Liège-Bastogne-Liège : Valverde, encore et encore, devant un peloton amorphe, encore et encore

Catégories : Route, Vidéos

Pour la quatrième fois, il l'a fait : comme en 2015 face à Daniel Moreno, l'Espagnol Alejandro Valverde (Movistar) a fondu sur Daniel Martin (Quick Step) pour le déborder à la sortie du virage final de cette Doyenne, à moins de 250 mètres du but. Une accélération cinglante et suffisante pour devenir le plus vieux vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, son quatrième succès à Ans, égalant Moreno Argentin et se rapprochant à un seul bouquet d'Eddy Merckx sur ces routes ardennaises. Au prix d'une course d'attente, comme sur la Flèche Wallonne mercredi dernier, Valverde a profité d'un peloton bien trop tranquille pour jouer de son punch. Le Murcien connaît ces pentes liégeoises jusque la triste rue Jean Jaurès et a profité de cet expérience. Au grand dam de ses adversaires qui répètent la même recette à l'envi. Avec le même échec au fil des essais.

L'attentisme fait les affaires de Valverde

Tous les coureurs à l'arrivée de cette 101e édition de Liège-Bastogne-Liège : le vent de dos a rendu la course particulièrement intense. "Tout le monde était à la limite, tout en essayant de contrôler", raconte le Polonais Michal Kwiatkowski (Sky), favori au départ de la Place Saint-Lambert mais souvent en retrait parmi le groupe des leaders. "Face à Movistar, c’était notamment difficile de faire le travail. Dans le final, toutes les équipes ont essayé de partir, de permettre la création d’une nouvelle échappée. Mais c’était compliqué..." Même analyse de la part d'Alejandro Valverde (Movistar), toutefois plus optimiste. "On a bien joué le coup tactiquement, en tentant de contrôler au mieux dans une course très rapide", confirme-t-il. Les coureurs n'ont donc pas arrêté, malgré l'absence d'offensives concrètes avant la côte de la Redoute, à seulement 35 kilomètres du but. Cela ne se voit pas forcément en télévision, mais le rythme se veut soutenu...

La preuve : l'échappée matinale qui comptait encore plus de quatre minutes d'avance à 40 bornes d'Ans était quasiment repris sur les pentes de la côte de la Roche-aux-Faucons, une vingtaine de kilomètres plus loin. Et face à ce réveil tardif, les quelques attaques tentées sur le sommet de Boncelles n'ont pas vraiment fait craquer un peloton encore bien groupé pour attaquer le final dans le bassin liégeois. Il n'était donc pas étonnant de ne pas voir des coureurs se risquer à des échappées risquées à telle vitesse. Certes, mais les favoris ont donc préféré la jouer petit bras. Avant l'entrée dans la cité mosane, personne ne s'est risqué à une offensive bien sentie, à part Sergio Luis Henao (Sky) dans la Roche-aux-Faucons. Était-il donc impossible de tenter une sortie pour déstabiliser les Movistar ? Les hommes en bleu n'étaient plus que trois pour les vingt derniers kilomètres et une nouvelle attaque aurait pu permettre de se dégager des derniers puncheurs capables de surprendre au sprint, comme Michael Matthews (Sunweb) ou Greg Van Avermaet (BMC).

Martin: "Pas une frustration d'être battu par Valverde"

À la place de ces attaques audacieuses, les favoris ont préféré répéter le même scénario que ces quatre dernières années, attendant le tout dernier moment, la toute dernière secousse, pour réagir. À l'image de cette sortie en puissance de Dan Martin (Quick Step) dans la côte d'Ans, pour déborder Davide Formolo (Cannondale), parti en éclaireur, et espérer voir la rue Jean Jaurès en solitaire. "Je pense avoir fait le bon mouvement, la bonne course", explique l'Irlandais. "L'équipe était très jeune et peu expérimentée sur de telles distances et sur ces côtes ardennaises. On a dû aller chercher l’échappée, on a attaqué comme il fallait, notamment à Ans. Je dois être personnellement content du podium que j’ai réalisé. Il faudrait que je revoie la vidéo du final, parce que je ne me suis jamais retourné après mon attaque, j’ai juste foncé jusqu’à l’arrivée et j’espérais que personne ne revienne derrière moi quand Valverde m’a doublé. J’ai voulu faire le sprint jusque la ligne mais c’était impossible. Ce serait mieux de gagner, mais ce n’est pas une frustration d’être battu par Valverde…"

Mais encore une fois, le Murcien, qui n'avait montré son nez qu'au sommet de la Redoute, a profité de cette nonchalance et d'une offensive tardive pour faire la différence au dernier moment, sur le punch dont il a le secret. "Mon équipe n’a jamais paniqué, et a bien fait le travail quand il le fallait, en suivant le bon rythme. Il ne sert à rien de partir trop tôt sur cette course, c’est une épreuve très dure, très exigeante", raconte Alejandro Valverde, désormais quadruple vainqueur de la Doyenne. "Il y avait beaucoup de tensions, beaucoup d’attaques qui ont fait mal aux jambes. Mais j’avais énormément d’envie, notamment pour rendre hommage à Michele Scarponi".

L'émotion à son comble pour Scarponi

Là était l'une des seules émotions de la journée : les doigts vers le ciel, le leader de la Movistar a rendu hommage à son ami, décédé ce samedi à l'âge de 37 ans (l'âge de Valverde ce mardi) après un accident contre un van dans son village des Marches. L'Espagnol a d'ailleurs annoncé qu'il allait offrir sa prime de victoire à la famille du défunt Italien. "C'était un très bon ami, cela nous emplit de douleur et de peine. Cette victoire est pour toute sa famille", confie encore Valverde, les larmes aux yeux. Dan Martin avait également le regard humide en évoquant cette tragédie : "C’est toujours difficile de réaliser ce genre de nouvelle, et de se rendre compte à quel point un cycliste est fragile. Cela peut arriver à n’importe qui. C’est dur mais c’est encore pire de savoir qu’il ne rentrera pas pour voir sa famille le soir… Je ne le connaissais pas comme un ami mais il était toujours là pour rire, parler." 

Wellens doit encore "progresser"

Au-delà de ces moments intenses, cette 101e édition de la Doyenne des classiques a finalement confirmé que son parcours devait connaître un prochain changement radical au risque d'offrir au fil des saisons ce scénario insipide. Seul Tim Wellens s'est ainsi essayé à détruire les plans des favoris. Mais le Limbourgeois était trop court, lâchant prise dans la deuxième partie de la côte de Saint-Nicolas, à moins de 7 kilomètres de l'arrivée. "On ne devait pas attendre cette côte, il fallait anticiper", explique Wellens à l'arrivée. "C'est dommage que le groupe après la Roche-aux-Faucons n'a pas vraiment bien collaboré. Et moi, je n'avais plus assez d'avance pour rester en tête. J'espère progresser d'année en année sur cette course, mais il me manque encore un peu de forces dans les jambes", analyse le leader de Lotto-Soudal.

Il est temps de modifier l'arrivée

Et malgré ce manque de puissance, le coureur belge a essayé tant bien que mal. Pour finalement se faire avaler par un peloton d'une vingtaine de coureurs, cas de plus en plus commun sur Liège-Bastogne-Liège. Au pied de la côte d'Ans, dans le dernier kilomètre, ils étaient quasiment au même nombre, avec même la possibilité pour des Matthews ou Van Avermaet de sprinter pour la victoire ! "Si Greg se prépare pour cette course, il peut clairement la gagner", affirme ainsi le directeur sportif de la BMC Valerio Piva à la RTBF. Certes, mais voir un tel puncheur dans le final de la Doyenne, pourtant annoncée très compliquée vu son dénivelé, cela surprend... Alors, serait-il temps de laisser cette rue Jean Jaurès de côté pour enfin tracer un nouveau final, loin du parking triste de l'hypermarché Carrefour, théâtre de l'arrivée du printemps des classiques depuis 1992.

Le contrat entre Amaury Sport Organisation (ASO), organisateur de la classique wallonne, et la commune d'Ans court jusqu'en 2018 inclus. La prolongation du contrat n'a pas encore été annoncée mais s'annonce en bonne voie en coulisses. Pourtant, ASO réfléchit bien à un retour de la Doyenne dans les rues de la Cité ardente dès 2019. L'arrivée de la 2e étape du prochain Tour de France, à Liège, près du centre commercial de Belle-Île sera ainsi un bon test en vue d'une possible organisation de Liège-Bastogne-Liège dans ce quartier, évitant ainsi Saint-Nicolas et la remontée vers Ans. L'idée est en chemin, mais n'est pas encore clairement énoncée. Mais certains favoris de cette Doyenne seraient certainement ravis d'une telle modification. Michal Kwiatkowski a ainsi annoncé clairement après sa troisième place, ce dimanche : "J’espère qu’Alejandro Valverde ne va pas prendre sa retraite parce que j’aimerais tenter de le battre !" Le Murcien a lui confirmé qu'il voulait rejoindre Eddy Merckx avec une cinquième victoire sur la Doyenne. En 2018 à Ans ou en 2019 sur un autre terrain ? L'avenir de la Doyenne s'annonce en tout cas plus excitant que ses dernières finales. 

Résultats de la 101e édition de Liège-Bastogne-Liège (Liège > Ans, 258 km) :

1. Alejandro Valverde (Esp, Movistar Team) en 6h24'27"
2. Daniel Martin (Irl, Quick Step Floors)
3. Michal Kwiatkowski (Pol, Team Sky) à 0'03"
4. Michael Matthews (Aus, Team Sunweb)
5. Ion Izagirre (Esp, Bahrain-Merida)
6. Romain Bardet (Fra, Ag2r-La Mondiale)
7. Michael Albasini (Sui, Orica-Scott)
8. Adam Yates (G-B, Orica-Scott) à 0'07"
9. Michael Woods (Can, Cannondale-Drapac)
10. Rafal Majka (Pol, Bora-Hansgrohe)
11. Greg Van Avermaet (BEL, BMC Racing Team)
12. Domenico Pozzovivo (Ita, Ag2r-La Mondiale)
13. Sergio Luis Henao (Col, Team Sky)
14. Rui Faria Da Costa (Por, UAE Team Emirates) à 0'10"
15. Jakob Fuglsang (Dan, Astana Pro Team)
16. Fabio Felline (Ita, Trek-Segafredo) à 0'14"
17. Rudy Molard (Fra, FDJ)
18. Julien Simon (Fra, Cofidis Solutions Crédits)
19. Jelle Vanendert (BEL, Lotto-Soudal)
20. Patrick Konrad (Aut, Bora-Hansgrohe)
21. Rigoberto Uran (Col, Cannondale-Drapac)
22. Tom Dumoulin (P-B, Team Sunweb)
23. Davide Formolo (Ita, Cannondale-Drapac)
24. Dylan Teuns (BEL, BMC Racing Team) à 0'24"
25. Omar Fraile (Esp, Dimension Data) à 0'28"
...

> Cliquez ici pour découvrir le classement complet de Liège-Bastogne-Liège.

Grégory Ienco, à Liège - Photo : ASO/Pressesports

0 Commentaire Lien permanent Imprimer

Les commentaires sont fermés.