Patrick Lefevere, huit titres mondiaux depuis 1995: "J'ai du flair pour suivre les talents"

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cyclisme, Michal Kwiatkowski, Patrick Lefevere, Omega Pharma-Quick StepLe hasard n’y a plus sa place. Le sacre de Michal Kwiatkowski, dimanche à Ponferrada, est aussi le 8e titre mondial conquis par un des coureurs de Patrick Lefevere, en 20 championnats. Ratio d’une rare efficacité pour le manager flandrien (59 ans). «Si j’ai du nez pour le talent? Disons plutôt que j’ai du flair pour suivre le talent», précise le patron de l’équipe Omega Pharma (bientôt Etixx) – Quick Step.

Sept ans qu’il attendait cela, ce qui est un laps de temps exceptionnellement long pour lui. Depuis le «tir d’arbalète» de Paolo Bettini à Stuttgart (2007), Patrick Lefevere n’avait plus célébré le couronnement d’un de ses coureurs lors des Mondiaux. Du moins si l’on circonscrit notre analyse des palmarès à la seule épreuve en ligne, la plus prisée il est vrai, puisque les Mondiaux du chrono, individuel (deux des trois titres de Tony Martin) et par équipes de marque (deux titres avec Omega Pharma Quick Step), lui avaient par ailleurs apporté de belles satisfactions.

"J'aime éplucher les résultats des jeunes"

Coups de bol répétition ou savoir-faire? Poser la question est y répondre. S’il travaille depuis deux décennies avec des athlètes du top niveau, Lefevere est aussi réputé pour sa connaissance approfondie des pelotons de juniors et espoirs, s’appuyant sur un réseau de collaborateurs de confiance, dans plusieurs pays. «J’aime et ai toujours aimé prendre le temps d’éplucher les résultats et classements au bout d’un week-end», nous confiait-il il y a quelque temps déjà. Médias numériques et réseaux sociaux sont venus s’ajouter aux gazettes et fournissent au citoyen de Wevelgem une matière dense, qu’il passe régulièrement au crible. C’est souvent de cette manière qu’il repère les jeunes coureurs présentant un profil jugé intéressant.

Museeuw: "Il est très attentif à la progression des jeunes"

«Chez Mapei puis Quick Step, Patrick a constamment travaillé avec des coureurs qui comptaient parmi les plus forts du monde», explique Johan Museeuw (champion du monde en 1996, alors qu’il évoluait chez Quick Step). «Cela augmente forcément les chances de rafler de grandes victoires». Museeuw et Bettini il y a dix ans, Boonen et Kwiatkowski aujourd’hui. «Mais, c’est vrai, il est aussi très attentif à la progression des jeunes coureurs. Il les repère très tôt, leur propose des tests médicaux indicatifs puis, dès qu’ils sont prêts, il leur propose un contrat. C’est un travail méthodique, de détection et formation.»

Méthode pas infaillible, mais très efficace. «Patrick n’a jamais pu travailler avec Philippe Gilbert, par exemple. En 2008, il avait à la fois testé Peter Sagan et Michal Kwiatkowski, qui sont de la même génération et dominaient tous deux leur sujet chez les espoirs… Le Slovaque lui a finalement échappé, pour rejoindre l’Italie.» Le Polonais, après deux années de découverte du monde pro chez Caja Rural et un passage éclair chez Radioshack, a lui finalement rejoint OPQS en 2012.

"Kwiatkowski a perdu du temps chez Caja Rural"

«Michal est bourré de talent mais c’est aussi un garçon qui travaille beaucoup, ne rechigne jamais à s’entraîner durement», décrit Lefevere. «Il a un peu perdu de temps en Espagne, dans l’équipe satellite de Movistar, et a éclaté au plus haut niveau plus tard que Peter Sagan, l’autre star de la génération 90.» À 24 ans, Hulk Sagan est déjà une valeur confirmée, Kwiat’ vient à peine d’éclore.

«Michal dispose encore d’une année de contrat avec nous, nous allons rapidement envisager la suite, évidemment. La volonté, exprimée avant ce titre, était de lui proposer deux saisons de plus avec nous, jusque fin 2017. Cela risque de nous coûter un peu plus cher (il sourit) mais ça en vaudra la peine car Kwiatkowski est un athlète qui peut a priori briller sur toutes les classiques. Les Ardennaises en priorité, mais aussi le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Les tours? Il ne présente pas vraiment le profil de potentiel de vainqueur mais il a encore besoin de temps, sans doute de deux ou trois ans, pour choisir sa voie avec certitude. J’espère en tout cas que Kwiat’ saura reconnaître ce qu’on fait pour lui…»

Eric Clovio - Photo: Photo News/Vincent Kalut

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