08.02.2012
"Le cyclisme féminin a besoin des grandes courses masculines"
Les cyclistes féminines se battent depuis de nombreuses années pour obtenir un salaire minimum, comme cela est le cas chez les hommes depuis 2006. Cela a même mené à certaines invectives entre certaines pros et le président de l'Union Cycliste Internationale (UCI) Pat McQuaid, traité de "petit c.." en janvier dernier. Bref, la tension est palpable entre le peloton féminin et la fédération internationale qui n'a encore livré aucune solution pour permettre la promulgation de ce salaire minimum pour toutes les pros.
Marijn De Vries (30 ans), cycliste néerlandaise de l'équipe AA Drinks/Leontien.nl, a décidé d'adresser une lettre ouverte au président de l'UCI avec une idée originale: demander aux organisateurs de courses masculines d'organiser une épreuve féminine en parallèle, ce qui permettrait au peloton des dames d'obtenir une couverture médiatique bien plus importante. Réalisable? Difficilement vu le contexte économique actuel qui empêche de nombreux organisateurs d'arriver dans leurs frais. Plusieurs épreuves par étapes ont même dû réduire leur nombre de jours de course, à l'image du Challenge de Majorque, du Tour de Castille-et-Leon ou du Tour de Murcie. Mais si l'idée ne peut concerner que les épreuves WorldTour, comme l'indique Marijn De Vries, le calendrier féminin pourrait déjà être étoffé et offrirait un véritable souffle d'air frais pour ces demoiselles dont la plupart ne peuvent forcément vivre de leur métier.
Retrouvez ci-dessous la traduction française de la lettre ouverte de Marijn De Vries, disponible sur son site internet officiel (en anglais):
Cher Pat McQuaid,
Vous êtes plutôt triste ces derniers jours à cause de toutes ces affaires de dopage dans le monde du cyclisme masculin. Je comprends cela. Malgré tout, j'espère que malgré tous ces problèmes, vous prendrez le temps de lire cette désolation de ma part. Autrement, cette décennie pourrait finir comme l'une des plus tristes pour le cyclisme féminin.
Le fait que vous ne pouvez offrir un salaire minimal aux cyclistes féminines et que vous devenez furieux quand quelqu'un crie sur vous ne semble pas irraisonnable pour moi. Vous n'êtes pas la personne en charge de la distribution de l'argent dans les équipes. Vous ne pouvez forcé nos employés à nous payer plus. D'un autre côte, nos employés seraient prêts à nous payer plus, je suis convaincu de cela, mais ils manquent d'argent pour le faire.
Faisons un retour en arrière. Comment l'argent arrive dans le cyclisme? Via les sponsors et en leur donnant l'opportunité de générer de la publicité pour leur(s) produit(s). C'est tout ce dont il est question. De plus en plus de filles achètent des vélos de courses et courent le week-end, mais il n'y a pratiquement pas de médiatisation des épreuves féminines. Cela ne permet pas aux sponsors de s'intéresser et d'investir dans le cyclisme.
C'est frustrant de voir le peu d'attention des médias pour les courses cyclistes mais blâmer seulement les médias est un peu trop facile. Pourquoi les émissions sportives montreraient des images d'un coureur inconnu sur une course inconnue? Les téléspectateurs veulent être impliqués, ce qui est impossible s'ils n'ont pas d'idée de ce qu'il regarde ou de qui il regarde.
Je vois qu'un changement arrive. Les courses qui sont déjà dans le calendrier masculin, comme l'Omloop Het Nieuwsblad, la Flèche Wallonne ou encore le Tour des Flandres mettent les femmes sous les projecteurs. Même si l'attention est minimal, nous avons droit à du temps sur les télévisions nationales, et ce temps d'antenne augmente chaque année. Cela semble logique puisque chaque amoureux du cyclisme connaît ces courses. Et ça peut être sympa de voir un peloton de dames grimper le Mur de Huy ou traverser les pavés de la Paddelstraat. C'est facile pour un média (de suivre les courses féminines) puisqu'ils sont déjà sur place avec tout leur équipement. Donc, il est plutôt facile de filmer des images des dames et de les diffuser.
Voici où vous pouvez aider. Vous êtes celui qui peut dire aux organisateurs de course de mettre en place une course féminine aussi. S'ils ne le font pas, vous annulez leur licence UCI. Bien sûr, cela demandera un peu plus de temps et d'argent, mais ce ne sont que des cacahuètes, comparés à ce qu'ils doivent investir dans l'organisation d'une course pour les hommes seulement. Finalement, une version féminine des grosses courses devraient être facile (à organiser).
En outre, il fut un temps où Leontien van Moorsel et Jeannie Longo se battaient l'une et l'autre sur les pentes de l'Alpe d'Huez durant le Tour de France féminin. Il fut un temps où Debby Mansveld gagnait l'Amstel Gold Race et Mirjam Melchers trouvait la victoire à Milan-Sanremo. C'est possible! Même mieux, les grandes courses historiques étaient déjà là pour nous, les femmes. Où sont-elles passées? Pourquoi ont-elles été annulées? Comment est-ce possible qu'on roule sur les mêmes routes, plus ou moins, que l'Amstel Gold Race, mais à un jour différent que les pros masculins?
Si vous considérez que le cyclisme féminin s'est amélioré et professionnalisé depuis le temps des Van Moorsel, Longo, Mansveld et Melchers, c'est encore plus remarquable. Le sport a muri, le niveau est plus haut. Malgré tout, seulement les cyclistes du top peuvent vivre du cyclisme, même si c'est peu. Nous, les gregarios inconnues des grosses équipes, devons travailler dur pour rester à flot. Nous devons travailler en plus de la course, ou demander l'aide de nos parents ou maris. Pour comparer, pour l'argent que Bauke Mollema gagne en un mois, nous devrions courir cinq ans.
Cela ne peut aller plus loin. Nous pouvons être aussi professionnel que nous le souhaitons, travailler aussi dur que possible pour atteindre nos objectifs, mais à la fin, cela dépend toujours de l'argent que rapporte notre sport. Le cyclisme féminin n'a pas l'image ou la grande histoire dont le cyclisme masculin dispose. Mais nous pouvons commencer à construire cette image et à créer cette histoire si nous pouvons courir sur les célèbres courses, ou non, du calendrier masculin. Les caméras et les journalistes sont déjà là, donc ce serait vraiment facile pour les médias et le public (de suivre les courses féminines).
En Flandre, ils l'ont compris et ont lancé Gand-Wevelgem dans le calendrier féminin. Mais tous les organisateurs de course ne veulent pas les mêmes choses qu'en Flandre. S'ils le souhaitaient, la Primavera et l'Amstel Gold Race pour dames ne seraient pas annulées. Et les temps ont changé. Nous sommes sur Twitter, Facebook et Internet. Les gens nous suivent mais ils ne viennent pas forcément nous voir courir.
Nous ne devons pas attendre beaucoup des grands organisateurs de course, même s'il y a des exceptions. Du coup, il est temps que l'UCI prenne des mesures et demandes que chaque course ait aussi sa version féminine. Pas besoin de vous dire que nous serions ravies et que nous trouverions cela extrêmement cool. A vous de jouer, Mr McQuaid.
Merci d'avoir pris de votre temps.
Marijn de Vries
18:56 Publié dans Webzine | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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Commentaires
Vraiment bien fait ton article, j'attend d'en lire plus. Bonne continuation et à bientôt :)
Écrit par : mutuelle NAC | 14.02.2012
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