Affaire Puerto: le Dr Fuentes balance, mais pas trop

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cyclisme, Dr Fuentes, Affaire Puerto, dopage, transfusion sanguineLe procès de l'affaire Puerto s'est ouvert ce lundi à Madrid. Et pour débuter en beauté, les magistrats espagnols ont auditionné le nerf central du dossier, le Dr Eufemiano Fuentes. Le gynécologue madrilène s'est laissé aller à quelques déclarations tapageuses sans pour autant citer de noms ou avouer avoir usé de pratiques dopantes. Le sulfureux préfère nier tout abus et se taire devant les autorités sportives. Et dire que le procès doit encore durer près de deux mois...

Le Dr Eufemiano Fuentes est toujours resté très énigmatique. Le gynécologue de formation en dit souvent beaucoup, créant un effet médiatique autour de chacune de ses déclarations. Notamment en décembre 2010 lorsqu'il affirme à un de ses compagnons de cellule: "Si je parle, tout le football espagnol va tomber. On retirerait immédiatement le titre mondial 2010 et l'Euro 2008 à l'équipe nationale". Le médecin n'a cependant jamais cité de noms, n'a jamais avoué la moindre pratique illicite dans le sport espagnol et internationale et s'est toujours contenté d'affirmer avoir donné des conseils aux sportifs qui l'ont consulté. Cela n'a pas empêché les magistrats hispaniques de rouvrir le dossier à deux reprises. Et cette fois, le Dr Fuentes risque bien de payer pour cette affaire de dopage qui a ébranlé le cyclisme contemporain...

"L'EPO? Pour ma fille atteinte du cancer"

L'audition du médecin cinquantenaire était donc attendue avec impatience à Madrid à l'occasion du procès de l'affaire Puerto. Pour rappel, il fait partie des cinq accusés dans ce procès pour "délit contre la santé publique", avec sa femme Yolanda et les anciens directeurs sportifs Manolo Saiz, Vicente Belda et José Ignacio Labarta. Le Dr Fuentes a tout de même travaillé avec les équipes Reynolds, ONCE, Kelme. Il a avoué connaître personnellement Santiago Botero, Unai Osa et Roberto Heras. Il a confirmé avoir donné des conseils sportifs à la cinquantaine de cyclistes identifiés par la justice espagnole en 2006. Mais rien n'y a fait: même devant les magistrats, le Dr Fuentes a tout nié en bloc. "Je n'ai rien à dire", "je ne sais plus", "peut-être" ont été les expressions les plus rabachées par le médecin. "Je n'ai jamais fait de transfusions sanguines durant les compétitions", a-t-il lancé. "Il n'y a aucun danger pour la santé quand vous respectez les règles. Et c'est ce que j'ai toujours fait, pour le bien de mes patients". Mais dès que la juge évoquait les produits, le discours se voulait plus étonnant. L'EPO? "Pour ma fille, atteinte du cancer". La testostérone? Les corticoïdes? Les hormones de croissance? "Pour d'autres patients, pas des sportifs".

"J'ai aussi travaillé dans le foot, le tennis, l'athlétisme..."

Et ces fameuses transfusions sanguines, justement, pourquoi les faisait-il? "Pour aider les sportifs qui venaient me voir. Parfois, leur taux d'hématocrite était trop bas et il fallait que je transfuse ce sang pour ne pas mettre en danger leur santé. Ce sont les sportifs eux-mêmes qui venaient me voir car ils savaient que j'étais de bon conseil". Car le Dr Fuentes ne parle pas que des cyclistes: "Il y avait aussi d'autres sportifs. J'ai travaillé avec des footballeurs, des tennismen, des boxeurs... J'ai aussi travaillé avec la fédération espagnole d'athlétisme". Ce qui confirmerait la présence de poches de sang n'appartenant pas à des cyclistes professionnels lors de la prise de la Guardia Civil, en juin 2006. Mais dès que le juge lui demandait des noms, le Dr Fuentes répondait simplement: "No sé" (je ne sais pas).

Muet face aux questions de la défense

Le médecin espagnol n'a cependant pas daigné répondre aux questions des avocats de l'Union Cycliste Internationale, de l'Agence Mondiale Antidopage, de la fédération espagnole de cyclisme (RFEC), du comité olympique italien (CONI) ou de l'ancien cycliste espagnol Jesus Manzano. Il est toujours resté silencieux, tout comme lors de la visite de l'appartement du prévenu. Toujours calme, le Dr Fuentes doit encore être auditionné ce mardi, mais rien n'indique qu'il dira plus que lors de sa première journée devant le tribunal madrilène. Comme d'habitude, il a donné quelques informations en plus sur ses pratiques, sans dévoiler les détails qui pourraient permettre de savoir quels erreurs ne plus commettre dans le futur. Il avait déjà affirmé au Monde la veille de son audition: "Je ne donnerai pas de nom. Je veux simplement oublié car c'est du passé". Mais la justice espagnole ne veut pas oublier...

Plusieurs cyclistes, retraités ou non, seront également auditionnés durant ce procès qui devrait durer près de deux mois du côté de Madrid. Alberto Contador sera entendu en tant que témoin le 5 février, Jorg Jaksche et Ivan Basso le 11 février, Angel Vicioso, Joseba Beloki et Michele Scarponi le 12 février... De quoi attendre encore quelques révélations d'ici la fin de ce procès.

Grégory Ienco - Photo: Flickr/CC Alpha du centaure

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