La championne du monde Lizzie Armitstead a manqué trois contrôles antidopage et tout le monde l'ignorait...

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Surprise dans les colonnes du quotidien britannique The Daily Mail ce mardi : le journal évoquait en grandes lettres l'appel devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) remporté par la championne du monde de cyclisme sur route Lizzie Armitstead devant l'autorité antidopage britannique (UKAD). Pourquoi cet appel ? La Britannique avait manqué trois contrôles antidopage en moins de dix mois et risquait du même coup une suspension de quatre ans. Sauf que personne n'était au courant de cette information ni de l'appel d'Armitstead, à quelques jours des Jeux olympiques, sur lesquels la championne du monde disputera la course en ligne.

Contrainte à l'abandon sur le Giro Rosa, la plus grande course par étapes de la saison, puis au forfait sur la Course by le Tour de France, sur les Champs-Elysées, la championne du monde Lizzie Armitstead (Boels-Dolmans) semblait moins en verve qu'en début de saison, durant laquelle elle a dominé le peloton avec l'ensemble de sa formation. La championne du monde s'est ainsi offert sept succès en seulement quatre mois, dont trois classiques du nouveau circuit WorldTour féminin ainsi que le Tour de Grande-Bretagne, également enregistré dans ce calendrier prestigieux. Une petite baisse de régime ne semblait donc pas illogique, même si elle intervenait à un mauvais moment pour la Britannique, décidée à jouer les premiers rôles sur la course olympique à Rio, le 7 août prochain.

Pourtant, ce double forfait en Italie et en France n'avait rien d'une condition en déclin... Le Daily Mail a en effet dévoilé lundi soir que la championne du monde Lizzie Armitstead venait de gagner en appel devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) de Lausanne contre l'agence antidopage britannique (UKAD) concernant une affaire de contrôles antidopage loupés. Le 20 août 2015, le 5 octobre 2015 et le 9 juin 2016, soit trois fois en moins de dix mois, Armitstead a en effet manqué à ses obligations et comme l'explique le règlement de l'Agence mondiale antidopage (AMA), trois contrôles manqués sans raison en moins de douze mois entraînent une suspension allant de deux à quatre ans selon les agences antidopage nationales. La championne du monde risquait donc une suspension de quatre ans de la part de l'UKAD, qui décidait de suspendre provisoirement la cycliste britannique le 11 juillet sur base de ces observations.

Premier test manqué ? Armitstead a une explication

Armitstead a toutefois décidé de faire appel de cette décision, estimant qu'elle avait une bonne explication pour son premier test manqué, à l'aube de l'Open de Suède Vargarda, manche de la défunte Coupe du monde féminine, en août 2015. La Britannique a ainsi expliqué devant le panel du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) de Lausanne que son téléphone était en mode silencieux et que l'accueil de l'hôtel avait refusé de donner l'accès aux représentants des autorités à la chambre de la Britannique pour un contrôle antidopage. Cette explication avait déjà été donnée en 2013 par Chris Froome, qui avait également manqué un contrôle dans ces conditions. A l'époque, le leader du Team Sky avait toutefois confié : "C'était de ma faute, j'aurais dû prévenir l'accueil de l'hôtel que je pouvais me faire contrôler très tôt le matin ou tard le soir".

"Il n'a pas fait un travail suffisant pour me trouver"

Mais pourquoi Armitstead n'a-t-elle pas fourni cette explication aux autorités anglaises en août 2015, alors qu'elle avait encore le pouvoir de faire appel de ce contrôle manqué ? La question reste actuellement en suspens. Dans le Daily Mail paru ce mercredi 3 août, la Britannique s'explique mais reste évasive : "Un homme arrive à l'hôtel à 6h00 du matin et demande mon numéro de chambre, sans explication et, c'est compréhensible, le réceptionniste ne veut pas lui donner. Puis il appelle mon GSM, qui était en mode silencieux. Finalement, il indique un contrôle manqué de ma part. Les représentants du TAS disent que le représentant de l'agence antidopage aurait dû dire au réceptionniste qu'il cherchait une cycliste de l'équipe Boels-Dolmans. Il n'a pas expliqué qui il était ni à quelle point la situation était sérieuse. Finalement, il fut prouvé que le contrôleur n'avait pas fait un travail suffisant pour me trouver. J'étais la leader de la Coupe du monde, j'ai été contrôlée le lendemain et cet échantillon était négatif".

Armitstead savait qu'une suspension la guettait

Pourtant, il ne s'agit pas là de la seule erreur de la championne du monde. Elle a également manqué deux autres contrôles, sans toutefois donner d'autres explications. Surtout, Armitstead savait déjà qu'elle avait manqué trois contrôles antidopage au moment où elle venait de remporter le Tour de Grande-Bretagne féminin ! "J'ai continué de courir jusqu'à ce que ma suspension arrive, donc j'ai terminé le Tour. Je suis passé devant les médias et toutes ces choses sachant que cela pourrait m'être retiré. J'ai passé énormément de temps au téléphone avec mes amis et ma famille pour m'aider à traverser cela", confie-t-elle au Daily Mail. "Je me sens incroyablement fière du travail que j'ai pu faire lors de la course du dimanche malgré tout ce qui m'arrivait. C'est vraiment très difficile de se concentrer sur l'entraînement, la nutrition et la récupération - tous ces petits détails - mais je n'ai rien laissé filer".

ADAMS permet de notifier toute urgence

Elle savait, ses proches savaient mais personne n'a rien dit. Même pas l'UKAD qui explique dans son règlement qu'elle n'est pas contrainte de révéler le nom d'un sportif ayant manqué trois contrôles antidopage. L'affaire Armitstead aurait donc pu rester secrète encore longtemps, vu que le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) n'a même pas notifié sur son site internet, comme elle le fait d'habitude, de la tenue d'une audience entre la championne du monde et l'agence britannique antidopage. "J'espérais recevoir quelque chose, ayant manqué mon troisième contrôle le 9 juin", confie Armitstead. "J'attendais juste une lettre. Ce fut une période difficile. Je savais qu'il y avait un problème car un contrôleur s'est présenté devant mon appartement à Monaco le 9 juin et qu'il a sonné à ma porte. Je n'étais pas là où je devais être à cause d'une situation urgente dans ma famille". Pourtant, le système ADAMS permet justement d'envoyer un SMS ou de téléphoner en dernière minute à l'autorité compétente pour prévenir d'un problème urgent afin de modifier l'heure d'accessibilité du coureur. Mais Armitstead n'a visiblement jamais utilisé ce système qui s'est perfectionné au cours de ces dernières années pour épauler les sportifs face à ces contraintes...

"Je suis une sportive propre et honnête"

La Britannique refuse par ailleurs d'évoquer l'urgence à laquelle elle a dû faire face : "C'est quelque chose dont je ne veux pas parler. Cela relève de la sphère privée. Toutes les circonstances étaient acceptées. C'était juste le degré de négligence qui a été questionné (devant le TAS)". Avant de répéter: "Je suis l'une des sportives les plus contrôlées du monde. J'ai été contrôlée au moins seize fois cette année. J'ai encore été testée il y a deux jours. La chose la plus difficile dans cette situation est qu'il y aura des personnes qui vont toujours avoir des doutes concernant mes performances. Mes victoires et ma domination cette année sont le résultat d'un dur travail, d'une équipe cycliste fantastique et de plusieurs personnes incroyables qui croient en moi. Je peux juste vous dire que je suis une sportive propre et une personne honnête".

British Cycling soutient la championne du monde

Si l'honnêteté de Lizzie Armitstead n'est pas forcément remise en cause dans cette affaire, c'est plutôt le timing de ce dossier qui surprend. Voici moins d'un mois, la championne du monde apprenait ainsi sa suspension provisoire et au prix de lourds investissements financiers, et avec le soutien (non-financier, selon Cyclingnews) de la fédération cycliste britannique, voici Armitstead blanchie par le panel du TAS, qui a nettoyé le dossier de la Britannique de son premier contrôle manqué, estimant les explications de la cycliste justifiées. La championne du monde peut désormais participer à la course olympique sur route, sous le maillot de la sélection britannique. Tout est bien qui finit bien ? Ce dossier risque bien de poursuivre longtemps Lizzie Armitstead et le cyclisme britannique, surtout vu le secret bien gardé autour de ces contrôles manqués. La communication bien huilée des responsables du cyclisme britannique ne peut finalement rien face à ces dossiers, aussi cachés peuvent-ils être... Ils remontent toujours à la surface, Armitstead l'a appris à ses dépens, au lieu de clairement notifier ses erreurs.

Grégory Ienco - Photo : Photo News/Cor Vos

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