Adieu Antoine

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Ce devait être sa deuxième course sur le circuit WorldTour, elle s'est transformée en cauchemar... Adieu Antoine Demoitié.

« Franchement, ce serait déjà cool d’être dans un peloton professionnel une fois ». Je me souviendrai longtemps de cette phrase, Antoine. Une phrase que tu avais prononcée alors qu’on avait 14-15 ans. Tu étais un jeune cycliste qui arpentait les épreuves de la province, en quête de succès et d’adrénaline sur les côtes mosanes et ardennaises. Entre Nandrin et Huy, tu étais souvent sur ta machine pour accumuler les kilomètres et espérer faire de ta passion un métier. Au fil des saisons, tu as trouvé ces succès, tu as confirmé cette passion et tu as pu filer de l’UC Seraing à Wanty-Groupe Gobert, pour fêter tes 25 ans. Déjà plus de dix sur un vélo.

Un contrat professionnel dans une équipe continentale professionnelle, la découverte des courses WorldTour en ce week-end pascal… Tu venais à peine de terminer ta première épreuve sur le circuit le plus prestigieux du calendrier que tu enchaînais sur les pavés flandriens qui te faisaient tant rêver adolescent. Et puis… Et puis un accident qui est survenu trop souvent ces dernières semaines. Une chute avec quelques coureurs, un motard trop peu attentif ou qui n’a pas eu le temps de changer de direction, et le drame. Aucune image, heureusement, mais les premières indications de Radio Tour demandant une évacuation urgente vers l’hôpital le plus proche n’indiquent rien de bon. On parle de blessures graves au visage. Puis d’un transfert au CHU de Lille. Cela devient sérieux…

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Que diable faisait donc cette moto si proche du peloton ? Il s’agissait, selon des témoins, d’un commissaire de course qui suivait un groupe en train de rentrer sur le peloton après les bordures qui avaient animé l’entame de Gand-Wevelgem. Un coup de vent, un des trop nombreux véhicules motorisés dans le peloton et l’accident est si vite arrivé. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un véhicule engagé dans une course cycliste pour protéger, couvrir ou épauler vient percuter un coureur en plein effort. Demandez à Greg Van Avermaet sur la dernière Clasica San Sebastian. Mais aussi Jesse Sergent et Sébastien Chavanel sur le Tour des Flandres 2015, Matthew Brammeier sur le Tour de l’Utah 2015, ou plus récemment encore Stig Broeckx sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le 29 février dernier. Les exemples sont trop nombreux en seulement huit mois.

L’Union Cycliste Internationale avait déjà pris des mesures après l’embardée de Juan Antonio Flecha et Johnny Hoogerland, balancé dans des barbelés lors d’une étape du Tour de France 2011 par une voiture de France Télévisions. Depuis lors, toutes les personnes présentes dans la caravane d’une épreuve cycliste doit passer une formation de quelques heures afin d’obtenir un permis permettant de conduire dans la course. Sauf que cette formation ne donne que certaines bases et ne met pas en situation. Un coup de volant est si vite arrivé, et ce ne sont pas quelques diapositives qui peuvent vous permettre de vous sauver d’une situation dangereuse…

Au lieu de ça, les motos des photographes s’accumulent au fil des épreuves cyclistes, vu la prolifération des médias sur le web et dans les kiosques. Celles de l’organisation sont aussi plus nombreuses pour assurer la sécurité entre le peloton et le reste de la caravane. Sans oublier les voitures VIP, destinées à amener les personnes qui ont accepté de payer le prix fort au plus vite aux points les plus attractifs d’une course cycliste. Ces voitures n’ont pourtant rien à faire dans un peloton mais les organisateurs se gardent bien de les dégager de la caravane, vu les revenus engrangés. Et en ces temps de crise, alors que les sponsors sont plutôt désireux de quitter le monde sportif, il vaut mieux ne pas cracher sur le moindre centime possible…

C’est le malheur du sport cycliste. Il a besoin de couverture, de revenus, de public pour assurer sa survie. La possibilité de trouver de nouveaux revenus notamment dans les droits TV reste ainsi une clé pour assurer une meilleure stabilité au vélo et, du coup, éviter une accumulation de problèmes en cascade sur le reste de l’organisation de l’épreuve. L’UCI doit en prendre conscience mais cela ne se fait pas en quelques jours. En attendant, la fédération internationale doit prendre des mesures concrètes, en limitant notamment le nombre de véhicules sur une course, ou même entre deux pelotons, en déviant les véhicules qui peuvent éviter les parcours, en interdisant à certains véhicules de dépasser le peloton si la route n’est pas assez large, etc. Il faut que l’UCI se montre plus restrictif pour éviter ces accidents en cascade ou encore cette image qui circule sur les réseaux sociaux montrant sept motos autour du seul homme de tête, Alexey Kuznetsov… Une aberration.

Et puis, il y a cet accident. Ce dramatique accident. Antoine, tu es désormais parti. J’ai croisé les doigts pour espérer ton rétablissement prochain, pour continuer à croire que tu viendras à nouveau rouler sur ces pavés et ces monts flandriens que tu appréciais tant. Je songe à ces sorties dans le pays hutois, entre les Ardennes et le Condroz, entre les côtes abruptes et les longues chaussées dans les forêts. J’espérais simplement que ce paysage pourrait encore te servir de terrain de jeu. Et que cet accident permettra à certaines instances de comprendre qu’il faut mieux protéger le peloton, qu’il est le point central de ce sport. Mettre en danger les cyclistes, c’est mettre en danger ce si beau sport. Pourvu que Brian Cookson y songe enfin. En attendant, adieu Antoine et bonne route…

Grégory Ienco - Photos : Photo News

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Commentaires

  • quelle tristesse, quel drame, je suis de tout coeur avec sa femme, sa famille ses amis le monde du cyclisme mais quand est ce que les motos vont comprendre !!!!!! triste réalité de mettre ce si magnifique sport toujours en danger courage à vous tous et toutes RIP ANTOINE

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