Tour d'Italie : Vincenzo Nibali, la revanche d'un Requin en rose

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Premier champion d'Italie vainqueur du Giro depuis Felice Gimondi (en 1969), Vincenzo Nibali (Astana) a comblé les tifosi en offrant un spectacle héroïque lors des deux dernières étapes alpestres du 99e Tour d'Italie pour déborder tous ses concurrents et ainsi remporter le deuxième maillot rose de sa carrière. Le Requin de Messine semblait perdu voici une semaine, il a finalement prouvé qu'un Grand Tour se joue jusqu'au dernier kilomètre. Au grand dam de Steven Kruijswijk (Lotto NL-Jumbo) et d'Esteban Chaves (Orica-GreenEDGE), qui ont perdu le maillot rose dans la montagne par leur faute ou par un manque criant d'appui pour les épauler dans les hauts pourcentages des Alpes franco-italiennes.

Préparé pour... la 3e semaine

Repoussé à 4'43" du leader Steven Kruijswijk au terme de la 16e étape, mardi dernier, l'Italien Vincenzo Nibali (Astana) a offert au public italien l'un des retours les plus fous de la dernière décennie sur les Grands Tours. En deux étapes alpestres parfaitement gérées en compagnie de ses équipiers d'Astana, le champion d'Italie a tout simplement retourné la situation à son avantage, en profitant, il est vrai, d'une erreur de Kruijswijk, maladroit dans la descente enneigée du col d'Agnel, la plus haute ascension de ce 99e Giro. Mais la faute du Néerlandais ne fait pas tout : bien épaulé par Jakob Fuglsang, Tanel Kangert et Michele Scarponi durant ces deux derniers jours en montagne, Nibali a géré ses efforts aux abords des ultimes montées vers Risoul et Sant'Anna di Vinadio pour mettre ses rivaux dans le rouge. Avec une bonne dose de technique dans les descentes alpestres pour accentuer son avantage et faire la différence dans sa discipline de prédilection.

Certains évoquent quelques doutes face à cette performance extraordinaire. Et pourtant, les circonstances de course semblent conforter ce scénario fou. D'abord ce week-end difficile dans les Dolomites, durant lequel Nibali a avoué après coup avoir été victime d'un "virus intestinal qui (l)'a affaibli". Puis la chute de Steven Kruijswijk dans la neige. Et enfin, une équipe parfaitement placée pour assurer les relais les plus importants dans les cols alpestres. "Croire jusqu'à la toute fin était le secret de cette victoire finale", explique Nibali. "Ce fut un Giro très dur, sur tant de plans. J'ai commencé avec le poids de ma position de favori sur les épaules et cela a affecté ma course. Peut-être me suis-je convaincu que j'allais dominer la course comme je l'ai fait en 2013. J'attends toujours beaucoup de moi-même et cela me mène à quelques fautes. Je n'étais pas autant concentrée que j'aurais dû l'être".

"C'est seulement quand j'ai pensé que j'allais presque perdre la course que j'ai réussi à décharger toute la pression que j'avais emmagasiné", continue le champion d'Italie. "Je me suis dit qu'il n'y avait pas une grande différence entre gagner et perdre, mais que je ne devais pas abandonner". Ce succès est celui de la persévérance, celui de la dernière chance. Vincenzo Nibali a toujours prouvé sa grande capacité à revenir de l'enfer, lors des troisièmes semaines de Grands Tours. Il avait déjà réalisé pareil exploit sur le dernier Tour de France, en accrochant une victoire d'étape à La Toussuire, il l'a encore réalisé cette année, avec le succès final au bout. Un deuxième maillot rose qui réveille les Italiens, et offre désormais la possibilité à Nibali de renégocier son plantureux contrat chez Astana, avec les intérêts de Bahreïn en vue.

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Tous contre Chaves

Certainement le meilleur grimpeur du peloton sur ce 99e Tour d'Italie, le Colombien Esteban Chaves était aussi le moins expérimenté des candidats au maillot rose. Et pourtant, le coureur sud-américain n'a jamais montré une confiance en berne. Son sourire ne l'a jamais lâché et sa hargne a toujours été sa meilleure défense dans les pourcentages les plus abrupts, notamment en fin de course. Malheureusement pour le grimpeur de 26 ans, la dernière étape alpestre lui a été fatal, lâchant 52 secondes au futur maillot rose, à Sant'Anna di Vinadio. Le coureur d'Orica-GreenEDGE a ainsi pris une nouvelle dimension malgré la victoire finale qui lui passe sous le nez pour quelques mètres...

"Nous restons heureux, nous avons donné le meilleur de nous-même, mais Nibali, Scarponi et Astana ont montré qu'ils étaient les meilleurs", lançait-il, honnête, après l'avant-dernière étape du Giro. Pourtant, son équipe confirmait la prise d'antibiotiques durant ce dernier week-end de course et un virus intestinal qui l'a affaibli. Qu'importe, Chaves restait bon perdant. "Ce n'est pas une excuse. Je ne suis pas le genre de gars qui dit qu'il était malade ou qu'il avait des crampes. Je n'avais juste pas les jambes". Preuve du fair-play du Colombien : tant lui que ses parents, venus exprès de Colombie pour la fin du Tour d'Italie, sont allés féliciter Nibali pour sa victoire finale accrochée dans les Alpes.

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Valverde réussit son objectif

S'il est apparu capable d'aller chercher le maillot rose, l'Espagnol Alejandro Valverde (Movistar) a encore une fois bloqué durant une journée, fatale pour la lutte au classement général. Le Murcien a toutefois retrouvé ses sensations en troisième semaine pour assurer un podium sur son premier Giro. Valverde a semblé en retrait dès la fin de deuxième semaine, tout en profitant du bon travail de ses équipiers pour assurer une troisième place synonyme de réussite pour leur leader. Car à 35 ans, pour sa découverte sur le Tour d'Italie, Valverde souhaitait avant tout monter sur le podium, afin d'entrer dans le club des auteurs de podiums sur les trois Grands Tours de la saison (Giro, Tour de France, Vuelta). Après une course conclue à moins d'une minute et demie du vainqueur.

"A la fin, après avoir tant souffert en altitude, cela semblait comme si je m'y étais habitué, car mes jambes dans les dernières ascensions étaient fantastiques", explique Valverde qui a parfaitement récupéré après une deuxième semaine qui semblait l'avoir éliminé de la course au maillot rose. "Mais Nibali mérite vraiment cette victoire. J'étais plus fort que lui sur quelques étapes mais il m'a battu sur d'autres", lance le Murcien, désormais prêt à épauler Nairo Quintana pour un premier maillot jaune sur le prochain Tour de France, en juillet.

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La désillusion de Kruijswijk

Leader de la 14e à la 19e étape de ce Tour d'Italie, le Néerlandais Steven Kruijswijk est apparu dans la forme de sa vie et semblait capable de devenir le premier coureur batave à remporter une course de trois semaines depuis Joop Zoetemelk en 1980. Dans les Alpes, le coureur de 28 ans, déjà capable de s'accrocher à un Top 10 sur un Grand Tour, était toujours parmi les meilleurs avant la descente du plus haut cime de ce Giro. Puis, une chute, contre un mur de neige... Sur le col d'Agnel, à plus de 2.700 mètres d'altitude, Kruijswijk a fait sa seule boulette de ces trois semaines difficiles. Contre le bitume, la douleur n'était pas de suite infernale, mais le décompte était déjà fait : le Giro était déjà perdu pour la nouvelle star "oranje".

Malgré tout, le leader de Lotto NL-Jumbo ne souhaitait pas blâmer un coureur ou l'autre... "A la fin, je dois être satisfait après ce qu'il s'est passé vers Risoul", confie-t-il. "Je suis toujours déçu... Mais la seule chose que je pouvais faire le lendemain, c'était d'essayer de conserver ma place sur le podium parce que j'avais perdu le Giro la veille. (...) J'avais une grande chance de gagner un Grand Tour et je pense que j'étais l'un des meilleurs sur cette course. Mais rester sur son vélo fait partie de ce sport et c'est ce dont j'ai manqué".

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Un bilan belge mitigé

Avec seulement sept Belges au départ, il était difficile d'imaginer une grande réussite noire-jaune-rouge sur les routes du 99e Tour d'Italie. Pourtant, les équipes belges ont parfaitement assuré le spectacle. Lotto-Soudal s'est ainsi offert quatre victoires d'étape, tout comme Etixx-Quick Step, qui peut en plus compter sur le maillot blanc de meilleur jeune du Luxembourgeois Bob Jungels et de sa sixième place. Concernant les coureurs belges, Tim Wellens avait parfaitement ouvert les débats en décrochant la sixième étape sur la première arrivée au sommet de ce Giro.

Derrière, son équipier Maxime Monfort espérait pouvoir accrocher un nouveau Top 10. Mais les jambes lourdes durant la deuxième semaine de course ont eu raison des ambitions du Nadrinois. Le coureur belge s'est quand même bien repris vers les Alpes en accrochant deux échappées au long cours dans la haute montagne. Monfort a ainsi pu reprendre un temps précieux sur ses rivaux au classement général pour finalement conclure ce Giro à la 15e place, à plus de 34 minutes de Nibali. La saison dernière, le coureur belge avait pu terminer onzième à dix-sept minutes d'Alberto Contador. Le bilan au général reste donc mitigé, comme il le confie sur son site officiel : "Je n'ai pas démarré ce Giro comme je l'aurais espéré, à cause d'une préparation différente. La dernière partie était meilleure. Je ne ferai plus la même erreur à l'avenir".

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Grégory Ienco - Photos : Photo News/Cor Vos & Graham Watson

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