Saison 2010: les plus beaux duels

Catégories : Rétro 2010

cyclisme, 2010, Tirreno-Adriatico, Stefano Garzelli, Michele Scarponi, Alexandre Vinokourov, Alexandr Kolobnev, Liège-Bastogne-Liège, Alberto, Contador, Andy Schleck, Vincenzo Nibali, Ezequiel Mosquera, Tour d'Espagne, Mark Cavendish, André GreipelQue serait la Petite reine sans les duels qui font sa saveur? Coppi-Bartali, Anquetil-Poulidor, Hinaut-Lemond ou encore Armstrong-Ullrich, voici les grandes batailles qui ont jalonné les pelotons professionnels ces dernières décennies. Et encore en 2010, les duels ont été nombreux, de Tirreno-Adriatico au Tour d'Espagne en passant par les sprints massifs.

Par Grégory Ienco.

Stefano Garzelli et Michele Scarponi > Tirreno-Adriatico

Le duel était plutôt inattendu. Les deux hommes ont certes déjà fréquenté les mêmes épreuves mais entre les deux repentis du dopage, rien ne semblait les prédestiner à se disputer le succès sur une course par étapes. Pour l’une des premières épreuves du genre en 2010, Garzelli et Scarponi ont parfaitement joué le coup entre bonifications et attaques sur le moindre massif montagneux.

Tirreno-Adriatico n’est à priori pas une épreuve destinée aux purs grimpeurs et les deux hommes ont prouvé que leurs capacités de puncheur, associées à un sprint modeste, pouvaient les mener à lutter pour le maillot de leader. Ainsi, avant la dernière étape, il ne reste que deux secondes d’avance à Michele Scarponi face à son adversaire direct. Il reste encore deux sprints intermédiaires et la ligne d’arrivée pour empocher des bonifications. Les Acqua e Sapone se préparent à l’approche de ces fameux sprints. Les Androni Giocattoli également. Garzelli ne prend que la troisième place mais à deux reprises. Il a finalement pris la bonne roue pour remporter les deux secondes nécessaires pour revenir sur son rival. Et au nombre des meilleures positions lors des dernières étapes, le leader chauve est le grand gagnant. Malgré un temps ex-aequo.

Alexandre Vinokourov et Alexandr Kolobnev > Liège-Bastogne-Liège

On attendait Philippe Gilbert et les autres. La séquence semblait logique et débutait bien sur la côte de la Roche-aux-Faucons où le Remoucastrien répondait sereinement à l’attaque d’Andy Schleck, là où le Luxembourgeois l’avait déposé sans un regard un an auparavant. Cependant, un certain stress l’un vis-à-vis l’autre permettait aux contre-attaquants de se lancer à l’assaut de Liège.

Après Alberto Contador, son équipier Alexandre Vinokourov profitait d’un léger ralentissement pour attaquer à 18 bornes de l’arrivée. Directement suivi par Alexandr Kolobnev alors que Gilbert tentait de suivre les deux hommes. Il était cependant coupé dans son élan par les retours de Cadel Evans et d’Alejandro Valverde. Alors, à l’avant, un duel russo-kazakh se prépare.

Dans la côte de Saint-Nicolas, Vinokourov attaque une première fois sans succès. Il laissait le relais à Kolobnev. Et les deux hommes en avaient bien besoin car Gilbert recollait derrière à moins de 20 secondes à cinq kilomètres du but. Le duel passait après la solidarité entre les deux attaquants qui atteignaient la côte d’Ans avec plus d’une demi-minute d’écart. Vinokourov regardait à de nombreuses reprises son rival qui ne pouvait riposter à la bonne échappée de son (désormais) ancien compagnon d’échappée, parti à 500 mètres de l’arrivée. Et malgré quelques huées dans le public liégeois, Vino pouvait savourer sa revanche, cinq ans après son premier succès dans les rues de la Cité Ardente.

Alberto Contador et Andy Schleck > Tour de France

Certes, ce duel, qui a appâté des millions de spectateurs sur la route ou devant leur téléviseur, est déjà entaché d’une affaire de dopage suite au contrôle positif désormais célèbre d’Alberto Contador pour 50 picogrammes de clenbutérol dans ses urines. Il n’empêche, ce mois de juillet a été intense. Entre le coureur espagnol et Andy Schleck, la bataille a fait rage, des Ardennes aux plaines du Bordelais.

Elle a pourtant bien failli prendre fin bien plus vite que prévu. Au bout de la deuxième étape, une chute d’Andy Schleck semble indiquer le futur abandon du jeune Luxembourgeois. Mais sous la pluie qui ruisselle sur les chemins sinueux des Ardennes belges, il remonte sur sa machine et profite du maillot jaune de son coéquipier, Fabian Cancellara, pour ralentir le peloton.

Et le lendemain, sur les pavés du Tournaisis, c’est au tour de Contador de subir la pression. Il ne prend pas le bon wagon pendant que Schleck profite encore de l’expérience de Cancellara, et malgré l’abandon de son frère Frank sur chute, pour se faufiler dans la poussière vers Arenberg.

La suite est une série d’attaques téléphonées entre les deux hommes avant que, avec le maillot jaune sur les épaules, Schleck n’attaque sur les pentes du… Contador ne suit pas. La chaîne du Luxembourgeois non plus. Schleck cale au plus mauvais moment alors que son rival qui avait tardé à revenir, réplique directement pour s’emparer de la tunique dorée. Un geste mal considéré par une partie du public.

Cependant, plus tard, Schleck ne parviendra jamais à renverser son adversaire et la lutte se terminera dans le suspense avec un contre-la-montre qui a permis au Luxembourgeois de revenir jusqu’à deux secondes de Contador avant de céder du terrain. Et l’Espagnol de remporter son troisième Tour de France. Avant une défaite sur tapis vert ? Le duel n’est pas terminé tant que la fédération espagnole de cyclisme (RFEC) et l’Union Cycliste Internationale (UCI) n’ont pas rendu leur verdict.

Vincenzo Nibali et Ezequiel Mosquera > Tour d’Espagne

Si pour Andy Schleck et Alberto Contador, le duel était attendu, c’était bien moins le cas pour Vincenzo Nibali et Ezequiel Mosquera sur le Tour d’Espagne. Car au départ de l’épreuve, difficile de désigner un favori parmi d’autres. Et au bout de quelques jours, la confirmation venait surtout d’Igor Anton. Le Basque semblait prendre le pas sur le Requin de Messine, Nibali.

Mais une chute remettait le classement général en question. Nibali reprenait les rennes difficilement, tancé dès que la route s’élevait par les Xacobeo. Ou plutôt deux d’entre eux : David Garcia Dapena, l’équipier modèle, et Ezequiel Mosquera, le leader discret. Ce dernier avait certes enchaîné les belles prestations dans le Top-10 des derniers Tours d’Espagne, sans pour autant convaincre de possibles qualités lui permettant de se hisser sur la première place du podium d’un tel Grand Tour.

Et pourtant, au fil des jours, la légitimité du coureur espagnol permet de croire que Nibali aura fort à faire jusqu’à la terrible montée du Bola del Mundo pour espérer enregistrer sa première victoire sur une épreuve de trois semaines. Et il fallait en effet attendre cette dernière étape en haute montagne pour découvrir un duel haletant. Sur les six derniers kilomètres de l’ascension madrilène, Mosquera fait le forçing et se permet de prendre plus d’une demi-minute d’avance sur son rival italien, porteur du maillot rouge de leader. Il craque cependant malgré l’appui de la foule et Nibali parvient à recoller à 100 mètres de la ligne d’arrivée. Les 41 secondes sont sauvées pour le coureur sicilien.

Finalement, en même temps que le clenbutérol de Contador, Garcia Dapena et Mosquera étaient reconnus de dopage. Pour le dernier cité, transféré vers Vacansoleil cet hiver, l’Agence Mondiale Antidopage a exprimé sa retenue quant à la positivé de son test alors que l’Union Cycliste Internationale doit encore s’exprimer.

Mark Cavendish et André Greipel > Depuis deux saisons

Mark Cavendish est un fonceur. Le Britannique a hérité du caractère des habitants de l’île de Man, où les habitants profitent chaque année du spectaculaire Tourist Trophy, course de moto qui a déjà fait pas mal de dégâts malgré son histoire. André Greipel a aussi la vitesse dans le sang. Allemand de naissance, il a lui pris l’éducation sportive britannique dès son adolescence pour poursuivre dans un professionnalisme « so British » qui l’a souvent poussé à des quolibets quant à son comportement en-dehors de la machine.

Ces deux têtes brulées ont pourtant dû poursuivre leur carrière ensemble durant deux saisons sous haute tension au sein de l’équipe HTC-Columbia. Mais pendant que l’un paradait de Milan-Sanremo au Tour de France avec une vingtaine de victoires dans son escarcelle, l’autre devait se contenter des restes sur des épreuves par étapes de moindre importance qui ne lui apportait comme seule satisfaction qu’une belle position dans le classement des meilleurs artificiers de la saison.

Les déclarations fusaient par presse interposée. « Je suis bien plus rapide que lui en vitesse pure », avançait Greipel. « J’ai au moins gagné des étapes sur le Tour de France », répliquait Cavendish. Et au bout de quelques déclarations tapageuses, la saison 2010 approchait déjà à grands pas. Et la tendance s’inversait dès les premières épreuves. Cavendish n’était certes pas épargné par des chutes et autres incidents dentaires, Greipel assurait néanmoins les succès de l’équipe Columbia. La formation américaine continuait cependant de faire confiance à son talent britannique.

Jusqu’au Tour de Romandie, où Cavendish remportait (enfin) un sprint massif avec, comme conclusion, un bras d’honneur orné du chiffre deux. Les médias devaient-ils se sentir visés ? A moins que ce ne soit le public, ou son équipe elle-même ? La direction de HTC-Columbia décidait finalement de l’éliminer de l’épreuve helvète en guise de punition. Pendant ce temps, Greipel en était déjà à 12 succès contre deux pour son équipier et meilleur ennemi.

Finalement, le duel allait continuer à perdurer à distance. HTC-Columbia n’a jamais pris le risque de faire courir les deux hommes ensemble dans une épreuve destinée au sprint. Greipel décidait donc logiquement de quitter le navire américain pour rejoindre celui d’Omega Pharma-Lotto, en 2011. « C’est l’équipe parfaite pour moi », affirme le sprinter allemand. Le duel s’annonce haletant face à son, désormais, rival britannique.

Photo: Astana

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