permanents, fermés et sécurisés plusieurs heures par semaine. Quelques exemples concrets: le Lac de Butgenbach, les Lacs de l’Eau d’Heure, les chemins de remembrement dans les campagnes de Hesbaye… Ce sont des espaces qui pourraient être protégés le mercredi après-midi et/ou le week-end, afin de permettre aux enfants, aux clubs… de faire du vélo, de s’entraîner, dans de bonnes conditions, sur des circuits sécurisés de 5-6 km. C’est la seule formule qui puisse encore convaincre les jeunes de se tourner vers le cyclisme. Sinon…"

> La promotion grâce aux pros

"Le nombre d’inscriptions est sans cesse en baisse, il faut réagir. Notamment en proposant des actions concrètes, ludiques, partout où la petite reine peut trouver un écho favorable. Dans les écoles, sur les parcours du RAVeL (et pourquoi pas en collaboration avec la RTBF pour Le Beau Vélo), dans les régions qui ont la chance de posséder des coureurs pros qui servent de locomotives. Maxime Monfort et Philippe dans les vallées Ourthe-Amblève, Jonas Van Genechten en Hainaut, Boris Vallée, Loïc Vliegen, Sébastien Delfosse sur les plateaux verviétois, pour ne prendre que quelques exemples."

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> Des équipes de stewards

"Pour organiser une course aujourd’hui, il faut être un peu maso…

Bourgmestres et zones de police de plus en plus réticents à dire oui, face à l’augmentation des charges et des responsabilités, raréfaction des bénévoles… tout cela est de plus en plus lourd. Et la solidarité entre clubs, hélas, ne suffit parfois plus.

Souvenez-vous de cette étape du Tour de Liège 2014 annulée faute de signaleurs en nombre suffisant pour garantir la sécurité… À titre d’exemple, pour une épreuve telle que la "Philippe Gilbert", nous devons mobiliser une quarantaine de signaleurs, qui doivent chacun sécuriser trois postes (120 au total donc), plus une quinzaine de motards…

Ma proposition: il faut former des stewards spécifiques, qui seraient payés au tarif des agents ALE, afin d’encadrer les épreuves. Il y a 15 ans, en foot, le ministère de l’Intérieur a initié cette formule dans les stades. Inspirons-nous de cela, SVP. En Flandre, il existe bel et bien des équipes de stewards, spécialement formés, qui sont correctement défrayés pour sécuriser le parcours des courses.

Honnêtement, pour des épreuves de jeunes d’un certain calibre, il est parfois plus facile de trouver 1000 euros de sponsoring que de dénicher des signaleurs…"

> Des dirigeants rémunérés à 100%

"Comme c’est le cas pour la coupole nationale, les dirigeants de la Fédération Wallonie-Bruxelles devraient être des pros à 100%, rémunérés pour ce travail. Notre sport, en Wallonie, reste trop largement dépendant de l’engagement, du dévouement de bénévoles à peine défrayés, qui travaillent d’arrache-pied mais parfois, aux dépens de leur famille, de leur travail… Il faut professionnaliser cette structure, pour le bien de chacun. Comme cela se fait en France, par exemple."

> Moins de randos pour cyclosportifs

"Il faut dire stop! Sinon on va finir par énerver tout le monde… Le succès des randonnées pour cyclosportifs est, dans l’absolu, une bonne nouvelle pour le vélo mais il faut maîtriser et accompagner cette réussite. Sans quoi elle va se retourner contre nous. Nous ne sommes pas en Limbourg ou en Campine, où les gens s’installent sur le pas de leur porte pour voir passer un peloton. En Wallonie, patienter cinq minutes pour ouvrir la voie aux coureurs est parfois ressenti comme un effort surhumain… Nous avons accueilli 8.000 à 10.000 cyclos pour Liège-Bastogne-Liège, le 25 avril, c’est excessif. Il faut limiter le nombre d’inscrits, pour ne pas que cela devienne trop contraignant pour la population. Et faire de même avec le nombre d’épreuves. Ma commune, Aywaille, est traversée par une épreuve cycliste, quelle qu’en soit la nature, 48 fois par an!"

Eric Clovio - Photo: Photo News et Reporters/Imago Sport

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Commentaires

  • tout à fazit d'accord

  • D'accord car des propositions j'en ai fait pendent des années vu que je suis sur le terrain depuis plus de 45ans et + de 25 ans comme éducateurs....et que j'ai eu + de 1000 jeunes sur les routes, mais la difficulté est et reste que nous avons à Liège un esprit de clocher trop incrusté pour comprendre que l'intérêt de tous est de rassembler les jeunes de +/- meme niveau quelques soit leurs appartenance à un club sur des parcours sécurisé et mieux encadrer. bonne chance, je suis de tous cœur avec vous, J.D

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