Greg Van Avermaet se confie : "Si je ne gagne pas le Tour des Flandres, ce sera une déception"

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Champion confirmé ou loser magnifique ? Collectionneur de places d’honneur depuis trop longtemps, Greg Van Avermaet est le meilleur coureur belge du moment et une valeur sûre du peloton mondial (8e du World Tour 2015). Mais le Waeslandien, en pleine force de l’âge (30 ans), doit gravir une dernière marche, dès ce printemps, s’il veut laisser une trace indélébile dans l’histoire du vélo. Rencontre entre le Qatar, dans ce pays où GVA avait remporté sa toute première victoire pro en 2007, et Oman, où il vise le succès d’étape.

> Un bébé, une première victoire sur le Tour de France, mais aussi la pénible affaire du Docteur Ozone, de la malchance dans la finale de la Clasica San Sebastian et Paris-Tours… 2015, une saison très spéciale !

"Une année lourde et difficile, sur tous les plans, mental et physique, en effet. Malgré cette affaire de dopage présumé, qui a explosé dans les médias le jour de la reprise de la saison en Belgique, ce qui n’est forcément pas dû au hasard, je me suis concentré au maximum sur mes courses. L’affaire, dite du "Docteur Ozone", a finalement été classée sans suite, j’ai été blanchi comme je l’attendais et grosso modo, tout cela n’a rien compromis au niveau sportif. Le printemps a été très bon, même sans grande victoire. Troisième du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix, 5e de l’Amstel Gold Race, c’était plutôt pas mal…"

> Avez-vous perdu quelques illusions sur le milieu dans lequel vous évoluez, voire des amis, en cette période compliquée ?

"J’ai été déçu par certaines personnes, qui ont affirmé des choses fausses. En 2012, j’avais souffert d’une inflammation du talon, j’avais été traité pour cela en toute clarté et légalité, l’UCI et mon équipe BMC étaient parfaitement au courant du problème et du traitement, avec prise de cortisone. Il n’y avait rien à rechercher là-dessous… Ces soucis au pied sont récurrents, c’est vraiment mon talon d’Achille. Pour l’instant encore, je gère cela avec une chaussure adaptée. Cela semble aller mieux alors que pendant les stages hivernaux, j’étais un peu inquiet."

> Vous êtes devenu plus méfiant aujourd’hui, dans ce milieu ? Ou plus fort sur le plan mental ?

"Certainement, oui. Tout cela était très désagréable, négatif, mais je suis parvenu pourtant à me concentrer sur mon job, sans jamais perdre de vue que l’humain était plus important que tout. Avec un peu de recul, on pourrait presque affirmer que c’était un mal pour un bien (il sourit)."

> Greg, vous devez dans les prochaines semaines enlever cette première grande classique qui vous manque tant. Vous êtes le meilleur coureur belge des deux dernières saisons et l’un des meilleurs mondiaux. Plus de pression ?

"Baah, pas vraiment plus de pression, c’est juste l’étape suivante, logique et espérée. Ces deux derniers printemps, j’ai chaque fois été très proche d’un succès au Ronde, j’ai démontré que j’avais la force et le talent nécessaires pour une grande victoire dans les Flandres. C’est normal que tout le monde me pose régulièrement la question, ‘alors, quand viendra-t-elle cette grande victoire ?’ Je me la pose aussi, vous savez... (il rit)"

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> Si cela ne devait pas sourire en 2016, et que vous restiez dès lors le roi des places d’honneur, ce serait un gros échec pour vous ?

"Oui, certainement. Quand vous vous fixez un objectif, vous faites tout pour l’atteindre. Si je n’y parviens pas en avril prochain, ce sera forcément une déception. Il y aura ensuite le Tour et de belles courses dans la seconde partie de saison, mais mon bilan ne sera parfaitement réussi que si je remporte une classique historique."

> Vous êtes par ailleurs en fin de contrat chez BMC. Une victoire qui compte serait évidemment la bienvenue.

"Honnêtement, je pense que mon niveau de performance dans le peloton est connu et reconnu, ma valeur marchande est globalement fixée. Je suis un coureur très régulier parmi les meilleurs, qui assure visibilité et pub pour son équipe, son employeur. Forcément, un succès de prestige améliorerait encore les termes de ce nouveau contrat."

> Vous êtes clair sur votre avenir. À 30 ans accomplis, vous ne signerez que dans une grande équipe.

"Oui, et BMC en fait évidemment partie. Allez, sowieso, je voudrais rester dans cette équipe qui m’a accueilli en 2011 et dans laquelle je me sens bien. Mais je suis pro et examinerai les éventuelles offres des autres formations du top. Sky, Etixx-Quick Step,…"

> Rester dans la peau du leader absolu sur "vos" courses sera un des préalables essentiels.

"Oui, cela tombe sous le sens. L’argent est un facteur important dans une carrière d’une dizaine d’années seulement, mais il faut aussi être très attentif aux possibilités sportives qu’on vous offre. Les structures, le programme, les opportunités de gagner de belles courses, c’est déterminant."

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> Vous entamez votre 6e saison chez BMC, une équipe qui n’est plus "la Galactique du vélo" comme il y a quelques années, mais semble mieux cibler son recrutement et ses choix. La ligne de conduite est plus claire, non ?

"La stratégie de recrutement est plus lisible. Avant, ils achetaient les coureurs qui étaient au sommet, c’était parfois difficile d’exister (NDLR : Evans, Ballan, Hushovd, Gilbert, rien que d’ex-champions du monde). Mais je suis fier du chemin que j’ai parcouru parmi tous ces grands noms. J’ai parfois roulé à leur service, de manière efficace je pense, puis je suis devenu leader de l’ombre, ou de rechange si vous voulez, avant d’obtenir le statut de coureur protégé pour les classiques flandriennes. Croyez-moi, ce n’était pas si simple de faire sa place."

> Greg Van Avermaet est un coureur "à l’ancienne", qui court toute l’année à l’avant. Comment faites-vous pour garder cette efficacité constante, cette agressivité en compétition, cette omniprésence dans un cyclisme où on ne parle plus que d’objectifs très pointus, de spécialisation…

"C’est avant tout un trait de mon caractère, je pense. Je prends le départ de chaque épreuve, quelle qu’elle soit, pour donner le meilleur de moi, sans spéculation. J’ai besoin d’être tout le temps actif pour me sentir bien, un peu comme un footballeur qui a besoin de toucher très souvent le ballon pour ne pas sortir mentalement du match (NDLR : pour rappel, Greg a été un excellent joueur de foot, keeper du SK Beveren jusqu’en espoirs, avant d’embrasser la carrière cycliste comme son papa Ronald et ses deux grands-pères, Kamiel Buysse et Aimé Van Avermaet). Je suis passé pro en 2007 et depuis lors, jamais je n’ai connu de baisse de rendement pendant une saison, je reste constant malgré un bon volume de courses. Je suis ce type de coureur, voilà tout."

> Le meilleur entraînement pour vous reste la compétition.

"Tout à fait. La période hivernale, les stages préparatoires, c’est très bien pour souffler un peu sur le plan mental puis se reconstruire calmement une base de foncier, mais dès que la compétition reprend, comme ici dans le golfe Persique, je suis dans mon élément. J’aime ce rythme, sauter d’une compétition à l’autre."

> Revenons aux classiques flandriennes. John Degenkolb n’en sera pas, suite à l’accident dont il a été victime. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

"Pas grand-chose, finalement. La liste des favoris potentiels sera grosso modo semblable. Je songe en priorité à Fabian Cancellara, qui démontre dès ses courses de rentrée (NDLR : il a déjà remporté une belle étape du Challenge de Majorque) qu’il est toujours au top niveau et qu’il a envie de réussir une sortie par la grande porte. Tom Boonen sera forcément là, dans le même état d’esprit. Puis il y a les coureurs de l’autre génération, Kristoff, Sagan, Boasson-Hagen…"

> Philippe Gilbert sera-t-il à vos côtés au départ ? Quel est votre feeling à ce propos ?

"Je ne sais pas, la décision sera vraisemblablement prise après Paris-Nice et Tirreno-Adriatico. Je serai le leader de l’équipe dans les Flandres et à Roubaix, Phil pour l’Amstel et Liège. Ça, c’est sûr. Nous allons d’abord disputer ensemble Milan-Sanremo, puis on verra ce que le management va choisir comme option."

> Ne serait-ce pas préférable que cette décision soit prise avant l’hiver, pour que ce soit clair dans vos têtes et qu’on ne vous pose pas cette sempiternelle question ?

"Peut-être oui, mais il peut se passer tellement de choses en trois-quatre mois, une chute, une maladie, que cela ne rimerait pas à grand-chose. Je l’ai dit et le répète : il n’y a pas de problème relationnel entre Gilbert et moi, simplement, nous sommes tous deux des coureurs du même type. C’est cela qui est difficile à gérer, mais je fais confiance à l’équipe pour effectuer le bon choix."

> Greg, il y a neuf ans, à Messaied, soit à quelques kilomètres de Doha, vous remportiez votre toute première victoire chez les pros. Vous pensez parfois au chemin parcouru depuis lors ?

"Messaied (il rit). La veille de l’étape, j’avais été lâché suite à des bordures et avais terminé à douze minutes des meilleurs. Je m’étais dit qu’il fallait faire quelque chose pour atténuer cela… Je me suis glissé dans une échappée de gars qui étaient loin au général (Sieberg, Poulhies, Putsep), on est allé au bout. Une première victoire en tant que néo-pro, c’est un souvenir très chouette. Depuis lors, je n’ai d’ailleurs plus jamais gagné au Qatar, mais plutôt collectionné les accessits. Comme toujours, vous allez me dire (il éclate de rire)."

Eric Clovio - Photos : Continuum Sports LLC/BMC Racing Team - Phot News/Jan De Meuleneir - Photo News/Cor Vos

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