Philippe Gilbert et Maxime Monfort se confient après leur Giro: ils rêvent désormais du Tour

Catégories : Entretiens

cyclisme,giro,tour d'italie,maxime monfort,philippe gilbert,bmc racing team,lotto-soudalIls étaient voisins, dans cette Ardenne qui leur a légué, à tous deux, pugnacité et bon sens. Ils sont amis, pour la vie. Ils sont de la génération cycliste 80 mais expriment leurs qualités sportives dans des « filières » différentes, le punch pour l’un, la régularité pour l’autre. Philippe Gilbert et Maxime Monfort ont été les meilleurs Belges sur le récent Giro, et de loin. Le premier a remporté deux étapes, ramenant au passage dans son appartement monégasque deux prix de combativité. Le second a fini 11e du classement général, après trois semaines très solides. Impressions de Wallons qui espèrent désormais une sélection pour le Tour. 

Philippe Gilbert: "Mon objectif, c'est de gagner dix étapes sur les Grands Tours"

> Philippe, ce Giro 2015 est-il le plus réussi de vos 18 Grands Tours ?

"Sportivement, émotionnellement aussi, il se glisse dans le top 3. Presque inéluctablement, le Tour de France 2011, avec cette victoire d’étape inaugurale au Mont des Alouettes, synonyme de maillot jaune, reste le moment le plus fort. Ensuite, je pointerais la Vuelta 2010, égayée de deux victoires d’étape et de cinq journées dans le maillot rouge de leader. Puis apparaîtra désormais ce Tour d’Italie 2015."

> Agressivité, prise de risques, aide de l’équipe, suspense : il y avait tout dans votre 2e victoire, jeudi passé à Verbania. Un des succès qui compteront dans votre carrière ?

"C’était très intense, en effet, mais c’est avant tout une fierté de désormais compter 9 victoires d’étapes dans les Grands Tours (NDLR : 5 sur la Vuelta, 3 sur le Giro et 1 sur le Tour). Pour un coureur comme moi, qui n’appartiens pas à la caste des sprinters, c’est un total qui est appréciable, significatif. Désormais, mon objectif sera d’at-teindre dès que possible le chiffre 10. Ce sont ces défis-là qui permettent d’avancer dans une carrière de sportif de haut niveau."

cyclisme,giro,tour d'italie,maxime monfort,philippe gilbert,bmc racing team,lotto-soudal

> Outre ces deux bouquets, vous êtes rentré à Monaco avec le « Bonacossa Trophy », remis au coureur le plus combatif du Giro, celui qui y a forgé les plus beaux exploits. Pour un coureur de votre tempérament, ce prix n’est pas anodin...

"J’ai discuté ce dimanche avec Giovanni Visconti, qui l’a par le passé déjà remporté à deux reprises, notamment grâce à une victoire d’étape en altitude, sous la neige. C’est un trophée qui a une vrai renommée et est très prisé en Italie, pays où le respect du sport et des sportifs n’est pas une notion abstraite. Honnête-ment, cela a plus de valeur à mes yeux qu’un prix de la combativité sur le Tour, où l’on sait que le jury est franco-français... Ici, j’ai été élu par des membres de l’organisation et des journalistes vélo issus du monde entier."

> Ce trophée, symbolique d’une approche de la course que vous avez toujours essayé de cultiver, ne vous aide-t-il pas à faire avancer vos idées chez BMC, où l’approche tactique paraissait parfois plus frileuse, calculée ?

"Il suffit d’analyser le comportement global de notre équipe  sur ce Giro pour se convaincre qu’il y a aujourd’hui plus de liberté, de vivacité et d’oxygène qu’en d’autres temps. Chaque jour, ou presque, l’un de nous a trouvé une motivation, une raison d’être là, un challenge personnel à atteindre, sans rien compromettre des objectifs collectifs. Damiano Caruso, homme protégé pour le général, a terminé 8e, comme Cadel Evans à l’époque. Sauf que cette fois, chaque coureur de notre team a pu jouer sa carte en l’une ou l’autre occasion, sans bride sur le cou."

cyclisme,giro,tour d'italie,maxime monfort,philippe gilbert,bmc racing team,lotto-soudal

> Avec un peu de recul, la lourde chute subie sur la Flèche Wallonne, n’était-ce pas un mal pour un bien ?

"Non, évidemment non ! Cela reste une grande déception, car cela m’a empêché de disputer Liège-Bastogne-Liège, surtout. Et cela n’a pas postposé mon pic de forme, j’en suis persuadé. J'étais prêt pour les classiques ardennaises et je l’aurais de toute façon été dans la foulée pour le Giro. Cette chute, et la blessure à l’intersection genou-mollet qu’elle a engendrée, m’a juste, si j’ose dire, obligé à faire plus d’efforts encore pour retrouver le top de ma condition."

> Et maintenant, Philippe ? Quel est le programme prévu ?

"Repos actif en vue du Tour de Suisse."

> Dernière halte avant le Tour de France ?

"Je vais en discuter très rapidement avec Yvon Ledanois, qui est le directeur sportif chargé de la Grande Boucle chez nous. On va se parler, faire le point sur la présélection, je ne doute pas qu’on va tomber d’accord."

> Après trois semaines de souffrances lors du Giro, vous étiez déjà à vélo ce lundi. C’est donc cela, le « petit plus de Philippe Gilbert » ? Le plaisir par le travail, encore et toujours ?

"Je suis rentré par la route dès dimanche soir, de Milan à Monaco, ce qui m’a permis de reprendre une vie normale dès lundi matin. De déposer Alan à l’école par exemple. Puis je suis allé m’entraîner dans l’arrière-pays, avec quelques amis, comme d’habitude. J’aime le vélo, au plus profond de moi. Sans cette notion de plaisir, il est très difficile de rester au sommet..."

Maxime Monfort: "Je ne veux pas d'un deuxième été sans Tour"

> Maxime, vous terminez 11e du classement général. Cela signifie donc que l’objectif de l’équipe Lotto-Sou- dal n’est pas atteint.

"Le problème, ce sont les deux étapes vers Aprica et Cervinia, en dernière semaine. Avec plus de solidarité dans les ascensions, nous aurions certainement perdu 1 à 2 minute(s) de moins mardi, et probablement épargné une trentaine de secondes vendredi. Cela ne s’est hélas pas passé comme cela, de sorte que je finis 11e, à 1’37 de Trofimov (10e). C’est un peu dommage car potentiellement, j’avais les jambes pour ce top 10. Très honnêtement, j’ai ressenti de très bonnes sensations sur le Giro, les meilleures depuis deux ans. Et sans doute des jambes que je pensais, au fond de moi, ne plus jamais retrouver."

cyclisme,giro,tour d'italie,maxime monfort,philippe gilbert,bmc racing team,lotto-soudal

> N’empêche, vous terminez cinq étapes entre les 11e et 15e places, sans jamais réussir à vous glisser dans les dix premiers. Frustrant ?

"C’est le signe que j’étais à ma place, tout simplement. Sur ce Tour d’Italie, je suis passé une fois à l’offensive, en première semaine. Cela m’a certes valu pas mal de pub et d’échos positifs mais dès le lendemain, je l’ai payé en perdant une minute dans une ascension. Ce n’est pas une nouveauté, et finalement pas un problème non plus. Je ne suis pas un coureur explosif, pas un attaquant-né, mais un gars régulier. C’est à la fois une force et une faiblesse, je le sais. Et cela ne changera plus."

> Vous évoquiez un manque de solidarité, tout le monde a vu que vous n’étiez pas sur la même longueur d’onde que Jurgen Van den Broeck. Pourquoi ce vif échange entre vous? Que s’est-il passé sur la ligne à Cervinia?

"Il était nécessaire de vider l’abcès. Cela a clairement manqué de solidarité entre nous, je regrette vraiment qu’on n’ait pas plus et mieux collaboré. En dernière semaine de course, il y avait pas mal de tension, c’est vrai. Juste après l’arrivée, vendredi, on s’est vertement expliqué (NDLR : images relayées par une chaîne de télé danoise), puis une réunion de crise, avec les deux directeurs sportifs (Frederik Willems et Bart Leysen), VDB et moi, a eu lieu en soirée, à l’hôtel. J’y ai répété les mêmes mots, en toute franchise. Cette mise au point franche était utile."

> On peut comprendre la nervosité de deux leaders en fin de contrat...

"Le fond du problème, croyez-moi, ce n’est pas ce titre de « premier Belge du Giro » (Max termine 11e, VDB 12e). Dans ma carrière sur les grands tours, je l’ai déjà été quelques fois et tout cela n’a que peu d’intérêt. Ce n’est pas plus l’inquiétude liée à notre fin de contrat respective. J’avais décidé de me déconnecter de tout cela pendant trois semaines et j’y suis parvenu. La pomme de discorde, c’est le manque de collaboration, d’aide mutuelle. Un vrai regret."

cyclisme,giro,tour d'italie,maxime monfort,philippe gilbert,bmc racing team,lotto-soudal

> Vous ne partirez pas en vacances ensemble...

"On se connaît depuis une vingtaine d’années et cela n’a jamais été à l’ordre du jour (il rit). Disons qu’il n’y a jamais eu de réelles affinités mais nous sommes collègues et équipiers, on doit respecter le boulot de chacun."

> Et maintenant, Maxime ?

"J’étais initialement prévu sur le Tour de Suisse mais si cette présélection devait être confirmée, cela signifierait que je ne serais pas du Tour de France, ce qui constituerait une grosse déception. Pour me présenter en ordre à Utrecht, le 4 juillet, j’ai désor- mais besoin de deux semaines et demie de récupération puis d’entraînements spécifiques voire d’un stage. Pas d’une course à étapes aussi exigeante que le Tour de Suisse. La réponse à ces questions ne tardera plus..."

> Prudent ?

"Oui, toujours, mais raisonnablement confiant, avec ce que j’ai montré comme solidité sur ce Tour d’Italie."

> Quid de votre avenir chez Lotto ?

"Depuis le printemps, j’ai enfin compris le fonctionnement de cette équipe, très différent de celui que j’avais connu dans les formations anglo-saxonnes. Il m’a fallu un peu de temps mais je m’y suis adapté, j’ai désormais trouvé une forme d’équilibre. Et je suis heureux d’y être parvenu avant même ce Giro, dont le résultat ne change finalement rien à l'affaire. Mon futur, je veux le baliser durant l’été, pas en septembre..."

Eric Clovio - Photos: Photo News/Cor Vos/LB/RB

0 Commentaire Lien permanent Imprimer

Les commentaires sont fermés.