Contador entendu par le TAS: un an après la chute

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cyclisme, dopage, Alberto Contador, Astana, Saxo Bank-Sungard, Tour de France, clenbutérol, RFEC, UCI, AMA, TAS, LausanneLe 29 septembre 2010, la carrière d'Alberto Contador a pris un tournant étonnant. Pris dans les mailles du dopage pour un contrôle positif à une dose microcospique de clenbutérol, un produit permettant notamment la dilatation des bronches, le coureur espagnol, d'abord coupable puis innocent, s'est lancé sur les routes avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il reste ainsi une étape à traverser: l'audition devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) de Lausanne dès ce lundi et pendant les quatre prochains jours. Avant un jugement prévu en 2012, au minimum. L'épée tombera-t-elle?

Alberto Contador est un de ces héros espagnols qui a permis à la péninsule ibérique de rayonner à nouveau sur le monde sportif. Ces trois victoires sur le Tour restent gravées dans la mémoire de tout citoyen hispanique. Et pourtant… Son dernier succès sur les Champs-Elysées est entaché d’un quadruple contrôle positif au clenbutérol, une substance interdite selon le code mondial de l’antidopage et permettant la disparition de la masse graisseuse et une dilatation des bronches. Mais en Espagne, citoyens, sportifs et politiques sont prêts à tout pour défendre leur champion cycliste. A tel point qu’il a été blanchi par la fédération espagnole de cyclisme (RFEC) et qu'il a pu retrouver les routes dès le mois de mars, six mois après l'affaire, pour remporter neuf courses dont un Tour d'Italie de manière autoritaire.

Le 21 juillet 2010, à l’occasion de la deuxième journée de repos du 98e Tour de France, Contador profite d’un repas avec ses coéquipiers de la formation kazakhe Astana pour manger un steak venu d’Espagne, une viande qu’il apprécie particulièrement.  C’est l’organisateur du Tour cycliste de Castille-et-Leon, invité par le coureur, qui avait fait le déplacement avec cette pièce de viande. Cependant, un mois plus tard, le 26 août pour être précis, l’Union Cycliste Internationale (UCI) ouvrait un dossier suite au contrôle positif au clenbutérol du coureur espagnol. Des traces infimes de clenbutérol (0,000 000 000 000 005 grammes/millilitre) ont été retrouvés dans ses urines. Il est notifié de ce contrôle durant le mois de septembre et Contador dévoile à la presse ce fameux test positif lors d’une conférence de presse le 29 septembre, en pleine période des championnats du monde disputés à Melbourne et Geelong en Australie.

400 fois moins important que d’habitude

cyclisme, dopage, Alberto Contador, Astana, Saxo Bank-Sungard, Tour de France, clenbutérol, RFEC, UCI, AMA, TAS, LausanneDès cette conférence de presse, Contador agira toujours sur la défensive. « Ce test a dévoilé une quantité de clenbutérol quatre cent fois moins importante que ce que les laboratoires accrédités par l’Agence mondiale antidopage (AMA) doivent être capables de déceler », confie-t-il, avant d’expliquer qu’il avait mangé une viande étrangère lors de cette fameuse deuxième journée de repos. Mais le règlement de l’AMA est clair: toute quantité de clenbutérol retrouvée dans les urines, dans le sang ou dans les échantillons capillaires doit normalement être puni d’une suspension de deux ans. Cependant, selon le règlement de l’Union Cycliste Internationale, si le coureur n’a été ni responsable ni négligent, la peine peut être réduite voire supprimée.

Contador et ses avocats vont jouer sur ce point. Qu’importe les traces de plastique retrouvées dans ces urines qui pourraient laisser penser à une autotransfusion sanguine oxygénée. La nouvelle est rapidement tombée aux oubliettes, l’UCI ne se concentrant que sur ces traces de clenbutérol qui auraient également été retrouvées dans les urines de Contador lors d’autres contrôles. Les 22, 24 et 25 juillet, trois autres tests confirment la présence de ce produit interdit à doses différents: 16 picogrammes/ml, 7 pg/ml et enfin, 17 pg/ml. L’augmentation des doses entre le 24 et le 25 juillet peut toutefois s’expliquer par la difficulté d’une estimation exacte au vu des quantités infimes observées.

Un an de suspension puis rien

Mais le dossier traîne en longueur et il fallait attendre le 27 janvier 2011 pour que la fédération espagnole de cyclisme, en charge du dossier depuis début décembre, annonce enfin sa proposition de sanction: un an de suspension, trois amendes (variant entre 500 € et 2000 francs suisses) ainsi que la perte de la victoire de Contador sur le Tour de France 2010. Les observateurs de la Petite reine se réjouissent de la nouvelle mais les avocats de la défense ne comptent pas s’arrêter là. Ils ont dix jours pour faire appel de la décision et ils le font à la fin de ce délai.

Contador réaffirme son innocence sur deux plateaux télés durant ce temps alors que devant le Comité de discipline de sa fédération, il continue à clamer qu’il n’a été « ni responsable ni négligent ». En effet, selon le coureur espagnol, il n’a pas ingurgité volontairement de clenbutérol mais il n’avait pas non plus à se méfier d’une viande contaminée puisque les contrôles sont très stricts dans l’Union Européenne. En effet, selon des recherches menées par l’Agence mondiale antidopage, sur plus de 280.000 bovins analysés dans l’Union Européenne en 2008, seulement un seul présentait « une possibilité de contamination au clenbutérol, en Italie ».

Cependant, Contador n’est pas le premier à se faire prendre pour un contrôle positif à un tel produit. Le Chinois Fuyu Li est toujours sous le coup d’une suspension de deux ans pour une telle contamination (100 picogrammes/ml contre 50 pour Contador) alors que l’Italien Alessandro Colo, testé positif à ce produit en avril dernier au Mexique, a eu droit à sanction d’une année hors des pelotons malgré l’excuse d’une viande contaminée.

Zapatero: « Pas de raison de sanctionner Contador »

La suspension de Contador d’un an, comme le proposait fin janvier le Comité de discipline de la fédération espagnole de cyclisme, semblait donc juste et logique. Mais les politiques sont venus se mêler du dossier. La Secrétaire d’Etat aux Sports Jaime Lissavetzky assure que « l’Espagne n’est pas laxiste en matière de lutte contre le dopage » alors que le président de l’Audience Nationale, plus haute instance juridique après la Cour Suprême, Angel Juanes, estime que « Contador devrait être blanchi ». Même le cabinet de l'ancien Premier Ministre José Luis Zapatero a envoyé un message sur Twitter: « Le Premier ministre Rodriguez Zapatero déclare qu’il n’existe pas de raison juridique de sanctionner Contador ».

Une semaine plus tard, les éditions digitales des quotidiens espagnols assuraient tous que le Comité de discipline de la RFEC allait bientôt blanchir le triple vainqueur du Tour. Les premières fuites évoquaient la réussite de la défense de Contador alors que le quotidien L’Equipe affirmait qu’un vice de procédure avait été révélé. Un courrier entre l’UCI et la RFEC, contenant quatre explications possibles pour le contrôle positif du coureur espagnol et envoyé le 8 novembre dernier, n’a en fait pas été copié aux avocats de Contador, qui invoquent le « droit à l’accusation d’être informée ». Mais l’UCI et l’AMA avaient encore un mois (dès réception du dossier complet de la RFEC) pour faire appel de cette décision devant le Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne.

"Pas de volonté de s'attaquer au problème du dopage"

L’Espagne semblait en tout cas avoir réussi son coup. Le président de la RFEC Juan Carlos Castano assurait de son côté qu’il s’agissait « d’une bonne nouvelle pour la fédération et le cyclisme espagnol ». Cependant, ce nouveau revirement de situation remettait de l’eau dans le vin de l’UCI. En effet, son président, Pat McQuaid, pourtant peu apprécié de la communauté cycliste, affirmait le 2 octobre 2010 qu’un « grand pourcentage de nos cas de dopage vient d’Espagne et il ne semble pas y avoir, pour l’instant, de volonté de s’attaquer au problème ».

Finalement, l'Union Cycliste Internationale décidait de faire appel de la suspension, avant de voir l'Agence Mondiale Antidopage l'imiter. Un nouveau combat s'engageait alors. Alors qu'une audition était prévue en juillet, durant le Tour de France, les avocats d'Alberto Contador demandaient le report de cette fameuse audition auprès du Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne. C'est ensuite l'UCI qui annonçait un retard et renvoyait l'audition à fin novembre. Définitivement, enfin, elle était fixée du 21 au 24 novembre prochain.

La théorie de la transfusion sanguine

Du côté de Contador, on souhaite plaider l'innocence claire et nette du cycliste. Un détecteur de mensonges aurait même été proposé pour espérer confirmer la non-culpabilité du coureur espagnol. Sans compter la possible présence de bouchers espagnols pour affirmer la contamination possible de la viande au clenbutérol, une pratique cependant interdite par l'Union Européenne. Du côté de l'UCI et de l'AMA, on souhaite plaider la culpabilité de Contador et la possible transfusion sanguine, suite à la présence de plastifiants, en plus du clenbutérol, dans les analyses de l'actuel coureur de la Saxo Bank.

Cependant, même après cette audition, rien ne sera pour autant terminé. L'affaire Contador pourrait bien encore durer longtemps. Le TAS a assuré que le jugement final ne serait rendu qu'en janvier 2012, au minimum. Car, au vu de la longueur du dossier long comme le Danube, l'affaire pourrait bien encore durer longtemps. Jusqu'au prochain Tour de France qu'Alberto Contador pourrait disputer. Tranquillement. Comme lors de cette dernière saison.

Gr.I. - Photos: CC Flickr/Ian Joyce - Saxo Bank-Sungard

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