Liège-Bastogne-Liège : Poels survit dans une course trop dure, trop intense

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Cette 102e édition de Liège-Bastogne-Liège ressemblait à une course à l'élimination... La neige et le froid ont rendu les conditions de course presque intenables pour un peloton qui a enduré la grêle, les rafales de vent et les averses hivernales tout au long de la journée, entre Liège et Ans. Dans une course aussi difficile, seuls les plus tenaces ont tenu bon. Personne n'a pu finalement faire la différence, si ce n'est dans les derniers kilomètres, alors que l'intensité grimpait encore d'un cran. Avec, au final, la victoire d'un Néerlandais coriace, Wout Poels (Sky). Les favoris, eux, étaient bien loin de leur niveau habituel. A cause de la difficulté ardue de la Doyenne, justement.

La neige a dévasté le peloton

Elle était attendue depuis près d'une semaine et a longtemps été la grande actrice de cette Doyenne : la neige a longtemps hanté le parcours des coureurs ce dimanche. Certes, le peloton ne devait pas faire face aux tempêtes qui ont congelé Bernard Hinault en 1980 mais les averses hivernales faisaient grelotter les coureurs à chaque coup de pédale. Ils n'ont quasiment jamais quitté leur survêtement, usant même de gants et de cuissards de plongée pour éviter que l'eau pénètre en-dessous de leur maillot déjà détrempé. Les boissons chaudes ont valsé entre les véhicules des directeurs sportifs et de nombreux coureurs ont cherché à se réchauffer avec une nouvelle paire de gants dès la première zone de ravitaillement. A près de cent kilomètres de l'arrivée, on comptait ainsi près de 30 abandons dès la première partie de la course.

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Les organisateurs avaient même dû éviter une partie de la route de campagne menant vers la côte de la Roche-en-Ardenne en raison de neige tenace sur le bitume. Les coureurs étaient donc déviés durant trente kilomètres avant de retrouver la route habituelle vers Bastogne. Et les chutes de neige ne s'arrêtaient pas et se poursuivaient sur le col du Rosier, la côte de la Redoute et le sommet de la Roche-aux-Faucons... Ces conditions extrêmes ont eu un réel impact sur cette course menée malgré tout très rapidement par des coureurs qui avaient pourtant le vent et les flocons de face durant une bonne partie de la remontée vers Ans. "Avec la neige, la grêle, le froid, c'était l'une des plus dures courses de ma carrière. En plus, sur ma course préférée. Je suis content quand même d'avoir réussi à tenir jusque là", lançait ainsi le Portugais Rui Costa (Lampre-Merida) après l'arrivée, heureux de se réchauffer dans des nouveaux vêtements.

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L'Union Cycliste Internationale (UCI) avait annoncé un nouveau protocole en cas de conditions météorologiques extrêmes sur les courses professionnelles mais visiblement, les commissaires de course estimaient qu'il n'était pas impensable de rouler sous un tel ciel menaçant, malgré le sol déjà blanc dans la nuit de samedi à dimanche. Les coureurs n'ont pas protesté et ont continué à rouler, estimant pour la plupart qu'il fallait "rouler sur cette Doyenne", parce que c'est "la Doyenne". Pourtant, cette édition ne restera pas dans les mémoires, du moins pas pour ce que les coureurs en ont fait. La météo a joué un rôle, certes, mais elle n'a fait que décanter le peloton par l'arrière, en usant les cyclistes, les uns après les autres, non pas en les forçant à s'activer à l'avant...

Plus de jus pour attaquer

La météo n'est pas seule en cause : le parcours de cette 102e Doyenne ne permettait pas vraiment aux favoris de se lancer dans une offensive perdue d'avance. Sur ce tracé si difficile, où la plaine est si rare, peu de coureurs avaient l'occasion de s'essayer à l'attaque sans voir une troupe d'un sponsor ou d'un autre filer à toute allure pour contrer. Cela s'est vu sur la Redoute, sur le Thier du Hornay et sur la Roche-aux-Faucons : toute tentative s'est soldée par une poursuite en bonne et due forme de Movistar ou Etixx-Quick Step. Quelques kilomètres dans le vent, comme au sommet de la Haute-Levée, pourrait justement permettre d'écrémer un peu plus ce peloton toujours aussi massif au pied des trois dernières côtes. Mais avec des côtes tellement rapprochées, tous les favoris placent leurs équipiers à l'avant et contrôlent, en espérant lancer une bagarre entre les meilleurs dans le final.

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Sauf que cette fois, la neige a usé encore plus les gambettes. Et dans le final, plus personne n'avait finalement de l'énergie pour mener la vie dure à un adversaire ou l'autre. Les équipiers des leaders ont vite sauté dans la Roche-aux-Faucons et dans sa descente, et il ne restait finalement qu'un groupe d'hommes seuls au sommet de Saint-Nicolas, à moins de sept kilomètres du but. La suite ? Le Suisse Michael Albasini (Orica-GreenEDGE), à l'attaque dans la dernière ascension de la journée, la rue Naniot, le raconte le mieux : "Je savais que je devais aller à mon rythme dans la rue Naniot. Mais j'ai été surpris de sortir tout le monde de ma roue." Face à de tels efforts, Albasini a trouvé le bon tempo, et se montrait finalement comme l'un des plus forts du peloton sur cette pente que certains trouvaient "anecdotique" avec le Portugais Rui Costa (Lampre-Merida), l'Espagnol Samuel Sanchez (BMC) et le Néerlandais Wout Poels (Sky). Les plus forts ? Aujourd'hui, dans de telles conditions, oui.

"Un sprint après 250 kilomètres, c'est différent"

Puis, tout s'est joué dans cette dernière montée vers Ans. Albasini a bien essayé d'en remettre une mais comme sur Paris-Roubaix, tous avaient l'air tout simplement incapable de remettre une dent pour distancer leurs rivaux. Personne ne trouvait la force d'anticiper un sprint annoncé sur la dernière ligne droite, vent de dos. Sur ces 250 derniers mètres, ce n'est finalement pas la qualité intrinsèque du coureur qui compte, rappelle Albasini. "Peut-être que j'ai trop donné dans le final, j'avais un braquet trop petit après le dernier virage. J'aurais dû changer de vitesse avant. C'était ça, l'erreur. Mais Poels a fait un super sprint aussi. Et après 250 kilomètres, c'est plutôt la fraicheur qui compte et non la qualité du sprinter", expliquait le Suisse, déçu d'avoir manqué cette opportunité face à un coureur en noir plus malin dans son choix de braquet. "J'avais peur de tout le monde sur ce sprint mais après 250 kilomètres, ce n'est pas la même chose, c'est comme si c'était un nouveau sprint chaque fois...", confirmait Poels, heureux de savourer sa première classique à 28 ans.

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Et si les offensives ont été peu nombreuses, ce sont finalement bien les coureurs les plus frais après ces 250 bornes dans le froid et la neige qui ont triomphé. Il n'y avait pas de tactique particulière qui a manqué : tous étaient d'accord à l'arrivée pour confirmer qu'il s'agissait bien des coureurs les plus forts qui se trouvaient à l'avant. La météo a finalement eu des répercussions encore plus intenses sur la course que le parcours en lui-même. Mais rajouter des difficultés sur une classique ne la rend pas forcément plus spectaculaire : c'est justement en dosant bien la difficulté tout au long de la journée qu'une épreuve peut dévoiler ses meilleurs scénarios. Comme sur les dernières éditions de Paris-Roubaix ou de Gand-Wevelgem. Or, sur cette Doyenne, les véritables côtes ardennaises semblent délaissées au profit des ascensions de la banlieue liégeoise, plus abruptes mais trop attendues par des favoris qui se focalisent sur elles. Au grand dam des spectateurs.

Résultats de la 102e édition de Liège-Bastogne-Liège (Liège > Ans, 253 km) :

Grégory Ienco, à Ans - Photos : Belga/Luc Claessen et Dirk Waem - Photo News/Vincent Kalut et Peter De Voecht

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Commentaires

  • Bien d'accord avec votre conclusion : "Or, sur cette Doyenne, les véritables côtes ardennaises semblent délaissées au profit des ascensions de la banlieue liégeoise, plus abruptes mais trop attendues par des favoris qui se focalisent sur elles. Au grand dam des spectateurs."

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