Alexander Kristoff continue sa moisson en vue des classiques : "Le Tour des Flandres, celle qui m'attire le plus"

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D’humeur égale avec ses équipiers, les fans et les journalistes, bardé d’un sourire timide contrastant avec la puissance bestiale qu’il déchaîne en plein sprint, Alexander Kristoff dégage une sérénité bluffante, que son statut de star du peloton (20 succès en 2015, record mondial homologué) ou, a contrario, la mauvaise réputation de son équipe Katusha n’écornent pas. Tout ça glisse sur le nouveau maillot rouge frappé du K, qui a déjà triomphé trois fois sur les routes du Qatar.

En arrivant à Doha, il y a quelques jours, le colosse de Stavanger (28 ans) s’était calmement préparé à la potentielle suspension de son team, perforé par deux cas de dopage ces huit derniers mois (Paolini et Vorganov). "S’il le faut, nous repartirons en stage pendant la punition, que faire d’autre ?" Il n’en sera finalement rien, ainsi en a décidé l’UCI. L’épée de Damoclès est restée suspendue, elle a quitté le champ de vision du Viking, qui peut de facto mobiliser toutes ses énergies pour ses prochaines conquêtes.

Vainqueur de Milan-Sanremo en 2014 puis du Tour des Flandres en 2015, déjà lauréat d’un sprint de costauds dès sa 2e journée de compétition en 2016 (face à Mark Cavendish à Doha), avant de récidiver  à Madinat Al Shamal (face à Greg Van Avermaet) puis encore face à Cavendish sur la Corniche de Doha, Alexander Kristoff ressemble pour nombre de rivaux à un épouvantail planté au milieu des plaines de Ligurie ou des Flanders Fields. En l’absence de John Degenkolb (convalescent après un grave accident sur les routes espagnoles), autre incarnation de cette nouvelle génération de sprinters super-puissants que monts, ponts et pavés n’effraient plus, le Norvégien portera inéluctablement le dossard de favori des premières grandes classiques du printemps.

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"Je ne suis pas du genre à trop gamberger sous l’effet de la pression, de ressentir plus de nervosité sous prétexte que j’ai un titre à défendre ou un statut à honorer. Je m’entraîne dur et depuis de longues années, je sais ce dont je suis intrinsèquement capable et lorsque je prends le départ d’une épreuve, je sens au fond de moi que j’ai tout fait auparavant pour être au meilleur niveau possible. Quand vous avez intégré cela, no stress…", nous expliquait-il cette semaine au Qatar.

Ancien joueur de foot dans le petit club de Korsvoll, dans la banlieue d’Oslo, fan de la Juve qui dormait parfois avec le maillot d’Alessandro Del Piero, Alexander Kristoff a découvert le cyclisme vers l’âge de 10 ans, au travers de vacances familiales dans les Alpes. Subjugué par les envolées de Pantani et Ullrich dans les lacets de l’Alpe d’Huez, c’est pourtant avec le maillot chamarré de Mapei qu’il rentre au pays. Et Johan Museeuw devient bien vite une icône, dont il analyse les prestations en compagnie de son beau-père, Stein Örn, qui l’a élevé avec sa maman Anne dès l’âge de trois ans.

Le petit garçon aux lointaines racines russes est en fait un flahute dans l’âme et sous la couenne. Chez les juniors déjà, alors qu’il progresse sans faire de bruit et sans alors éveiller l’intérêt des scouts étrangers, au contraire d’Edvald Boasson-Hagen par exemple, il se frotte aux pavés et au vent flandriens lors du printemps. Il loge alors dans un petit hôtel situé au faîte du Kluisberg. C’est précisément dans ce mont proche de Renaix qu’il a posé les jalons de sa victoire au bout du Ronde, l’an dernier…

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C’est symbolique sans doute mais symptomatique : le coureur de Stavanger compte déjà un club de supporters chez nous, à Wervik. "Lors de mes premières années pros, sous le maillot BMC (2010-2011), John Lelangue et Fabio Baldato croyaient en moi mais j’étais encore trop tendre", raconte-t-il à l’hôtel St Regis de Doha. "Puis dès ma première année chez Katusha en 2012 (NDLR : c’est un certain… Jos Braeckevelt qui l’avait conseillé à son ancien protégé Andreï Tchmil), j’ai bien marché sur les pavés, pour finalement emmener le sprint d’Oscar Freire (12e). C’est là que j’ai eu confirmation que l’esprit des courses flamandes me convenait, même si j’avais déjà eu des indices en ce sens dans les catégories d’âge. Spécialement celui du Tour des Flandres, sans doute la classique historique qui m’attire le plus", admet-il. "Escalader les monts à fond puis récupérer quelques minutes avant d’enchaîner, c’est un rythme qui me convient, plus que de rouler sur les pavés à plat comme dans l’Enfer du Nord. Ces ascensions courtes qui se répètent, c’est une formule parfaite. Par contre, lorsque l’escalade dure plus d’une dizaine de minutes, je commence à me battre avec moi-même…"

Après l’enchaînement Qatar-Oman, Alexander Kristoff ne fera évidemment pas l’économie du week-end d’ouverture de la saison belge, Nieuwsblad-Kuurne (27-28 février). Puis il préparera la Primavera (19 mars) sur les routes de Paris-Nice, avant d’attaquer avec le sourire le pavé flandrien : GP de l’E3, Gand-Wevelgem, Trois Jours de La Panne, Tour des Flandres, GP de l’Escaut et Paris-Roubaix. La pierre nordiste va chauffer sous ses boyaux. Un programme à la Museeuw, son idole.

A Doha, Eric Clovio - Photos : Belga/Yuzuru Sunada - AFP/Eric Feferberg

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