Frédéric Amorison: "J’ai retrouvé le plaisir du vélo"

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cyclisme, Frédéric Amorison, Landbouwkrediet, 2012Le 5 juin 2011, Frédéric Amorison s’était juré de ne plus jamais remonter sur un vélo après sa très lourde chute au Tour de Rijke, une semi-classique néerlandaise. Victime de nombreuses fractures, il est quand même parvenu à retrouver la santé, se refaire un moral et… retrouver le plaisir de courir à vélo. Fred est à l’aube de sa 11e saison professionnelle. Qu’il espère, enfin, complète.

Frédéric, comment va votre santé?

"Tout va pour le mieux si on considère d’où je viens. Il me reste tout de même une plaque et des vis dans la mâchoire et dans l’avant-bras droit. Je devrais pouvoir faire enlever le dispositif un an après l’opération, soit à la mi-saison 2012. Mais j’attendrai la fin de campagne. Par ailleurs, je n’ai pas encore tout à fait récupéré au niveau du poignet droit. Je porte aussi un appareil dentaire qui soulage, détend la mâchoire et la ré-équilibre. Sans cela, je ne pourrais pas manger normalement. Selon le médecin, j’en ai encore pour plusieurs mois à ressentir les mêmes douleurs. J’ai perdu de la sensibilité dans certaines dents du bas. Ca prendra du temps avant de se rétablir complètement."

Vous avez pensé arrêter le cyclisme?

"Oui, bien sûr. Juste après la chute, c’était certain. Mais, au fil du temps, j’ai repris courage. En juin et en juillet cependant, je ne voulais plus remonter sur un vélo par peur de tomber. En août, j’ai quand même retenté l’aventure avec les cyclos de Basècles, dans mon village, mais je roulais deux mètres derrière eux. J’avais du mal: cinquante kilomètres, c’était long. Mais ça a fini pas revenir. J’ai fait cinq courses en fin de saison, disons plutôt que j’ai pris cinq départs. Je voulais savoir comment je me comporterais dans un peloton. J’ai cependant été lâché… Difficile donc de me faire une idée précise. Je me suis ré-entraîné à partir du mois de novembre. J’ai tout de même retrouvé le plaisir de rouler."

Quelles sont vos sensations actuelles?

"Excellentes, même bien meilleures que je ne l’aurais espéré en cette période. Je suis en stage depuis ce vendredi en Toscane avec mon équipe. Ensuite, nous enchaînons avec Marseille et Bessèges. Ce sera simplement indicateur quant à mon niveau de forme. Les pelotons là-bas sont de 120-130 coureurs. Il est donc encore difficile de se faire une vraie idée de ce que l’on vaut en vue de la rentrée en Belgique, quand on sera au Nieuwsblad, avec 200 coureurs au départ, sur des routes de 3 mètres de large. Serais-je au niveau physiquement? Mes tests physiques pour l’UCI montrent que je suis au même niveau que l’an dernier. Mais l’entraînement c’est une chose, la compétition c’en est une autre. Oserai-je frotter dans ce peloton? Dans une classique flamande, il faut être très fort et il ne faut pas trop réfléchir, il faut foncer."

Il y a un an, vous étiez très fort. 11e du Nieuwsblad voire un top-5 pour le même prix…

"J’étais effectivement avec les 10 meilleurs en tête du Nieuwsblad 2011. Je gagne une semaine plus tard à Harelbeke. Je me baladais au Samyn, à Waregem… Je volais. La différence avec cette année, c’est que j’ai repris à zéro en octobre alors que les autres années, je gagnais encore des courses en automne. Je ne me vois donc pas signer les mêmes exploits printaniers d’entrée de jeu. Ou alors, j’ai un talent caché. Notez, j’en ai quand mis plein la vue à mes co-équipiers récemment lors d’un stage à Ostende… On verra ce que ça donnera face aux stars mondiales. Attendons la rentrée en France pour voir où je me situe vraiment."

Un mot sur votre équipe, version 2012?

"Notre meilleur sprinter, Aidis Kruopis, est parti chez GreenEDGE. Nous avons recruté quelques jeunes, dont Gilles Devillers qui nous vient de Wallonie-Bruxelles. Nous avons déjà deux champions de Belgique cette saison: Sven Nys en cyclo-cross et Jonathan Breyne derrière derny sur piste… Nous avons des gars capables de prendre leur chance. Bert De Waele, Davy Commeyne et moi-même, si tout va bien, formons le pôle des anciens. Au niveau de la structure, nous accueillons un nouveau partenaire ‘Euphony’ qui devrait remplacer à terme Landbouwkrediet. Nous restons modestes. J’ai roulé jadis chez Lotto et chez Quick Step, mais si j’avais pu rouler chez Landbouwkrediet toute ma carrière, sous l’aile de Gérard Bulens, je pense que je l’aurais fait. Notre équipe est par ailleurs importante pour les coureurs belges. Imaginez qu’elle disparaisse: ça poserait des problèmes à beaucoup de coureurs de chez nous."

Quel vœu peut-on faire pour vous?

"Que je puisse faire une saison complète, comme j’ai fait en 2010. J’avais commencé en février sans blessure, j’avais gagné en mars, en juin, en juillet, en septembre… sans souci. Et j’aurais encore pu faire mieux. J’ai décroché des top-5 en sachant que j’aurais pu gagner pour le même prix. Pour le reste, je n’ai connu que des demi-saisons. Surtout en 2011: à peine 4 mois de course. Pourtant, le début de saison avait été fantastique."

Vous allez retourner au Tour de Rijke, où vous avez chuté en juin dernier?

"Pourquoi pas? Je me suis imposé à la course de Wanzele en 2010 alors que j’y avais chuté en 2006. Tout ça, c’est un peu le destin…"

Vous vous souvenez de votre chute au Tour de Rijke?

"Des coureurs sont tombés devant moi. Ma roue avant a touché et je suis parti en vol plané pour m’écraser sur le menton. Je ne me souviens plus vraiment. C’est le destin, ce genre de truc."

Vous restez motivé, à l’évidence. Toujours prêt à tout donner?

"Oui, plus que jamais. C’est le métier. On est payé pour cela. S’il faut sortir 5 ou 6 heures à l’entraînement, il faut y aller, sans rechigner. Si on se pose des questions, on ne fait pas le métier. J’ai participé au stage de l’équipe à Ostende. On a fait une sortie de 6 heures dans la pluie et dans le vent, du côté du Mont Kemmel. Et alors? Si on arrive à se demander ce que l’on fait sur un vélo dans ces conditions, il faut arrêter tout de suite! Et le jour où je commencerai à hésiter à sortir, où je n’aurai plus envie de nettoyer le vélo après l’entraînement, ce sera le début de la fin. Mais j’en suis loin, très loin. Je me fais encore plaisir sur le vélo."

Eric Cornu - Photo: Eric Cornu

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