Dan Craven chez Europcar: "C’est une seconde vie qui commence pour moi"

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cyclisme, Dan Craven, Namibie, Europcar, Tour de Wallonie, Vuelta, Tour de l'AinUne nouvelle perle du cyclisme africain a posé le pied sur les terres européennes, ce week-end, à l’occasion de la 35e édition du Tour de Wallonie : dans son maillot Europcar qu’il arbore fièrement depuis le mois de juin à l’entraînement, le Namibien Dan Craven, 31 ans, ne peut s’empêcher de sourire dans sa longue barbe brune. Le vice-champion d’Afrique découvre le WorldTour et pense déjà à l’un des objectifs de sa carrière : disputer sa première course de trois semaines, le Tour d’Espagne, dans moins d’un mois.

Dan Craven, c’est l’histoire d’un cycliste déterminé. Un homme capable de tous les voyages pour atteindre ces rêves. Le Namibien a une réputation de globe-trotteur, certainement venue de ses racines. Le coureur de 31 ans est en effet le petit-fils de Danie Craven, ancien rugbyman sud-africain et ex-président de la fédération de rugby au pays des Springboks. Du ballon ovale à la Petite reine, l’écart est pourtant bien large… Mais Dan Craven est un habitué de ces paradoxes. Diplômé en philosophie, sciences politiques et économiques, le Namibien a pourtant tout fait pour parfaire sa culture cycliste et se rapprocher de son rêve de professionnalisme. Pour cela, il a émigré en Afrique du Sud, en Inde, en Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne... A chaque fois dans des équipes continentales, dites de troisième division, au calendrier parfois exotique mais loin du plus haut niveau.

Déjà repéré en 2011

Jamais, pourtant, le trentenaire n’a laissé transparaître une quelconque frustration. Toujours le sourire aux lèvres derrière sa barbe grandissante, Dan Craven a longtemps mordu sur sa chique pour assurer son rêve de professionnalisme, avec les coureurs du WorldTour. Dix saisons entre le centre de formation de l’UCI et les équipes continentales, cela commence à faire beaucoup. Puis Jean-René Bernaudeau est arrivé à la rescousse. Le manager français du Team Europcar avait déjà repéré Craven sur la Tropicale Amissa Bongo, en 2011, au Gabon. Mais les nombreuses obligations de la formation pour assurer son statut continental pro puis WorldTour ont contraint Bernaudeau à oublier sa décision de favoriser le cyclisme africain.

Un e-mail comme salut

Puis, fin mars, après quasiment deux ans sans nouvelle, Dan Craven a eu une belle surprise sur sa messagerie. « Je me rappellerai toujours de son e-mail, le 31 mars, quand Jean-René Bernaudeau m’a annoncé qu’il avait une place pour moi dans l’équipe. C’est comme une seconde vie qui commence pour moi », confie le coureur namibien. Le manager demande toutefois de ne pas ébruiter cette bonne nouvelle de suite, préférant assurer le contrat proposé à Craven, afin que ce dernier puisse rejoindre le groupe dès la fin du mois de juillet, afin de prester au moins une demi-saison sous le maillot vert et noir. Après de nombreux contrats européens le contraignant à des courses de classe .2 et terrassé par un virus la saison dernière, le voici enfin capable de toucher au WorldTour, maintenant que tous ses soucis sont derrière lui.

Déjà bien intégré

Et le coureur de 31 ans a pu se dévoiler, pour sa première course, dès ce samedi sur le Tour de Wallonie, après deux mois d’entraînement dans le sud de la France, au sein d’un appartement qu’il partage avec deux colocataires. Dan Craven semble déjà ravi de cette nouvelle collaboration : « C’est incroyable pour moi d’avoir l’opportunité de prester dans cette équipe, avec une telle atmosphère familiale, avec une telle amitié entre les coureurs et le staff. Même si je n’ai actuellement disputé que quatre étapes seulement, j’ai l’impression de faire partie intégrante de l’équipe », explique-t-il, toujours en anglais malgré un français qu’il perfectionne petit à petit auprès des troupes de Bernaudeau.

« On m’a directement pris en charge, et pas seulement sur ce Tour de Wallonie, mais depuis mon arrivée en France en juin. Nous avons une langue différente et une culture différente mais je suis vraiment un membre de l’équipe. C’est incroyable ! », clame-t-il encore, visiblement heureux de ce premier aperçu des courses majeures du calendrier européen. « Mais je sais que je suis un peu un inconnu dans le peloton et auprès des gens. On m'a déjà demandé des autographes, c'est assez étonnant... Mais je dois aussi essayer de rester concentré sur les courses. »

"Heureux de pouvoir être au top de mon sport"

Le vice-champion d’Afrique et triple champion de Namibie sur route a déjà roulé en Espagne, en Italie, en Suisse, en Angleterre et même en Allemagne, en début d’année, au sein de l’équipe Bike Aid-Ride for Help, mais Craven se rend bien compte qu’il évolue désormais dans la cour des grands. « Je roule tout de même contre des coureurs qui évoluent en première division. C’est ma première course en Europe avec des équipes WorldTour, c’est déjà spécial. Mais ça le sera encore plus sur ma première course WorldTour. Normalement, ce sera le Tour d’Espagne. C’est mon grand objectif : enfin disputer une course de trois semaines. C’est le rêve pour un coureur, un aboutissement. J’ai déjà pu voyager grâce à mon métier, maintenant je suis heureux de pouvoir être au top de mon sport. Et pour la Namibie, cela peut permettre une émulation. Je ne pourrai pas autant aider les jeunes maintenant que je suis en Europe mais cela peut peut-être donner l'envie aux jeunes Namibiens de se lancer ».

Un programme bien rempli en août

Certes, il ne faudra pas attendre Dan Craven jouer la victoire d’étape sur les sommets de la prochaine Vuelta. Mais le gaillard a déjà de l’expérience sur les courses vallonnées de second niveau et il compte bien dévoiler son talent, si ce n’est en Wallonie, au moins sur les prochains jeux du Commonwealth, où il disputera la course sur route pour le compte de la Namibie, ou le Tour de l’Ain, en vue de la Vuelta. « Je suis plutôt un puncheur-grimpeur qui aime justement les côtes à affronter sur ce Tour de Wallonie. Mais ce n’est que ma première course depuis plus de deux mois », calme-t-il. Mais cette première expérience sur une course 2.HC ne semble pas lui déplaire jusqu’à présent. Au terme des trois premières étapes, Craven pointait encore dans le bon peloton, à une vingtaine de secondes de Gianni Meersman, avant de lâcher 40 secondes sur la quatrième étape vers Waremme. Malgré cette légère perte de temps, le Namibien compte bien prouver qu’il n’est qu’à l’aube de sa seconde vie…

Grégory Ienco, à Herve - Photo: Twitter Europcar

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