Saison 2010: les grandes désillusions

Catégories : Rétro 2010

cyclisme, 2010, Alberto Contador, Lance Armstrong, Tom Boonen, Laurent FignonL’année 2010 n’a pas offert que de magnifiques duels ou des courses à en perdre haleine. Elle a aussi été riche en déceptions, en réelles désillusions, tant sur qu’en dehors des pelotons. En espérant que 2011 réserve de meilleures surprises aux sportifs et anciens du cru…

Par Grégory Ienco.

Alberto Contador (Esp/Astana)

Cela n’a que trop duré. Voici comment l’on pourrait résumer la situation concernant le coureur espagnol, toujours dans les méandres du dopage mais loin cependant d’être jugé pour les faits qui lui sont reprochés lors de sa dernière victoire sur le Tour de France. 50 picogrammes de clenbutérol, voici la substance incriminée qui cause tant de remous dans le monde du cyclisme. Selon les avocats du cycliste, cela ne représente rien. Mais selon les responsables de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA), la moindre quantité de ce produit qui permet notamment d’ouvrir les bronches signifie qu’il y a cas de dopage méritant deux ans de suspension.

C’est notamment ce qui a conduit à la punition du Chinois Fuyu Li, coureur de la RadioShack et contrôlé positif en mars au clenbutérol. La quantité retrouvée dans son corps ? 50 picogrammes. Comme Contador. Et pourtant, le dossier n’a pas traîné aussi longtemps que celui de l’Espagnol. Testé positif le 21 juillet, lors de la deuxième journée de repos de la Grande Boucle, Contador n’a révélé son contrôle qu’en septembre dernier, en plein durant les Mondiaux. Et durant la nuit, svp, comme si le décalage horaire avait été pensé. Quelques heures plus tard, l’Union Cycliste Internationale (UCI) confirmait les problèmes liés à Contador en juillet dernier.

Une enquête était cependant ouverte pour connaître les véritables raisons qui ont amené à ce contrôle positif. Le clan du Pistolero condamne une viande espagnole, achetée lors de la journée de repos à Irun, pour expliquer cette maigre substance de clenbutérol dans son sang. Cependant, le quotidien français L’Equipe révèle plus tard que des morceaux d’un plastique servant de conservateur pour les poches de sang ont également été détectées dans les urines du coureur espagnol. L’affaire n’ira pas plus loin selon l’AMA.

L’UCI a seulement donné le dossier à la fédération espagnole de cyclisme (RFEC) en novembre dernier. Seule la fédération sera apte à donner une suspension ou autre amende à Contador. Mais le dossier continue de traîner et on ne sait toujours pas quoi penser de la troisième victoire sur le Tour du coureur de Pinto. Celui-là même qui se battait déjà avec Michael Rasmussen sur la Grande Boucle en 2007 ou qui se retrouvait durant un temps sur les tablettes de l’affaire Puerto. Le doute persiste et s’installe peu à peu avec cette lenteur judiciaire. Les théories s’enchaînent et le cyclisme doute toujours. Comme s’il avait renoué avec ses vieux démons.

Laurent Fignon (Fra)

Le Professeur s’en est allé. A 51 ans, alors qu’il se battait depuis déjà trois années d’un cancer de la gorge, Fignon est décédé en août dernier, causant un grand émoi tant au sein de la communauté cycliste que dans la France entière. Car au-delà de ses longs cheveux blonds et ses lunettes charismatiques lors de ses ascensions fantastiques des Alpes et des Pyrénées face à Bernard Hinault et Greg LeMond, Fignon avait marqué les Français par sa classe, sa fougue et son franc-parler qui en ont fait un des plus fins observateurs du peloton après sa belle carrière conclue par trois Tours de France.

Personne n’a pas non plus oublié les neuf secondes qui l’ont séparé d’une quatrième victoire sur la Grande Boucle, avachi sur son vélo lors d’un contre-la-montre devenu célèbre sur les pavés des Champs-Elysées. Ce qui le contraignait souvent à répéter qu’en France, ce sont les perdants qui sont célébrés. Cela a cependant contribué à sa grande popularité. Sans compter ces grandes répliques lors des derniers Tours de France.

Ces larmes au terme du Tour de France 2009 resteront également un souvenir lourd mais beau de ce dernier combat qu’il a mené de main de maître. Encore en 2010, malgré une voix difficilement reconnaissable suite à des métastases qui ont atteint ses cordes vocales, il continuait à commenter le Tour, sans sourciller, toujours avec le même entrain. Une belle preuve de courage. Cela n’a malheureusement pas suffi.

Lance Armstrong (USA/Team RadioShack)

Il voulait revenir plus fort, disait-il. Il est vrai que sa dernière saison sous les couleurs d’Astana laissait espérer les meilleurs augures avec une troisième place sur les Champs Elysées en guise de plat principal. Du coup, qu’espérer de cette deuxième saison de la nouvelle carrière de Lance Armstrong ? Un nouveau podium ou une victoire ? Les plus fins observateurs de la Petite reine avaient tout de même du mal à croire à un come-back triomphant du « Boss » pour une huitième victoire sur la Grande Boucle. Et il s’avérait qu’ils avaient raison…

Car pour une fois, Armstrong chamboulait son calendrier de préparation. Un Critérium International et un Tour de Californie… qui se transformait en cauchemar pour le Texan qui, après à peine une douzaine de kilomètres de course, se retrouvait à terre, l’arcade sourcillère en sang. Mais le compte à rebours défilait jusqu’au Tour de France. Il décidait donc de reprendre le plus rapidement possible en juin et se lançait sur le Tour du Luxembourg pour affiner sa condition. Une troisième place rassurante lui permettait de partir confiant au Tour de Suisse, ultime étape de préparation avant le grand rendez-vous juilletiste. Il assurait un nouveau podium (2e derrière Frank Schleck) grâce à son travail hivernal dans le contre-la-montre et se permettait même de piquer la vedette au vainqueur sortant, Alberto Contador.

4e du prologue, Armstrong se sentait fort. Les ennuis allaient cependant commencer à s’enchaîner. Une chute à Spa sans conséquence et un problème mécanique sur les pavés vers Arenberg montraient les limites du vétéran américain. Dans la montagne, même remarque avec des temps bien en-deçà des meilleurs spécialistes de la grimpette. Largué au classement, deux nouvelles chutes sur l’étape de… confirmaient le déclin du septuple vainqueur du Tour, contraint à un baroud d’honneur sur la… étape pour qu’on le retrouve encore à la télévision.

Bien loin de son mutisme d’avant sa retraite, Armstrong affichait tout de même un sourire nouveau pour les suiveurs et journalistes de la Petite reine. Il communiquait, posait pour quelques photos avec les supporters, adressait ses félicitations sur Twitter… L’Armstrong avait certes manqué son dernier grand rendez-vous face au public mais il avait marqué de nombreux points dans sa communication et sa façon d’être. De quoi le rendre plus sympathique… Ce fut là un baroud d’honneur partiellement manqué qu’il tentera tout de même de conclure au mieux lors du Tour Down Under, en janvier, et au Tour du Colorado, en août prochain, près de ses terres d’entraînement.

Tom Boonen (Bel/Quick Step)

Avec le maillot de champion de Belgique, le leader de la Quick Step était prêt à faire mordre la poussière à ses adversaires, tant sur les Flandriennes que sur Milan-Sanremo, son rêve pas si secret que cela. Le début de saison offrait d’ailleurs de beaux indicatifs à Tom Boonen. Une victoire en Oman et une autre à Tirreno-Adriatico promettait au coureur belge une floraison de victoires lors de la traditionnelle campagne des classiques printanières. Il semblait tout proche à Milan-Sanremo mais ce diable d’Oscar Freire, bien caché dans le peloton, parvenait encore à se faufiler pour une troisième victoire de prestige sur la Primavera.

« Ce n’est pas grave, il reviendra sur les Flandriennes », se disaient alors, tout optimistes, les fans de Tommeke. En effet, il revenait. Mais il ne vainquait pas. Sur le Grand Prix de l’E3, Fabian Cancellara osait le détrôner sur sa course fétiche avant de le sécher parfaitement sur le Mur de Grammont au Tour des Flandres. Et une semaine plus tard, le champion de Suisse n’attendait même pas les 40 derniers kilomètres pour devancer son homologue belge. Et de quatre victoires manqués pour Tommeke, pourtant considéré dans une forme parfaite à l’aube de se lancer sur son terrain !

Le coureur de la Quick Step avait cependant prévu un autre pic de forme pour le Tour de France qu’il espérait retrouver, un an après son interdiction (finalement levée) pour un contrôle positif à (encore) la cocaïne. Il choisissait le Tour de Californie comme épreuve de préparation. Et dès la première étape, les circuits locaux lui étaient fatals. Une chute qui l’éloignait de la compétition pour quelques jours avant une nouvelle embardée sur le Tour de Suisse, survenue dans la roue de Mark Cavendish. Résultat : forfait pour la défense de son titre au championnat de Belgique avant le même constat pour le Tour de France.

L’année s’arrêtait heureusement là pour Boonen, finalement opéré au genou et de retour en course en octobre pour le Circuit Franco-Belge, alors que les médecins les plus optimistes espéraient le revoir sur les championnats du monde disputés à Melbourne, en Australie. Le coureur belge revenait donc quelques jours plus tard et adressait déjà un « bonne année » à ses supporters, espérant que 2011 soit moins noire…

Photo: RadioShack

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