La Tropicale Amissa Bongo encense le cyclisme africain

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cyclisme, Tropicale Amissa Bongo, Gabon, Philippe CrepelAu fil des années, la Tropicale Amissa Bongo a su se faire un nom dans l’Afrique entière. L’épreuve gabonaise en est déjà à sa huitième édition et confirme son statut de grand-messe de la Petite reine sur un continent qui commence à peine son éducation cycliste. Avec de nouvelles équipes européennes chaque année, la Tropicale devrait encore rester durant plusieurs années la plus belle course africaine du calendrier. Avant de penser au WorldTour?

Huit années d’existence et déjà une place de choix dans le calendrier. Entre le Tour Down Under, en Australie, le Tour de San Luis, en Argentine, et le Tour du Qatar, la Tropicale Amissa Bongo a pu se faire un nom dans le peloton professionnel et attirer de nombreuses équipes européennes en Afrique centrale. Bien entendu, on est encore loin du plateau des trois épreuves exotiques précédemment citées mais la course gabonaise enrichit son peloton africain avec quelques formations de grand cru. Cette année, ce sont Lotto-Belisol et Lampre-Merida qui se sont ajoutées à la liste des équipes parties à la découverte des forêts du Gabon, au côté d’Europcar, Cofidis et MTN-Qhubeka.

cyclisme, Tropicale Amissa Bongo, Gabon, Philippe Crepel"Parfait pour le printemps"

«Cette course, c’est devenu une des épreuves de préparation parfaites pour le printemps», avoue ainsi l’Anversois Gert Dockx, sociétaire de Lotto-Belisol et vainqueur de la 3e étape sur les hauteurs de Bitam. «Ce que nous cherchons avant tout, c’est un équilibre dans le peloton, entre les équipes européennes et africaines. On ne souhaite pas que les coureurs du Vieux Continent écrasent les Africains. Ce ne serait pas dans la philosophie de la course», clame Philippe Crepel, directeur de course. L’ancien coureur professionnel a ainsi réussi un tour de force en instaurant une véritable institution cycliste au Gabon, devenue épreuve majeure du calendrier continental. Pour tous les coureurs d’Afrique, il s’agit de la grand-messe de l’année. Pour les autres, c’est surtout une bonne épreuve de préparation, qui n’a plus rien à envier aux courses australiennes, argentines ou autre.

Il est loin le temps où les coureurs du continent lâchaient prise dès les premiers kilomètres de l’étape d’ouverture. «Le niveau s’est bien professionnalisé depuis huit ans. Désormais, les gars se préparent pour cette course, font tout pour être au top durant une semaine», continue Laurent Desbiens, également ancien professionnel et régulateur sur la Tropicale Amissa Bongo. «A l’issue de la troisième étape, nous avions par exemple un Ivoirien, un Marocain et deux Erythréens dans le top 10 du classement général. Et avant la dernière étape, un Marocain de 20 ans n'est qu'à huit secondes du maillot jaune. C’est cela que je prône!», confirme Philippe Crepel. «Les cyclistes, ici, savent la chance qu’ils ont et veulent représenter leur pays avec fierté. Ils donnent tout et peuvent inspirer d’autres jeunes cyclistes qui feront, peut-être un jour, des épreuves majeures du calendrier en Europe», affirme Bernard Hinault, parrain de la course gabonaise.

cyclisme, Tropicale Amissa Bongo, Gabon, Philippe CrepelLes équipes africaines désormais au top

Si les Gabonais attendent toujours la première victoire d’un de leurs compatriotes sur leur tour national, les sportifs du pays ont tout de même droit à des infrastructures améliorées au fil des années. Car lors de la première édition de la Tropicale Amissa Bongo, les coureurs du pays avaient refusé de prendre le départ du prologue dans la capitale Libreville car les vélos qui leur avaient été promis n’avaient pas été livrés. Le gouvernement gabonais a dû sermonner le président de la fédération nationale de cyclisme pour libérer les machines (de vieux BMC récupérés sur le marché européen). Aujourd’hui, les cyclistes gabonais bénéficient de vélos rachetés aux anciennes équipes, comme des Trek de Discovery Channel, des Cannondale de Liquigas ou des Ridley d’Omega Pharma-Lotto.

Mais d’autres équipes africaines font leur trou. Si les Marocains et les Algériens ont déjà prouvé depuis plus d’une décennie leur aisance dans les courtes côtes et les sprints, les Erythréens, Ethiopiens et Rwandais font désormais la pluie et le beau temps en tête du peloton continental. Les Erythréens Natnael Berhane, passé chez Europcar cet hiver, et Daniel Teklehaimanot, engagé par Orica-GreenEDGE l’an dernier, sont les meilleurs exemples de la nouvelle réussite africaine. Sans parler de MTN-Qhubeka, la première équipe sud-africaine et même africaine passé en continental pro (D2 cycliste). La formation de Doug Ryder a ainsi reçu une invitation pour Milan-Sanremo et le Tour de Lombardie cette saison, une consécration pour le team qui espère participer au Tour d’Espagne 2013 ou... le Tour de France 2014!

cyclisme, Tropicale Amissa Bongo, Gabon, Philippe CrepelLe WorldTour? Pas vraiment

La Tropicale Amissa Bongo compte en tout cas profiter de cette notoriété pour confirmer la montée du cyclisme africain. Mais pas question d’envisager le WorldTour. «Nous voulons limiter le nombre d’équipes professionnelles ou celles qui ont participé au Tour de France. Elles servent de moteur pour le peloton africain», admet Philippe Crepel. L’épreuve gabonaise, disputée sur sept jours, dispose d’un budget de deux millions d’euros, soit presque autant qu’une course par étapes d’une semaine en Europe mais ne veut pas trop s’ouvrir à la D1 au risque de ne plus pouvoir inviter les équipes nationales africaines. En effet, seules les épreuves 2.1 permettent la participation des formations amateurs selon le règlement de l’Union Cycliste Internationale.

Financée en majorité par le gouvernement gabonais pour assurer la promotion du pays, la Tropicale Amissa Bongo a encore de belles éditions devant elle. L’épreuve compte bien inspirer le Trophée Chantal Biya, au Cameroun, le Tour du Faso ou encore le Tour du Rwanda. La course a réussi à mixer un peloton africano-européen et de plus en plus professionnel. La 3e étape (sur 110 km) a ainsi été couverte à plus de 45 km/h de moyenne! Preuve que l’Afrique est prête à devenir un vrai continent de la Petite reine, grâce notamment à la Tropicale Amissa Bongo.

A Libreville, Grégory Ienco (texte et photos)

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