Paris-Roubaix : Greg Van Avermaet a soufflé tout le monde pour son premier monument !

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Sur l'édition la plus rapide de Paris-Roubaix (plus de 45,2 km/h de moyenne), les favoris ont chacun connu la guigne, le coup de moins bien ou simplement une tactique désastreuse. Chacun a semblé être capable de jouer la victoire et de distancer ses rivaux au moindre secteur pavé. Et chacun a reçu ce coup de semonce que seul l'Enfer du Nord peut donner, comme un avertissement que seul le physique ou la tactique ne peuvent l'emporter sur une épreuve aussi exigeante. Revenu du Diable vauvert après un problème de dérailleur sur le secteur 20, à près de 100 kilomètres de l'arrivée, le champion olympique Greg Van Avermaet (BMC) a finalement réussi à revenir, attaquer et s'offrir au sprint son premier monument. Le pavé est enfin teinté de noir-jaune-rouge, même si d'aucuns espéraient plutôt voir un futur retraité le soulever.

Km 154. Déjà contraint de reculer à l'arrière du peloton en raison d'un problème de potence, Greg Van Avermaet (BMC) voit son dérailler se briser sous le coup de pédale d'un équipier trop proche dans le goulot du secteur 20 entre Haveluy et Wallers, à quelques minutes de la Trouée d'Arenberg. Coincé, sans la moindre machine pour se replacer aux avant-postes, le champion olympique crie à sa voiture pour un vélo de remplacement. "J’ai quand même dit à tous mes équipiers d’aller à fond en tête, certains ont quand même attendu pour me remonter. Cela nous a coûté beaucoup d’énergie", confie le coureur waeslandien. La course semble alors terminée pour le leader de la BMC qui prend 45 secondes dans la vue et ses espoirs de victoire avec. Pourtant, suite à un passage moins pressant qu'à l'accoutumée sur le secteur le plus dangereux de l'Enfer du Nord, la fameuse Trouée d'Arenberg, Greg Van Avermaet voit doucement l'arrière du peloton des favoris et recolle, au meilleur moment, sur ses rivaux. La course reprend pour le deuxième malheureux du Tour des Flandres.

Km 184. Alors qu'il vient de lancer une cinglante attaque dans le secteur précédent de Hornaing après avoir découvert un Tom Boonen (Quick Step) bien trop éloigné des premières positions, le champion du monde Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) découvre que la technique a souvent raison de la volonté des coureurs de Paris-Roubaix. Victime d'une crevaison, il doit attendre une moto-neutre dans le secteur 16 de Warlaing pour changer de roue et repartir, avec l'espoir de relancer une offensive. "J'ai été victime de crevaisons à des moments critiques. Et pour gagner Paris-Roubaix, il ne faut pas seulement être en forme et avoir de bonnes jambes", rappelle justement le Slovaque, qui crève une nouvelle fois sur le secteur 10 de Mérignies à Avelin, avant de terminer seul sur le vélodrome, à plus de cinq minutes du vainqueur du jour.

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Km 224. Sagan subit donc une nouvelle crevaison. Et un autre leader voit son avenir s'assombrir sous le pavé poussiéreux du Nord. Dans cette masse informe qui traverse les champs du Valenciennois, Tom Boonen (Quick Step) se rend compte que son dernier Paris-Roubaix risque de se terminer dans l'anonymat. Vu le départ dans le groupe de tête de son équipier Zdenek Stybar, le coureur belge ne peut jouer la poursuite. Et personne ne semble décidé à l'aider alors que l'écart n'est encore que d'une vingtaine de secondes. Mais face à l'hésitation, l'avance du groupe Van Avermaet-Stybar grimpe. "J'ai été quelque peu frustré par cette situation de course. Cela ne nous a pas été favorable, personne n'a vraiment voulu travailler", déplore ainsi le coureur de Mol au terme de la dernière course de sa carrière. "On essayait de tous travailler pour Tom. La seule stratégie était de faire gagner Tom. On essayait de boucher tous les trous. Je ne dis pas que tout le monde roulait contre nous, mais il était évidemment surveillé", explique encore Stybar, confirmant que derrière le leader de la Quick Step, les places se faisaient chères.

Les grands favoris de ce Tour des Flandres ont tous connu la galère avant d'atteindre le vélodrome. La crevaison puis la chute de Niki Terpstra (Quick Step) menant à son abandon, la chute d'Oliver Naesen (Ag2r-La Mondiale) dès le premier secteur pavé avant de conclure dans le deuxième peloton, la crevaison d'Alexander Kristoff (Katusha) avant la Trouée d'Arenberg... Les pavés secs et poussiéreux de cette 115e édition ont eu raison de toutes les ambitions. Toutes ? Non. Malgré la galère, Greg Van Avermaet parvenait à retrouver la condition pour accrocher la bonne échappée dans les 25 derniers kilomètres, à l'approche de Camphin-en-Pévèle et du Carrefour de l'Arbre. Il fallait finalement faire preuve de bon sens pour récupérer la roue du bon contre, sans trop de leader. Comme l'a fait Van Avermaet.

"La course était très ouverte. Daniel (Oss) a aussi réussi à me repositionner dans le final. L’équipe a fait ce qu’elle a pu, et ce qu’elle devait faire. Cela a fait la différence", confie encore le champion olympique. Et dans le final, que le plus fort gagne. Après avoir réduit le groupe de tête à un trio avec Stybar et Sebastian Langeveld (Cannondale-Drapac) dans le Carrefour de l'Arbre, le coureur belge de 32 ans arrivait sur le vélodrome avec confiance. "J'avais déjà réalisé ce type de sprint à de nombreuses reprises, avec des coureurs plus rapides. J’espérais lancer de loin, mais ma stratégie a dû être changée suite au retour de Stuyven et Moscon. J’ai finalement bien fait suivre de Stybar. Évidemment, ma médaille d’or aux Jeux olympiques reste le plus beau succès de ma carrière. Mais gagner un tel monument, cela compte dans une carrière, je suis heureux d’enfin y arriver".

Au grand dam de Stybar : "Mon plus grand rêve était d’arriver avec Boonen sur le Vélodrome pour jouer la victoire. J’ai compris à la radio que je devais y aller, on m’a donné le feu vert à une dizaine de kilomètres de l’arrivée. Mais c’est difficile de changer son état d’esprit entre jouer l’équipier et devenir le leader", confie le Tchèque. "J’ai essayé d’anticiper et de surprendre Greg Van Avermaet, mais c’est un coureur très fort. C’était très dur de le battre. J’espérais qu’il soit fatigué et que je puisse le battre. Lancer le sprint en avance, c’était un peu comme faire un pari, mais cela n’a pas fonctionné aujourd’hui".

Et pourtant, même Greg Van Avermaet s'est surpris dans ce final : "J’étais déçu après le Tour des Flandres, car je commençais à imaginer que je pouvais gagner. J’étais motivé de faire mieux sur les prochaines courses. Maintenant, gagner Roubaix, ce n’était pas ce que j’attendais. J’ai été au plus profond de moi-même. Je ne m’attendais pas à gagner mais j’ai tout fait pour y arriver". Après avoir gagné le Circuit Het Nieuwsblad, le Grand Prix E3 et Gand-Wevelgem, le champion olympique remporte enfin son premier monument, et le premier de l'équipe BMC depuis son existence en 2010. Avec l'espoir de confirmer désormais cette collecte de victoires sur les prochaines classiques : "Je vais d'abord profiter de ma victoire, faire une petite fiesta. Mais je pense que je peux désormais faire un bon résultat sur l'Amstel Gold Race, une course que j'ai toujours appréciée".

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Les fans belges n'en demandaient pas tant ! S'ils attendaient un feu d'artifices pour le départ à la retraite de Tom Boonen après 16 saisons, trois Tour des Flandres et quatre Paris-Roubaix, ils ont pu célébrer le renouveau du cyclisme noir-jaune-rouge sur les plus grandes courses d'un jour du printemps. Boonen, lui, prend cette 13e place finale sur l'Enfer du Nord avec philosophie : "J'ai souvent été marqué dans le final, je ne pensais pas forcément réussir à jouer la victoire dans de telles conditions. Les hommes en tête ont mérité de jouer la victoire. Et c'était difficile avec le vent de face de rentrer. Mais bon, c'est Paris-Roubaix hein... J'ai été très loin dans mes réserves, j'ai tout donné. Et j'ai quand même profité des encouragements. C'est spécial". Ce sera aussi spécial de ne plus voir ce grand coureur en bleu et blanc débouler, avec le gros braquet, sur les chemins de campagne du Nord. Boonen ne pourra donc soulever ce cinquième pavé mais pour ce dernier Paris-Roubaix, il a confirmé qu'un vrai Flandrien tente jusqu'au bout, même contre le vent et ses adversaires. C'est désormais à Van Avermaet, Naesen, Gilbert ou encore Stuyven de le confirmer la saison prochaine. Pour que la Belgique puisse encore rêver de ses champions.

Résultats de la 115e édition de Paris-Roubaix (Compiègne > Roubaix, 257 km) :

1. Greg Van Avermaet (BEL, BMC Racing Team) en 5h41'07"
2. Zdenek Stybar (Tch, Quick Step Floors)
3. Sebastian Langeveld (P-B, Cannondale-Drapac)
4. Jasper Stuyven (BEL, Trek-Segafredo)
5. Gianni Moscon (Ita, Team Sky)
6. Arnaud Démare (Fra, FDJ) à 0'12"
7. André Greipel (All, Lotto-Soudal)
8. Edward Theuns (BEL, Trek-Segafredo)
9. Adrien Petit (Fra, Direct Énergie)
10. John Degenkolb (All, Trek-Segafredo)

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Grégory Ienco et Robert Genicot, à Roubaix - Photos : ASO - Mario Stiehl/Bora-Hansgrohe - Robert Genicot

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