Affaire Armstrong: ce qu'il faut retenir du dossier de l'USADA

Catégories : Dopage

cyclisme, Lance Armstrong, dopage, USADA, UCI, EPO, testostérone, cortisone, hormones de croissance, Johan Bruyneel, Michele Ferrari, Pepe Marti, del MoralLance Armstrong n'a pas encore commenté la diffusion publique du dossier de plus de 1000 pages de l'agence américaine antidopage (USADA). Le Texan rétorquera certainement, comme d'habitude, qu'il n'a jamais été pris pour dopage et n'a jamais été contrôlé positif. Mais les preuves s'accumulent dans ce rapport massif envoyé à l'Union Cycliste Internationale (UCI) et la fédération internationale de triathlon (ITU). George Hincapie, Michael Barry, Levi Leipheimer, Christian Vande Velde, David Zabriskie et Tom Danielson, qui ont tous témoigné et chargé Armstrong, ont eux préféré révéler publiquement avoir usé de dopage durant une période de leur carrière cycliste. Mais ce qui compte, ce sont les preuves d'un dopage organisé autour du cycliste texan.

Il a fallu près de deux ans d'enquête, plus de 24 témoignages, des centaines de relevés de compte bancaire et d'e-mails pour prouver, selon la conclusion de l'USADA, le système Armstrong, autour duquel le dopage semblait être comme un passage nécessaire pour poursuivre sa carrière dans les pelotons professionnels. Comme les précédentes révélations de Tyler Hamilton et Floyd Landis l'avaient déjà suggéré, Armstrong était au centre de cette affaire et menait toutes les opérations de dopage, chez US Postal, Discovery Channel. On découvre dans ce nouveau rapport qu'Armstrong est également soupçonné de dopage durant sa deuxième carrière, principalement en 2009 et en 2010. Des preuves de corruption montrent également l'implication de l'UCI dans cette organisation... Les témoignages et les preuves sont nombreuses dans ce rapport, clairement à charge d'Armstrong, comme l'USADA le souhaitait dès le début. CyclismeRevue a donc relevé les éléments les plus importants de ce millier de pages pour un rapport un peu plus digeste des malversations d'Armstrong et de son clan.

> Pour rappel, le dossier complet de l'USADA est disponible sur ce lien (en anglais)

Prologue: 

> Plus de 24 témoignages enregistrés, dont 15 cyclistes professionnels, 12 équipiers de Lance Armstrong (US Postal ou non), 11 anciens équipiers et une ancienne masseuse. Neuf de ces cyclistes professionnels étaient, comme Lance Armstrong, clients du Dr Ferrari et avaient connaissance de ses pratiques illicites.

> Dans ce dossier se trouvent des reçus et autres preuves de financement de Lance Armstrong au Dr Ferrari, pour près d’un million de dollars. Egalement des preuves d’un échange par e-mail entre le Dr Ferrari, son fils et Lance Armstrong lors d'une période durant laquelle Lance Armstrong clamait ne pas avoir de relations professionnels avec le Dr Ferrari. D'autres données de tests en laboratoires et d’analyses sanguines de Lance Armstrong démontrent des manipulations biologiques.

> Les preuves les plus lourdes émanent des anciens équipiers et employés des équipes US Postal et Discovery Channel «qui ont décidé que c’était la chose à faire pour laver ce sport et fournir à l’USADA tout ce que l’agence devait savoir.» 

> Fin mai 2012, l'USADA a été décidé de lancer des charges contre Johan Bruyneel, les médecins Pedro Celaya (aujourd’hui médecin chez RadioShack-Nissan), Luis Garcia del Moral (aujourd’hui médecin du sport à Valence et ancien médecin d’OPQS) et Michele Ferrari, l’entraîneur de l’US Postal José «Pepe» Marti et Lance Armstrong lui-même.

> «Lance Armstrong n’a pas agi seul, il a agi avec l’aide d’une petite armée de "soldats", incluant des docteurs spécialistes du dopage, des trafiquants de drogues, et d’autres dans ou en-dehors des pelotons ou de son équipe. Il avait le contrôle de la culture du dopage dans son équipe.»

> «Son but l’a conduit à dépendre de l’EPO, de la testostérone et des transfusions sanguines mais aussi, plus impitoyable encore, d’imposer à ses équipiers d’utiliser des produits interdits pour l’aider dans ses objectifs. Les preuves confirment que Lance Armstrong n’a pas seulement utilisé des produits améliorant la performance, il les délivrait à ses équipiers. (...) Il leur imposer d’adhérer à son programme de dopage, sinon ils étaient remplacés.»

> Sur 45 coureurs qui ont fini sur le podium du Tour de France entre 1996 et 2010, 36 ont été impliqués dans une affaire de dopage.

> Lance Armstrong n’a pas été auditionné et ne sera pas auditionné (vu qu’il a refusé), car «il a stratégiquement évité (cette audition)»

Les charges contre Lance Armstrong:

> Utilisation et/ou tentative d’utilisations de substances prohibées et/ou de méthodes illicites tels l’EPO, les transfusions sanguines, la testostérone, les corticoïdes et/ou des agents masquants.

> Possession de substances prohibées et/ou de méthodes illicites tels l’EPO, les transfusions sanguines et les équipements liés (comme des seringues, des poches sanguines, des boites de conservation et d’autres équipements pour la transfusion), la testostérone, les corticoïdes et/ou des agents masquants.

> Trafic d’EPO, de testostérone et/ou de corticoïdes.

> Administration et/ou tentative d’administration sur autrui d’EPO, de testostérone et/ou de cortisone.

> Assistance, encouragement, aide et autres actes de complicités dans la violation d’une ou de plusieurs règles du Code Mondial Antidopage et/ou dans la tentative de violation d’une ou de plusieurs règles du Code Mondial Antidopage.

> Circonstances aggravantes (incluant de nombreuses violations du Code Mondial Antidopage), justifiant une sanction plus importante que la punition demandée dans le Code Mondial Antidopage.

Les preuves de dopage:

1998

> La masseuse de l’US Postal Emma O’Reilly ainsi que les coureurs Frankie Andreu, Tyler Hamilton, George Hincapie et Jonathan Vaughters affirment que les coureurs de l’équipe ont usé d’EPO, de testostérone, d’hormones de croissance et de cortisone. Ces produits étaient administrés par le Dr Celaya. Armstrong n’avait pas participé au Tour de France cette année-là.

> Selon O’Reilly et Hincapie, lors du deuxième contre-la-montre du Tour de France, le Dr Celaya, par crainte d’un raid de la police, a balancé dans les toilettes d’un camping-car des dizaines de milliers de dollars de produits dopants. 

> Armstrong a commencé à bosser avec le Dr Michele Ferrari de 1998 à 2002 selon ses propres propos, mais des preuves montrent qu’il a bossé avec Lance de 1997 à 2010.

> Hincapie et Andreu étaient au courant qu’Armstrong se dopait à l’EPO. Vaughters, lui, le pensait simplement, sans en avoir de preuves avant lma fin de saison. Mais durant la Vuelta, Armstrong et Vaughters utilisaient ce produit. Un soir, dans la chambre d’Armstrong, alors que Vaughters était sur son PC, il a vu Armstrong s’injecter de l’EPO avec une seringue et lui a dit: «Maintenant que tu prends aussi de l’EPO, tu ne peux pas aller écrire un livre à propos de tout ça.»

> A la fin d’une grosse étape sur la Vuelta, Armstrong a demandé à Vande Velde et Vaughters d’aller lui chercher une pilule de cortisone dans une voiture de l’équipe. Jonny Weltz, directeur sportif de l’équipe, affirma qu’il n’avait pas de cortisone et lui donna, comme placebo, de l’aspirine, sans qu’Armstrong s’en aperçoive. Aux championnats du monde, dans une tente près du départ à Valkenburg, Armstrong a demandé à sa femme  Kristin d’envelopper des tablettes de cortisone dans un drap pour lui et ses équipiers.

> Armstrong, Vande Velde, Vaughters et le Dr Celaya logeaient dans un bed & breakfast aux Pays-Bas lors des Mondiaux. Un matin, un contrôleur de l’UCI est venu les réveiller et les a contrôlé dans la salle commune. Malgré la présence du contrôleur, le Dr Celaya est parti dehors, chercher une poche d’un litre de solution saline, qu’il a caché sous son imperméable pour ne pas que le contrôleur le voit. Il l’a ensuite passé à Lance Armstrong, coincé dans sa chambre. Il a fermé la porte à clé et a administré à Armstrong la solution saline pour faire baisser son taux d’hématocrite, sans que le contrôleur ne remarque la moindre manipulation.

1999

> A l’époque, l’UCI n’organisait pas encore de contrôles antidopage hors compétition. Pour éviter la majorité des contrôles de l’époque, Armstrong avait donc décidé de courir le moins possible, selon Tyler Hamilton. Il partait également le plus souvent dans des stages en montagne pour éviter de rencontrer des contrôleurs qui, à l’époque, n’avaient pas le programme ADAMS pour connaître la localisation des coureurs à l’avance. 

> Lance Armstrong a essayé de présenter le Dr Ferrari à Frankie Andreu, qui a décidé de ne pas poursuivre une collaboration avec le médecin italien. Tyler Hamilton, un des lieutenants d’Armstrong pour le Tour de France, s’est lui lancé dans le programme de dopage du Dr Ferrari qui l’emmenait «partout en Europe, surtout en Italie et en Suisse». Hamilton confirme: «Il m’a injecté plusieurs fois de l’EPO. La première fois fut durant un entraînement à Sestrières, durant un stage en montagne.»

> Le Dr Marti et le Dr Del Moral étaient les principales sources d’EPO et de testostérone de l’équipe à l’époque. Andreu assure avoir reçu des injections d’EPO de la part du Dr Del Moral sur plusieurs courses. Hincapie et Hamilton confirment que l’EPO était fourni par Pepe Marti, ainsi que de la testostérone. La femme de Frankie Andreu, Betsy Andreu, a même vu durant un diner à Nice, Pepe Marti donner un sac de papier brun à Armstrong, celui-ci commenta: «de l’or liquide». Marti affirmait qu’il était plus facile de passer la frontière franco-italienne de nuit, ce qui expliquait son retard au diner.

> En mai 1999, Emma O’Reilly, masseuse de l’équipe, affirme avoir dû faire un voyage de 18 heures de France jusqu’en Espagne puis jusqu’à Nice pour apporter des pilules d’un produit illicite à Armstrong.

> Hamilton affirme qu’Armstrong lui a donné de l’EPO venant de son frigo en mai 1999. Une version confirmée par Vaughters. Hincapie affirme qu’il le savait, sans en avoir la preuve concrète.

> Pour distribuer les produits sans se faire repérer durant le Tour de France notamment, Armstrong faisait appel à un assistant personnel que ses équipiers appelaient «motoman», un motard qui l’aidait partout. L’EPO distribué par «motoman» n’était seulement utilisé que par Lance et ses lieutenants Hamilton et Kevin Livingston. Ils avaient droit à une caravane spéciale pour être tranquille.

> Selon Frankie Andreu, avant la pesée officielle lors du Tour de France, il a remarqué une marque de seringue sur le haut du bras d’Armstrong. Emma O’Reilly a dû trouver du maquillage pour ne pas qu’on remarque la trace et Armstrong a pu participer à la pesée sans que personne ne remarque cette piqure. 

> Armstrong a été contrôlé positif à la cortisone durant le Tour 1999 et selon tous les témoins interrogés, il n’avait pas de certificat médical pour expliquer cette présence d’un produit illicite dans son corps. Emma O’Reilly affirme que tout le staff a monté toute une histoire durant un massage pour couvrir ce contrôle positif. Tous se sont accordés pour délivrer une fausse prescription du Dr Del Moral, pour prouver que la cortisone avait été prescrite pour des problèmes à la selle avant le Tour. O’Reilly affirme qu’elle savait que ce contrôle positif était dû à une injection de cortisone durant la Route du Sud, quelques semaines plus tôt.

> Hamilton affirme que durant le Tour de France 1999, Armstrong, Livingston et lui-même prenaient de l’EPO tous les trois à quatre jours. Pepe Marti et le Dr Del Moral s’occupaient des injections, dans des seringues. Hamilton et Vande Velde affirment qu’ils savaient qu’Hamilton et Livingston prenaient de l’EPO, même s’ils n’étaient pas censés être au courant.

> Hamilton et Armstrong ont aussi pris un mélange d’huile d’olive et de testostérone, prescrit par le Dr Ferrari durant le Tour de France. Hincapie et Vande Velde aussi ont pris de la testotérone durant le Tour. 

> La nouvelle analyse des échantillons urinaires de Lance Armstrong sur ce Tour de France a démontré la trace d’EPO dans six de ces échantillons. 

2000:

> Durant le Dauphiné Libéré gagné par Hamilton, Johan Bruyneel demandait que les lieutenants d’Armstrong (Hincapie, Hamilton, Livingston) donnent 500 millilitres de leur sang pour qu’il soit ensuite transfusé un mois plus tard sur le Tour de France. Ce sang était en fait oxygéné à Valence, chez le Dr Del Moral et chez Pepe Marti, afin d’aider les coureurs à mieux récupérer. Il n’y avait pas de test pour les autotransfusions sanguines à l’époque, ce qui rendait la technique indétectable par les autorités antidopage.

> Hincapie savait qu’Armstrong prenait de la testostérone. Mais lors d’une course en Espagne: «quand j’ai entendu que des contrôleurs étaient à l’hôtel, j’ai envoyé un SMS à Lance pour l’avertir d’éviter cet endroit. Du coup, il a abandonné la course.» Pour éviter le contrôle antidopage.

> Le jour précédant le premier jour de repos sur le Tour de France, Hamilton raconte qu’Armstrong, Livingston et lui-même se sont faits transfuser du sang, avant de grimper, deux jours plus tard, le Mont Ventoux. «On rigolait pour savoir lequel allait absorber le sang le plus vite».

> Les autorités françaises ont ouvert une enquête sur Armstrong après le Tour 2000 suite à la découverte, dans la poubelle d’une aire d’autoroute, un sac de l’équipe avec, dedans, un produit nommé Actovegin et permettant une meilleure oxygénation du sang. L’équipe expliqua alors qu’il s’agissait d’un produit utilisé par un membre du staff pour soigner son diabète. Selon les ex-équipiers d’Armstrong, l’Actovegin était pourtant régulièrement administré dans le corps de ces coureurs d’US Postal, «souvent la nuit précédant les courses», explique même Hincapie.

2001:

> Le Dr Ferrari a été invité aux stages de l’équipe US Postal, au Texas, où il a proposé ses services à plusieurs coureurs. Ceux qui répondaient favorablement voyaient un pourcentage de leur salaire partagé avec le Dr Ferrari. Vande Velde y apprit, lors de ces stages, que le surnom du Dr Ferrari était «Schumi» (comme Schumacher, pilote de  F1 de l’écurie Ferrari). Les témoignages confirment que le Dr Ferrari a été invité, entre 1999 et 2005, par les équipes US Postal et Discovery Channel lors de stages à Austin, à St Moritz, Alicante, Puigcera, Tenerife, Milan, Gérone, Valence, Sestrières...

> Hincapie affirme avoir débuté le programme de dopage sanguin du Dr Ferrari en 2001, jusqu’en 2006. Il explique que le Dr Ferrari était affilié à l’équipe US Postal de 2001 à 2005 et a travaillé pour Armstrong durant cette même période.

> Armstrong a envoyé de l’EPO à Hamilton par courrier, alors que ce dernier se trouvait dans le Massachusetts en février 2001. Le Dr Ferrari a ensuite donné des injections d’EPO à Hamilton, Armstrong et Vande Velde durant la saison 2001. Pepe Marti a également continué à donner des microdoses d’EPO aux leaders de l’équipe.

> Vaughters a eu une discussion en mars 2001 avec Armstrong lors d’un entraînement. Vaughters se posait des questions sur les contrôles antidopage, Armstrong expliqua alors tout ce qu’il savait de ces contrôles et comment l’EPO de l’époque était quasiment indétectable. «Tant que tu es dans la zone grise, tu n’as pas à t’inquiéter d’un éventuel contrôle positif. Je connais des amis qui m’ont dit comment les tests fonctionnent».

> Armstrong a été contrôlé positif à l’EPO lors du Tour de Suisse 2001 remporté par Lance Armstrong. Mais Armstrong dit à l’époque à Hamilton: «je connais des personnes à l’UCI, ils vont avoir une réunion et tout ira bien.» Selon Landis, Armstrong et Johan Bruyneel sont même allés jusqu’au quartier général de l’UCI, à Aigle, pour s’arranger financièrement afin de cacher ce contrôle positif. Pat McQuaid, président de l’UCI, confirme avoir reçu la visite d’Armstrong et de Bruyneel en mai 2001 mais simplement pour offrir un chèque de 100.000$ pour aider le développement du cyclisme. Mais l’UCI nie fermement tout payement ou toute réunion pour cacher un contrôle positif sur le Tour de Suisse 2001. Mais le Dr Martial Saugy, directeur du laboratoire antidopage (mandaté par l’AMA) de Lausanne, affirme avoir reçu un certain nombre d’échantillons du Tour de Suisse 2001 dont on suspectait la présence d’EPO. Et le Dr Saugy ajoute qu’il avait été prévenu par l’UCI que l’un de ces échantillons appartenait à Lance Armstrong...

> Hincapie, Vande Velde et Hamilton confirment avoir vu Armstrong utiliser de l’huile mélangé à de la testostérone durant cette saison. 

2002:

> Floyd Landis, fraîchement arrivé dans l’équipe, a pris contact avec le Dr Ferrari par le biais d’Armstrong lors d’un stage pré-Tour de France, dans les Alpes. Il a alors appris les bases de la transfusion sanguine. Armstrong lui a également expliqué pourquoi le dopage sanguin était devenu nécessaire dans les pelotons. Landis a lui-même vu Armstrong être transfusé la nuit précédant le premier contre-la-montre du Tour de France. Landis a également vu qu’un autre litre de sang réoxygéné était conservé pour Armstrong pour la deuxième semaine du Tour 2002.

> En juin 2002, Armstrong a donné à Landis un paquet de patches à la testostérone, afin qu’il le garde pour les prochaines semaines.

> Vande Velde a été convié à une réunion avec Armstrong et le Dr Ferrari à Gérone, juste après le Tour de France. Vande Velde savait que le thème de la réunion serait son mauvais suivi du programme de dopage du Dr Ferrari. Armstrong dit à Vande Velde: «si tu veux continuer à courir avec US Postal, tu devrais utiliser ce que le Dr Ferrari t’a dit d’utiliser et suivre le programme du Dr Ferrari à la lettre.» Vande Velde décida de suivre les «ordres d’Armstrong». 

2003:

> Blessé en début de saison, Landis revint à Gérone, en mai, chez Lance Armstrong, où il a encore suivi le programme de transfusion sanguine du Dr Ferrari. Armstrong demanda par après de surveiller les poches de sang dans son appartement et de vérifier la température du frigo tous les jours, pour être certain qu’il n’y a aucun problème avec l’électricité ou le réfrigérateur pendant qu’Armstrong partait en stage. Landis découvrit alors que les poches d’autres coureurs comme Hincapie, étaient également conservées dans ce frigo. 

> Juste avant le Tour 2003, Armstrong demanda à Hincapie d’entreposer le temps de quelques jours des colis dans son frigo. Il s’agissait des poches de sang, selon Hincapie. Le Dr Del Moral et Armstrong en ont même profité pour faire une transfusion dans sa propre chambre, sans pour autant en avoir la preuve visuelle.

> Le 11 juillet 2003, avant la première étape de montagne du Tour vers Morzine, Landis fut appelé dans la chambre du Dr Del Moral où il vit Armstrong, Hincapie et d’autres coureurs prêts à recevoir une nouvelle poche de sang transfusé. Même chose le 17 juillet, juste avant le premier contre-la-montre individuel. Armstrong plaisantait avec Hincapie: «Je suis 500 grammes plus lourd aujourd’hui», en référence à la poche de sang qu’il venait de se faire transfusé.

> Selon Landis, Armstrong a également reçu des mini-doses d’EPO, afin de masquer quelque peu la transfusion sanguin et ne pas faire exploser ses valeurs sanguines.

> Durant le Tour 2003 toujours, Landis et Hincapie recevaient toutes les deux à trois nuits de l’huile d’olive avec de la testostérone diluée  pour améliorer leurs performances. Landis en a également reçu de la part du Dr Del Moral durant la Vuelta 2003, et s’est fait transfuser à deux reprises des poches de sang depuis Valence et l’appartement du Dr Del Moral. Armstrong lui a également donné de l’EPO à Gérone, après la Vuelta. 

2004:

> Armstrong continuait à travailler à l’époque avec le Dr Ferrari, notamment lors d’un stage à Tenerife en 2004. Le Dr Ferrari a également encore travaillé avec US Postal en 2004 lors d’un stage de l’équipe à Puigcerda, en Espagne. Selon Landis, il vérifiait les données sanguines et biologiques des coureurs et «administrait de l’EPO et de la testostérone à l’équipe pour qu’elle soit prête pour le Tour de France».

> Armstrong utilisait des patches à la testostérone durant les stages à Puigcerda et conseillait, avec Bruyneel, à ses équipiers d’en utiliser vu le peu de risques de détection lors des contrôles antidopage à l’époque. Les contrôles étaient d’ailleurs rares dans cette région.

> Landis affirme qu’Armstrong s’est fait transfuser du sang à deux reprises durant le Tour 2004. Le 12 juillet, Landis, Armstrong, Hincapie, Danielson et Leipheimer ont également eu une transfusion sanguine, Leipheimer et Hincapie étant impliqués dans le transport de ces poches de sang, avec le Dr Celaya, fraîchement arrivé à la tête de l’équipe médicale de l’équipe. Selon Landis, la deuxième transfusion sanguine d’Armstrong s’est faite sur le bord d’une route de montagne entre l’arrivée de l’étape et l’hôtel. Le conducteur du bus feintait un problème mécanique afin de rester tranquille, sans aucun soupçon des autorités antidopage. Une version confirmée par Leipheimer et Zabriskie.

> Landis explique également qu’Armstrong recevait de l’EPO en petites doses à chaque transfusion sanguine. 

2005:

> Leipheimer affirme que Lance Armstrong a transfusé son propre sang une fois durant le Tour 2005. 

> Avant le Tour 2005, Hincapie affirme avoir demandé à Armstrong, alors qu’ils se trouvaient tous les deux à Nice, s’il pouvait lui fournir de l’EPO et Armstrong lui a donné deux flacons d’EPO. Selon Hincapie, Armstrong lui avait déjà donné de l’EPO lors d’un précédent stage à Santa Barbara, en Californie.

> Juste après le Tour 2005, Bruyneel demande à Hincapie d’aller «vérifier à l’appartement de Lance (à Gérone) s’il n’y a plus rien là-bas». Selon Hincapie, cela voulait dire qu’il allait peut-être y avoir une perquisition dans cet appartement.

> Des reçus démontrent qu’Armstrong a poursuivi sa collaboration avec le Dr Ferrari, malgré son communiqué officiel, en octobre 2004, affirmant l’arrêt de sa relation professionnel avec le Dr Ferrari en raison de son implication dans une affaire de dopage en Italie. Finalement, le Dr Ferrari a continué à travailler avec Armstrong, George Hincapie et Tom Danielson en 2005. Armstrong a également présenté le Dr Ferrari à Leipheimer, lors d’un stage à Tenerife. Leipheimer a alors commencé à travailler avec lui. 

2009-2012:

> Des e-mails prouvent que Johan Bruyneel et Armstrong ont revu le Dr Ferrari en mars 2010. Leipheimer affirme même qu’Armstrong travaillait toujours avec le Dr Ferrari en 2009, lors de la deuxième carrière du Texan. Armstrong envoyait des e-mails au fil du Dr Ferrari, Stefano, mais parlait toujours de «Schumi», donc du papa, dans ses e-mails. Une réunion a même été prévue entre Stefano, le Dr Ferrari, Bruyneel et Armstrong le 17 mars 2010 à Cap Ferrat.

> Des e-mails et des preuves de payement montrent que le Dr Ferrari a proposé en 2009 à Armstrong de passer de l’EPO à la transfusion sanguine pour diminuer le risque de contrôle positif. Selon des experts qui ont analysé le passeport biologique et les données sanguines d’Armstrong, la possibilité qu’Armstrong ait couru le Tour de France proprement en 2009 et 2010 est d’une chance sur un million.

Autres preuves de dopage:

> Le Dr Ferrari a travaillé avec Kevin Livingston, George Hincapie, Tyler Hamilton, Floyd Landis, Christian Vande Velde, Tom Danielson et Levi Leipheimer entre 1999 et 2005; Hincapie, Vande Velde, Leipheimer, Landis et Hamilton expliquent avoir payé le Dr Ferrari en 2001 notamment. Tous ont confirmé que le Dr Ferrari leur administrait des produits interdits. Trois témoins ont confirmé ces propos: Filippo Simeoni, Volodymyr Bileka et Leonardo Bertagnolli. Bertagnolli indique également que Enrico Gasparotto, Filippo Pozzato, Eddy Mazzoleni, Yaroslav Popovych, Francesco Chicchi, Moreno Moser, Alexandr Vinokourov, Andrey Kashechkin et Moris Possoni ont traité avec le Dr Ferrari entre 2005 et 2008, pour des transfusions sanguines, et des prises d’EPO. Certains coureurs, selon Bertagnolli et Bileka, ont continué à utiliser des produits dopants avec la complicité du Dr Ferrari jusqu’en 2010. Mais Armstrong assure ne pas avoir demandé à ses équipiers d’aller voir le Dr Ferrari spécifiquement: «Je leur ai dit de s’entraîner plus intelligemment, pas d’aller voir spécifiquement Ferrari.»

> Frankie Andreu affirme qu’Armstrong était un client du Dr Ferrari depuis 1995, année durant laquelle ce dernier a publié un rapport diminuant les risques que l’EPO peut engendrer sur la santé. «L’EPO n’est pas dangereux. La consommation excessive d’EPO est dangereuse, autant que la consommation excessive de jus d’orange est dangereuse.»

> Le Dr Ferrari a longtemps travaillé avec le scientifique italien Francesco Conconi qui, alors qu’il devait développer une méthode pour détecter l’EPO, a été surprise en train de doper certains cyclistes à l’EPO en 1993. Il a également été impliqué dans des affaires de transfusion sanguine. 

> Bob Stapleton, manager d’Armstrong durant la fin de sa première carrière, a affirmé que le Dr Ferrari faisait partie du cercle fermé d’Armstrong avec Johan Bruyneel, Chris Carmichael (son autre agent) et Freddy Viaene (masseur). 

> Danielson confirme que Johan Bruyneel vérifiait les données sanguines de tous les coureurs d’US Postal et communiquait avec Pepe Marti et le Dr Ferrari sur le programme d’entraînement et le programme de dopage de l’équipe. Bruyneel voulait savoir tous les produits que les coureurs prenaient. Il fournissait à ses coureurs de l’EPO ou aidait dans les transfusions sanguines. 

> En 2003, Bruyneel a organisé une réunion avec le Dr Del Moral, Zabriskie et Barry. Il leur a présenté deux produits à injecter dan le corps, dont de l’EPO. Zabriskie fut choqué et se posa beaucoup de questions mais Bruyneel lui assura que «tout le monde prenait ça» et que l’EPO n’était pas dangereux. Zabriskie voulait le soutien de Barry mais ce dernier avait déjà décidé de prendre de l’EPO. Zabriskie décida alors de commencer à prendre de l’EPO. La nuit suivante, il a pleuré dans sa chambre...

> En 2001, Leipheimer a révélé à Bruyneel qu’il utilisait de l’EPO. «Ce qui l’intéressait, ce n’était pas nécessairement que je lui avait dit que j’avais utilisé de l’EPO ou que je ne l’avais pas pris proprement. Il avait peur que j’aie un contrôle positif qui pourrait conduire à des problèmes pour l’équipe.»

> Selon Vaughters, dès 2000, le Dr Del Moral est venu lors d’un stage de l’équipe à Solvang, en Californie, avec un fichier Excel décrivant le programme de dopage de chaque coureur au fil de la saison: «voici quand vous devez utiliser des hormones de croissance, voici quand vous devez prendre de l’EPO». 

> En 2000, en donnant de la testostérone à Hamilton, le Dr Celaya dit à Hamilton: «ce n’est pas du dopage, c’est pour ta santé». En 1998, Vaughters raconte: «le Dr Celaya délivrait de l’EPO aux coureurs de l’équipe dans des bidons remplis de glace. Il y avait sur le côté, le nom du coureur ainsi que la dose d’EPO présente dans chaque bidon.» Après 1998, l’EPO était appelé «Poe» ou «Edgar» et la testostérone était appelée «huile», pour éviter les soupçons. 

> Le Dr Celaya a été remplacé à la tête de l’équipe médicale en 1999 et est parti vers ONCE, qui bénéficiait également d’un programme de dopage, selon Jorg Jaksche. Le Dr Celaya est revenu en 2004 et 2005 chez US Postal et Discovery Channel et a continué à injecter des substances illicites aux coureurs de l’équipe.

> Pepe Marti était connu comme «le courrier» et délivrait les produits dopants à l’équipe US Postal. Vande Velde, Danielson, Barry, Hincapie, Hamilton et Leipheimer ont confirmé avoir reçu de l’EPO, de la testostérone ou des hormones de croissance de Pepe Marti, et certains l’ont même payé. Pepe Marti était également au courant du programme du Dr Ferrari et avait souvent des réunions avec lui et Johan Bruyneel. Marti a également fourni des produits à Leipheimer alors que celui-ci était chez Gerolsteiner et chez Rabobank. 

Comment éviter les tests:

> Hamilton: «On essayait simplement d’éviter les contrôleurs. Si on manquait l’un ou l’autre contrôle, on n’était pas puni début 2000. On devait essayer de ne pas se faire tester, c’était le plus important». 

> Zabriskie: «J’essayais toujours de faire mes injections chez un ami plutôt que dans ma propre maison, pour éviter qu’un contrôleur passe à l’improviste.»

> Selon un rapport de l’AMA, des personnes vérifiaient dans chaque hôtel que des contrôleurs arrivaient ou non et prévenaient les coureurs si des contrôleurs étaient vus sur le parking. Selon Vaughters et Vande Velde, Johan Bruyneel recevait également des messages pour annoncer la venue de contrôleurs le lendemain. L’AFLD a confirmé lors du Tour 2009, que l’équipe Astana d’Armstrong bénéficiait de messages la prévenant de l’arrivée de contrôleurs. Ce dossier est resté sans suite.

> Entre 1998 et 2005, pas de tests pour détecter les transfusions sanguines et les hormones de croissance. Jusqu’en 2000, pas de tests pour détecter l’EPO. Mais pour éviter tout soupçon, les coureurs se transfusaient des poches de solution saline pour brouiller les pistes. Les coureurs ne prenaient pas non plus des grosses doses de testostérone, juste sous le seuil de détection.

> Les médecins donnaient de fausses prescriptions médicales aux coureurs de l’US Postal pour la prise de cortisone, qui n’était pas interdit en cas de prescription médicale.

> Beaucoup de stages en altitude étaient prévus puisque l’altitude permet à l’EPO injectée d’être assimilée à l’EPO naturelle produite par le corps. L’EPO était aussi injectée directement dans les veines ou en micro-doses pour limiter la détection du produit. Même chose pour la testostérone.

> Selon Vaughters, les coureurs avec le plus bas taux d’hématocrite étaient envoyés en première position pour un contrôle antidopage, laissant ainsi le temps aux autres coureurs avec un plus haut taux d’hématocrite de se faire transfuser une solution saline.

Passeport biologique douteux:

> Les échantillons sanguins de Lance Armstrong entre le 13 février 2009 et le 30 avril 2012 ont été analysés par l’USADA. Dans cinq échantillons du Tour 2009 et deux du Tour 2010, des indicateurs montrent qu’Armstrong avait une chance sur un million d’être propre lors de ces deux épreuves. Les données de ces analyses par l’USADA démontre une tentative de dopage sanguin. 

> L’UCI a refusé de fournir le passeport biologique d’Armstrong dans le cadre de cette enquête de l’USADA.

> En mai 2011, Hein Verbruggen, président honoraire de l’UCI, a affirmé: «Il n’y a rien. Je le répète: Lance Armstrong ne s’est jamais dopé. Jamais, jamais, jamais. Et je ne dis pas ça parce que je suis un de ses amis, mais parce que ce n’est pas vrai. Je le dis parce que j’en suis sûr.»

> L’UCI n’a jamais demandé à lancer une enquête suite aux témoignages de Landis et Hamilton. L’UCI a même attaqué Landis pour diffamation. 

Tentatives de corruption:

> Fausses déclarations devant la justice américaine et française à propos de ses relations professionnelles avec le Dr Ferrari.

> Tentative de corruption des témoins de l’enquête de l’USADA. Armstrong a contacté Michael Barry, le Dr Ferrari et Paolo Savoldelli pour qu’ils affirment qu’il n’y avait de programme de dopage au sein de l’ancienne US Postal.

> Tentative d’intimidation auprès de Filippo Simeoni: «Tu as fait une erreur. J’ai du temps et de l’argent, je vais te détruire.»

> Tentative d’intimidation dans un restaurant d’Aspen auprès de Tyler Hamilton: «Tu vas avoir l’air d’un put*** d’idiot (...) Je vais faire de ta vie un put*** d’enfer», a expliqué Armstrong.

> Tentative d’intimidation de Levi Leipheimer lorsque celui-ci était chez RadioShack en 2011: «Je n’oublie jamais. Un jour, tu vas le payer.» Selon Leipheimer, il n’a pas prolongé chez RadioShack car Bruyneel ne le voulait plus en raison de son témoignage contre Armstrong. 

> Tentative d’intimidation auprès de Frankie Andreu dans un e-mail envoyé le 15 décembre 2013: «Essayer de me faire tomber ne va pas aider ta situation. Il y a un lien direct par rapport à tout le succès que tu as connu, et je te conseille de t’en rappeler». 

> Tentative d’intimidation auprès de Jonathan Vaughters: «démissionne de ta position de manager» de Slipstream (devenu Garmin).

Grégory Ienco - Photo: Flickr/CC Eugene Wei

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Commentaires

  • il fallait que ça se révèle un jour ou l'autre et c'est fait reste plus qu'à trouver les nouveaux parce que il y en a encore et plus que l'on ne puisse le penser.

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