Tour de France - #11 : le coup de panache de Sagan et Froome, l'absence des rivaux du maillot jaune

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Voir un maillot jaune attaquer dans les dix derniers kilomètres avec un sprinter pour assurer son leadership ? Personne ne s’attendait vraiment à un tel scénario au matin de la onzième étape entre Carcassonne et Montpellier. Certes bordé par le vent, le parcours de cette nouvelle joute annoncée entre sprinters, n’était pas forcément le terrain préconisé pour les candidats au classement général. Qu’importe, Christopher Froome (Sky) a décidé de déjouer les pronostics sur la seule accélération du champion du monde Peter Sagan (Tinkoff), décidé à tromper une nouvelle fois ses adversaires au maillot vert pour aller conquérir une deuxième victoire d’étape. En patron, comme Froome.

Des bordures, des cassures, des coureurs lancés à plus de 60 km/h sur de longues nationales bordées par le souffle d’Eole… Tous annonçaient une étape de transition mais les éléments en ont décidé autrement. Face au vent soufflant en rafales jusqu’à 70 km/h, le peloton n’a pu tenir très longtemps groupé. Cette onzième étape du Tour de France ne pouvait finalement faire briller que les hommes costauds. Dans les cent derniers kilomètres, les équipes se sont relayées une à une aux avant-postes pour assurer un rythme infernal, sans la moindre ouverture pour souffler…

Le maillot à pois Thibaut Pinot, le Néerlandais Wilco Kelderman, le Français Pierre Rolland, l’Espagnol Joaquim Rodriguez : tous ont subi la pire étape de plaine possible pour les grimpeurs. Surtout, ils ne s’attendaient pas, en tête, à un tel coup de panache de la part de leur principal rival : le maillot jaune Christopher Froome (Sky). Le coureur britannique a surpris tous les observateurs en prenant la roue, sur le grand plateau, du champion du monde Peter Sagan (Tinkoff), décidé à récupérer quelques points pour le maillot vert. « La victoire d’étape, c’était le but, mais surtout pour les points », confie ainsi à l’arrivée le Polonais Maciej Bodnar (Tinkoff), qui a assumé le rôle d’équipier-modèle avec Sagan. Avec les deux hommes de l’équipe russe, Froome faisait ainsi le boulot de n’importe quel attaquant de la dernière heure avec son équipier et compatriote Geraint Thomas.

Les adversaires de Froome sont absents

Et personne ne suivait ce double duo ! Les deux Tinkoff et les deux Sky parvenaient ainsi à prendre mètre après mètre devant un peloton désorganisé, sans la moindre équipe de favoris au classement général aux avant-postes. Les Movistar de Nairo Quintana ? Les Astana de Fabio Arù ? Les BMC de Richie Porte ? Personne ne se décidait à prendre ses responsabilités pour revenir sur ce maillot jaune surprenant et ce maillot vert dominant. Pendant ce temps, les quatre hommes de tête collaboraient parfaitement et usaient de leurs qualités de rouleur pour faire la différence. Pas seulement dans les chiffres, mais aussi psychologiquement. Peter Sagan filait vers le succès d’étape et les points, Chris Froome visait lui les secondes d’avance sur la route et aux bonifications.

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Dans le dernier kilomètre, avec une dizaine de secondes d’avance sur le peloton, Sagan semblait privilégier la piste… Maciej Bodnar pour le succès d’étape. Le coureur polonais, équipier-modèle, passait ainsi en tête pour les 300 derniers mètres mais derrière, Froome visait clairement les bonifications. Le Britannique débordait ainsi le Polonais, mais avait directement son équipier Sagan dans la roue pour le déborder au sprint. Le maillot vert venait ainsi remporter sa deuxième victoire d’étape en patron, malgré une légère amertume à l’arrivée. « Je voulais laisser Maciej Bodnar gagner vu qu’il avait fait un travail incroyable. Mais Chris y est allé dans les 200 derniers mètres et j’ai dû sprinter car on voulait la victoire d’étape », lance-t-il à l’arrivée, au micro de France Télévisions. « Chris Froome était devant tout le temps, donc ça ne m’étonnait pas de le voir dans notre roue. On savait que cela allait être plus difficile dans les derniers kilomètres vu le sens du vent, plus favorable aux bordures. Cela prouve en tout cas qu’il faut se lancer, et ne pas trop réfléchir dans ces moments-là », continue le Slovaque.

Un avantage psychologique

Chris Froome, derrière, se retournait directement sur la ligne pour voir l’écart qu’il était parvenu à creuser dans ces derniers kilomètres intenses. Vu le travail des équipes de sprinters, qu’Alexander Kristoff (Katusha) s’occupait de contrôler dans l’ultime ligne droite, l’avance du maillot jaune était finalement réduite à seulement six secondes mais avec les six secondes de bonification accordées au deuxième de l’étape, le coureur britannique pouvait ainsi bénéficier de douze secondes d’avance sur tous ses rivaux, étrangement inactifs dans ces derniers kilomètres dans le vent. « On cherche toutes les options possibles pour rester à l’avant et prendre de l’avance sur nos adversaires », confirme le leader de la Sky à la sortie du podium. « Nous voulions reprendre du temps tant que possible sur les autres candidats au classement général, on savait que ce genre de cassure pouvait se produire », lance le coureur britannique, qui avait préparé cette étape dès le matin en s’entraînant sur rouleaux, ce qui n’arrive pourtant jamais avant une étape de plaine… Froome avait donc bien une idée en tête.

L’homme fort de cette 103e édition du Tour de France n’a donc pas forcément un grand avantage sur le plan comptable mais psychologiquement, il a clairement pris le pas sur ses adversaires. Après les avoir déjà tous surpris dans la descente du col de Peyresourde, vers Bagnères-de-Luchon, Chris Froome a désormais fait la différence dans la plaine, loin de la montagne ou des contre-la-montre qui devaient pourtant lui permettre de faire une plus large sélection. Le Britannique démontre qu’il est bien dangereux sur tous les terrains, loin des faiblesses qu’il avait pu afficher lors des trois dernières éditions de la Grande Boucle. Pour le déloger de cette position de leader, il faudra donc l’attaquer, même sur des terrains moins favorables.

Résultats de la 11e étape (Carcassonne > Montpellier, 162.5 km) :

Grégory Ienco, à Montpellier - Photos : Photo News/Cor Vos/Dion Kerckhoffs

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