Michael Rasmussen déballe tout: "J'ai pensé au suicide après mon éviction du Tour"

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cyclisme,dopage,michael rasmussen,rabobank,tour de france,geert leinders,michael boogerd,thomas dekker,grischa niermann,denis menchov,fièvre jauneDans son livre brûlot («Gul Feber»), le coureur danois balance à tout-va. Il a voulu se supprimer après son exclusion du Tour 2007, il a essayé d’utiliser le sang de son père pour se doper... Moins surprenant, toute l’équipe Rabobank était selon lui chargée à bloc.

Ce mercredi-là, les lazzis et la bronca avaient accueilli le vainqueur du jour et maillot jaune du Tour. Au sommet du majestueux col d’Aubisque, dernière ascension d’une étape de légende entamée à Orthez-Gourette, l’incrédulité le disputait à la suspicion, Michael Rasmussen ouvrait les bras à la victoire mais c’est la défiance et le rejet que le Danois, grimpeur squelettique et si peu charismatique, recevait en retour.

Dans la nuit noire qui enveloppait Lourdes et les Pyrénées, en ultime semaine d’un Tour vicié, pourri (Vinokourov et Moreni venaient d’être pincés, leurs équipes respectives Astana et Cofidis exclues de l’épreuve), les «courageux» dirigeants du Team Rabobank lâchaient publiquement leur leader et décidaient de le renvoyer chez lui. Un maillot jaune exclu et bientôt licencié par son équipe, son employeur, pour avoir menti sur ses données de localisation avant le Tour (whereabouts falsifiés sous prétexte que Rasmussen se préparait au Mexique, alors qu’il était en fait dans les cols d’Italie, où l’ancien coureur et commentateur de la Rai, Davide Cassani, l’avait d’ailleurs croisé). On sait ce qu’il est advenu de cet épisode mélodramatique. Lynché par les siens, Rasmussen avoue aujourd’hui «avoir connu la nuit la plus terrible de sa vie» et avoir «pensé au suicide». Rejeté tel un paria, isolé, plus jamais le coureur danois ne reviendra au haut niveau (il a toutefois évolué ces deux dernières saisons sous le maillot continental Christina Watches).

39 ans, le temps de tout dire

Aujourd’hui, à l’âge de 39 ans, il vient de sortir un livre de mémoires, «La Fièvre jaune» («Gul Feber») dans lequel il n’épargne personne. À commencer par son équipe Rabobank. Mais sur le fond, peut-on réellement le blâmer?

Le vilain petit «poulet» («Chicken», son surnom) n’était évidemment pas un cas isolé dans une équipe aujourd’hui disparue, rongée par le mensonge et la triche, minée par de longues années de dopage organisé. Michael Rasmussen confirme<UN>: «Cet été-là, sur ce Tour 2007 où j’ai tout perdu, à commencer par ma dignité d’homme, l’équipe entière était dopée», balance le Danois. Pour mémoire, Rabo s’était présentée au départ de Londres dans la composition suivante: Denis Menchov (retraité après avoir été rattrapé par l’affaire Puerto), Michael Boogerd (en aveux après sa retraite), Thomas Dekker (suspendu pour dopage), mais aussi Grischa Niermann (qui a lui aussi avoué des pratiques illicites), Pieter Weening, un certain Oscar Freire, qui a quitté le peloton pro il y a un an, et le tout jeune pensionné Juan Antonio Flecha.

Leinders, le cerveau chez les Oranje

Dans le staff de Rabobank, on trouvait notamment le médecin belge Geert Leinders, dont le nom a plusieurs fois été cité comme personnage central dans des affaires de dopage par les coureurs.

Selon Rasmussen, qui s’est abondamment épanché dans les médias danois à l’occasion de la sortie de son livre, c’est bel et bien un médecin de l’équipe Rabobank qui l’avait initié, dès 2003, aux techniques de dopage sanguin, notamment à l’utilisation du sang d’une autre personne via transfusion, permettant de masquer le recours à des produits dopants. Dans cette logique morbide, «Chicken» avait ainsi fait analyser le sang de son propre père. «Ce n’était pas facile, mes parents eux aussi étaient donc conscients que je prenais des substances illicites pour rouler vite. Mais je devais utiliser les mêmes armes que les autres», explique le coureur originaire de Tølløse. Celui-ci ajoute toutefois que ce plan machiavélique (et déjà éprouvé dans le peloton, on le sait depuis lors), est resté à l’état de projet. Après la Flèche Wallonne 2004, dans un hôtel de nos Ardennes, des analyses sanguines avaient été pratiquées, celles-ci avaient révélé une incompatibilité entre le sang de Michael Rasmussen et celui de son paternel. «Je ne suis donc jamais passé à l’acte».

Peu importe. Ce livre est un pas de plus dans le tunnel noir et puant des années de dope. Une démarche mercantile, aussi. Qui n’aide même pas à solder le passé ou à alléger des consciences.

Eric Clovio - Photo: Photo News

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