Philippe Gilbert à la conquête des cinq monuments : "Milan-Sanremo et Paris-Roubaix, ce serait un rêve"

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Le vélo au-dessus de la tête, célébrant son plus beau succès depuis son titre de champion du monde à Valkenburg, le champion de Belgique Philippe Gilbert (Quick Step Floors) a hurlé de joie en passant la ligne d'arrivée du Tour des Flandres, à Audenarde. Devant des spectateurs habitués à applaudir des Flandriens costauds, et devant ses parents et sa famille venue en nombre, c'est un homme en noir-jaune-rouge qui n'avait plus roulé sur le Ronde depuis cinq ans qui s'est présenté seul en tête devant les drapeaux flamands amoncelés sur la Minderbroedersstraat. Et ce coureur de 34 ans, qui a célébré sa troisième victoire sur une classique historique du calendrier (après Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie), compte bien surprendre encore les fans de la Petite reine ces prochaines saisons, en empochant les deux derniers monuments qui lui restent à cocher : Milan-Sanremo et Paris-Roubaix.

Les Belges évoquaient avec émotion la future retraite de Tom Boonen ce dimanche matin. Ils peuvent ce soir parler avec la même émotion de la victoire étincelante de son coéquipier Philippe Gilbert sur le Tour des Flandres. Certes annoncé parmi les favoris du Ronde, personne ne s'attendait à voir le champion de Belgique subjuguer les spectateurs avec une attaque en solitaire à plus de 55 kilomètres de l'arrivée. Sur cette deuxième ascension du Vieux Quaremont, le coureur liégeois s'est lui-même surpris, se lançant dans un exercice quasiment suicidaire sans savoir ce qui se passait derrière lui. "J'ai demandé dix fois à la radio si je devais continuer. Personne ne m'a répondu donc j'ai décidé d'y aller", sourit le Remoucastrien dès sa première interview de vainqueur à la télévision.

"Le Mur de Grammont, presque décisif"

De l'improvisation pure et dure pour construire l'un des plus beaux succès de sa carrière ? Près d'une heure après avoir franchi la ligne en vainqueur, il se veut plus pragmatique. "Lors du briefing avant la course, on avait dit dans le bus que le Mur de Grammont serait presque décisif, vu qu'il y avait déjà des montées et des passages périlleux avant ce passage", confie-t-il en conférence de presse. "Certains coureurs allaient donc être déjà fatigués. Et après le Mur, le vent venait de face, sur des routes sinueuses. C'est pour cela qu'il faut aller à l'avant car avec le vent de face, beaucoup de coureurs sont réticents à prendre des relais. On savait qu'il fallait prendre l'avantage, et éviter de se retrouver à l'arrière, à calculer. Mais on ne savait pas que cela allait aussi bien réussir".

"La victoire de toute l'équipe"

Avec Matteo Trentin et Tom Boonen dans ce groupe d'échappés à plus de 95 kilomètres de l'arrivée, le champion de Belgique avait ainsi trouvé des alliés idéaux pour réussir une course collective parfaite. Même si Gilbert a ensuite dû jouer sa carte en solitaire pour les 55 derniers kilomètres. "C'est avant tout la victoire de toute l'équipe. Je dois les remercier de m'avoir protégé, d'avoir été dans tous les coups pour contrer nos adversaires. Tout le monde méritait sa place sur le podium aujourd'hui, tellement cela s'est bien passé", confie Gilbert. "Avec Tom (Boonen), c'était formidable de se retrouver ensemble dans l'échappée. On a décidé des choses ensemble, comme le fait d'accélérer dans le Vieux Quaremont. On s'est toujours bien compris. Donc, c'est aussi une fierté de gagner le jour de son dernier Tour des Flandres, même si j'aurais aussi aimé qu'il gagne lui-même son quatrième Ronde".

Mais Philippe Gilbert s'est retrouvé à l'avant et a dû tenir bon. Malgré un vent de côté dans les derniers kilomètres et des jambes qui ont commencé à brûler dans le dernier enchaînement du Vieux Quaremont et du Paterberg. "Je pense que ça a été un des plus grands efforts que j'ai dû réaliser. J'ai vraiment été au bout de l'effort, j'étais quasiment vidé à l'arrivée", relate le champion de Belgique. "Ce fut une longue échappée. J'essayais de mettre directement un tempo rapide, mais sans aller dans le rouge, car l'arrivée était encore loin. J'avais aussi peur d'avoir une crevaison ou un problème mécanique... Je n'avais pas non plus le temps de beaucoup manger. J'avais juste des gels et des boissons énergétiques pour m'alimenter, mais ce n'était pas grand-chose... C'était difficile à gérer vu l'effort à réaliser".

"Cela aurait pu être un autre équipier"

Cet effort a finalement payé : "Ce ne fut pas simple car je n'avais pas toujours les écarts, mais on a réalisé un bon travail collectif pour y arriver". Et le vainqueur du Ronde l'affirme : il s'est aussi retrouvé au bon endroit, au bon moment. "Tous les membres de l'équipe étaient forts aujourd'hui. J'étais en tête dans le Vieux Quaremont mais cela aurait très bien pu être un autre équipier. On aurait tenté la même tactique, car tout le monde mérite sa chance dans cette formation. C'est ce qu'on a dit en début de saison : dès que vous dites dans l'équipe que vous pouvez gagner, il faut que vous le montriez ensuite et finissiez le travail. Et si vous le faites, vous avez la confiance de l'équipe. C'est ce qui fait également notre force".

"J'ai encore quelques années pour réaliser mon rêve"

Vainqueur du Tour des Flandres après avoir déjà triomphé sur Liège-Bastogne-Liège (2011) et le Tour de Lombardie (2009 et 2010), deux autres des cinq monuments du calendrier cycliste, Philippe Gilbert confirme désormais son envie de réaliser un Grand Chelem que seuls Eddy Merckx, Roger De Vlaeminck et Rik Van Looy ont déjà obtenu, soit un exploit d'un autre temps. "Cela a toujours été un rêve pour moi", révèle le Remoucastrien. "J'ai toujours parlé de cela depuis le début de ma carrière. J'avais déjà fini deux fois troisième du Tour des Flandres et de Milan-Sanremo. Finalement, je gagne ici au Ronde et je peux cocher cette classique dans ma liste. Plus que deux désormais. Et la bonne chose, c'est que ce n'est pas ma dernière saison, j'ai encore quelques années pour réaliser encore ce rêve".

"Fier de toutes ces victoires"

Et si Philippe Gilbert pouvait finalement réaliser ce rêve dès dimanche prochain, sur Paris-Roubaix, une classique à laquelle il n'a plus participé depuis dix ans ? "On décidera de mon éventuelle participation ou non ce dimanche soir normalement, là je suis juste heureux de ma victoire", sourit le coureur wallon. "Aujourd'hui, c'est clair qu'il faut être complet, sur des courses pourtant très spécifiques. Je suis fier d'avoir déjà obtenu toutes ces victoires sur des terrains si différents". Et s'il ne peut toutefois jouer la victoire sur les pavés mythiques de Roubaix, nul doute que le champion de Belgique serait prêt à se mettre au service de Tom Boonen, pour sa toute dernière course, comme son équipier a joué la carte du Remoucastrien ce dimanche vers Audenarde. Au grand bonheur de l'équipe Quick Step et des supporters belges !

Grégory Ienco, à Audenarde - Photo : Photo News/Peter De Voecht

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